31/10/2006

Le sens

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« Mais qu’as-tu à t’occuper de ces gens là. Ils sont tous morts. A quoi, cela sert-il ? Vis ! »


Fallait-il que cela aie un sens, une utilité ! Ce n’était pas dans ce registre que je relevais ces noms, ces prénoms, ces dates oubliées dans des microfilms depuis des années. J’étais comme Sherlock Holmes, je relevais les coordonnées, les maigres informations au sujet de ceux qui avaient portés mon nom, un peu à la manière d’un peintre qui apporte les touches de couleurs, les unes après les autres sur une toile pour créer à terme le tableau, synthèse de sa recherche.
Les éléments relevés, mis sous forme de journal feraient plus tard sans doute, une histoire, une saga peut-être.
 L’histoire du nom, de ceux qui l’ont porté. Fixer mon attention sur l’extérieur pour cristalliser ce qui était intérieur. Focaliser mon attention, mes pensées, pour me laisser déborder par ce qui n’était pas nommé, ce qui était oublié. Chercher, rechercher, faire, laisser faire, avancer. Homme, image de l’homme. Images d’hommes.
Touche après touche, pigment après pigment, le tableau avance, se précise, s’exprime, s’imprime, devient matière, synthèse des jours passés. Indice après indice, l’arbre se dessine, il est l’expression d’une poussée intérieure, d’une envie de le créer, de l’explorer, d’entrer en résonance avec lui.


« Tu n’as qu’a faire cela à ta pension, tu auras le temps ! »
Sans doute mais c’est maintenant que j’avais envie, même s’il y avait des activités urgentes, nécessaires. Il y avait un vide qui réclamait cette action. Je suivais cette demande, cette envie. Si cela n’avait pas de sens, pour certains regards, en ce qui me concernait, il me fallait le faire et rien ne m’en empêcherait. J’irais au bout du travail de recherche, lentement, sûrement.

28/10/2006

La ligne du temps


généalogie,arbre,histoire de familleLa ligne du temps.

C’est évident que la généalogie est une relecture du temps, du temps passé. C’est un temps linéaire, entièrement tourné vers l’arrière. C’est de la spéléologie, l’on descend de plus en plus, par petites étapes vers l’origine du temps,  un peu, très peu. C’est un temps inconnu dont seules quelques traces persistent, traces privées d’héritage, traces publiques de dates et d‘évènements. Quelques dates seulement subsistent ; la naissance, le baptême, le mariage, le décès pas toujours. Quelques lieux aussi de résidences dans les communes, par la composition des ménages, le comptage des feux comme l’on disait avant, quelques adresses, un numéro de maison. Une trame dont seul subsiste par le lien des filiations, la structure générale d’une vie. La majorité des jours, des évènements n’est plus connue. Plus de vides que de pleins. D’une vie remplie, il n’y a que quelques traces, parfois une activité, un métier est noté. In fine une croix, une pierre ou un parc public, cimetière reconverti. Une activité qui fait encore sens maintenant, ouvrier, employé, cadre, fonctionnaire puis au fur et a mesure des couches traversées, c’est le temps des artisans, des journaliers, des ménagères, des serviteurs, des notables. Plus avant aussi ceux dont on ne sait rien, perdu dans la mémoire de la descendance, dans la mémoire collective, anonymes, porteurs de la vie simplement. Sur 100 ans seulement, on sait un peu, puis de moins en moins et l’on devine, l’on imagine via les chroniques historiques générales ou des lieux phares de l’histoire. 

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Les registres.

Dans la ligne du temps, dans les livres des cures moins formels, plus humains, parfois une note du curé, du desserviteur, à propos d’un nom, d’une circonstance ou d’un fait comme le passage d’une armée. Plus l’on creuse moins il y a d’information. Si la chance sourit les textes sont lisibles. Les livres sont parfois complets jusqu’en 1600 pour la plupart des gens. Le concile de  Trente -1563 - avait imposé au clergé la tenue de livres de baptême, de mariage, de décès. La mémoire collective nécessairement faisait le lien dans la communauté dont elle était le livre. Seuls les notables pratiquaient, cultivaient dans l’écriture la mémoire familiale. Emotion de retrouver après les pages d’imprimerie, toutes ces pages couvertes d’une écriture serrée, difficile à appréhender. La main jeune ou tremblante, la plume mal affûtée, ou l’encre de mauvaise tenue remplace le caractère d’imprimerie.
Emotions de voir parfois sur une table de lecture, quelques restes de papier, effrités, perdu lors d’une consultation par un chercheur. Fragilité des témoignages amenés a disparaître eux aussi irrémédiablement dans le temps. Microfilms rayés aussi qui sauvent encore les ultimes traces. L’arbre se construit de proche en proche, dates après dates, liens après liens. C’est l’aspect visuel, formel, c’est la surface des choses, c’est un document de plus, synthèse de temps. 


Les émotions.

Tous ces va-et-vient, ce temps de recherche, ce passage dans des lieux oubliés depuis longtemps, porteurs de racines remuent, remuent sous la conscience. Même la trace trouvée pour un autre voisin de page, ou partageant la même page, entraîne un remous, un trouble même. Une symbiose se joue.
Est-ce cela l’inconscient collectif ?
Sous la surface, dans la trame ou le temps n’existe plus ou seules des racines, des radicelles subsistent une occlusion, un nœud, un trou noir. Comme une bulle de fermentation qui remonte du fond de l ‘étang et trouble la surface de l’eau, une sensation, une intuition, une certitude même naît. C’est alors en soi, dans ses pensées une impression qui se met en mouvement, qui remue comme un animal dans un fourré. Puis des indices apparaissent, clairs, le passé surgit, ce temps là, ce temps passé devient présent, me relie au père, au grand père, aux mères. 


La sensation.

On n’en sort pas indemne. Si l’on est observateur de sa recherche, l’on est touché. Le sens se précise et l’on sait que là, il y a un poids qui s’est transmis sur deux trois générations. Il faut en faire le deuil. Un manque est à combler. Une douleur est à soigner, à apaiser. Un pardon est à donner. Dans le fond, il n’y a pas de temps et d’espace sinon un grand ensemble qui se met a remuer et dont les fruits sont curieux, précieux car leur apparition, leur émergence n’est pas hasard mais synchronicité. Ils arrivent pour recevoir les soins d’un apaisement et d’un évanouissement définitif. 


La construction d’un arbre généalogique est un travail intérieur, psychogénéalogique, si l’on est observateur de sa quête.