27/09/2006

La comtoise.

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Deux fois en l'espace de deux semaines, deux visiteurs avaient observés la faible garde au plafond qui restait disponible au-dessus de l’horloge comtoise, ce meuble ancestral. En effet, à quelques centimètres près, elle n'aurait pu s'installer à la maison.

La réflexion de Paul, notre hôte du jour, s'était immédiatement posée comme une interrogation,  une insistance, et un rappel de l'étonnement de Claire.

Le  prénom du visiteur faisait écho à celui de Papa et cette coïncidence, une fois de plus m'ouvrait à la synchronicité.

Aurait-elle grandi en l'espace de quelques jours au point que deux personnes en fassent la remarque? En tout cas cette réflexion faisait écho à mes perceptions et mon cheminement sur la place de l’homme dans la famille.

 

Depuis toujours ce meuble, dans lequel mon père nous cachait enfants, représentait aux yeux de la famille, un symbole important porteur de sens. Symbole phalique par sa forme, son tic-tac, son carillon, elle fécondait l’espace familial.

Dans son élancement gracieux, elle était surmontée par une sorte de gland reprenant le mécanisme d'entraînement et apparaissait par cette particularité encore plus sexuelle.

 Elle représente dans mon imaginaire la place de l’homme dans la lignée des générations. Elle était transmise à celui qui avait engendré un fils, et était devenue ma possession car mon frère n’avait que des filles. Sa musicalité, sa parole devrait être valorisée. Parallèlement, elle me renvoie à ma place dans la société, où mes tentatives verbales sont plus nombreuses et plus fermes. Elle me renvoie à la prononciation du « Nom » où le « SSSSSSS » final est prononcé ou pas prononcé selon le lieu, le moment. La consomme finale servant de clignotant à la place laissée ou prise parmi les pairs.

Dans le registre sonore, il lui manquait le S de son. En effet depuis quelques années elle était muette et indiquait 8h10, moment où les aiguilles s'étaient arrêtées.

 Elle représentait extérieurement, un fanion familial, un point d'attention, un phare, un symbole ferme à transmettre dans la généalogie familiale.

Oui, cette horloge devait être remise en marche pour appuyer une recherche sur le « Nom » et sur la parole. N'était -elle donc pas inconsciemment pour le père le symbole du fanal, du phare qu'il fallait entretenir pour traverser la période de temps où la virilité des hommes était par leur absence sans doute et par l'envahissement maternel qui en résulte, mise en bien piètre état.

Ces réflexions faites le symbole de l'horloge ne se manifestait que pour occuper l'espace, pour matérialiser, pour donner un sens concret, un signal visible et permanent en phase avec l'émergence de ma parole. Une invitation a être en place dans mon rôle d'homme pour exprimer les règles et donne sens à ce qui se passe.

 N'était-ce pas aussi le rappel du rôle du patriarche, symbole de l'autorité, image du maître du temps qui en début du siècle remontait chaque soir le poids d'entraînement. Il marquait ainsi pour ceux qui étaient présents, le moment, l’heure du départ ou du coucher.  Par son geste, rythmant la vie des siens, il avait agit conduit la lignée masculine avant que sa mort ne brise pour  trois générations la présence des pères au temps de l’adolescence des fils comme le certifiait, l’échelle du temps de la généalogie.

 

25/09/2006

L'arrière grand-père paternel

L ‘unique photo représentant l’arrière grand-père paternel devait, vu l’âge de la photo, avoir été tirée d’un négatif sur plaque de verre. Une douzaine d'identiques étaient soigneusement rangés dans le tiroir du bas du bureau du père.

De mémoire d’adolescent, je me rappelle les avoir déplacées plusieurs fois et regardées en transparence pour essayer d’en déchiffrer la nature. Mais le mystère n’avait pas été levé par une impression papier. Mon père d’ailleurs ne semblait y attacher qu’une valeur relative car il ne nous en avait pas livré les secrets, même après l’établissement de la première partie de sa généalogie. Un an après sa mort, ma mère souhaitant retrouver sa maison maternelle, nous  avions quitté le village et ces plaques de verre ne nous avaient pas suivies. Elles étaient passées dans la poubelle car le passé n’avait pas d’importance pour nous à ce moment.

Impossible à présent de savoir si d’autres photos de cet arrière grand-père en faisait partie. Le seul tirage papier en ma possession le représentant, le montrait, installé dans son fauteuil dans un décors qui m’était familier, par le lambris en pavé et le pavement. C’était un coin de la salle à manger de la maison paternelle, celle de mon enfance dont il avait été au début du siècle le propriétaire. Mon père avait recu cette maison  en héritage.

La table aux flancs rainurés en faisait partie, ainsi qu'une horloge comtoise, assurant ainsi par rapport à cet homme, une passerelle de temps.

L’absent, celui qui n’ était pas dans la tombe familiale, n’était quand même pas entièrement perdu dans le passé.

Ne nous invitait-il pas à passer à table.