30/12/2006

Le " Nom " de famille.

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Le patronyme.


L’orthographe.

Avec 2 " s " ; avec un " t " à la fin et pas un " d ". Ce n’est pas " ou " mais " oe ", il n’y a pas de " s " à la fin. Dix fois, vingt fois, ces précisions sont tombées dans notre l’oreille, pour nous, pour un voisin. Simple précision non de grammaire mais d’orthographe, d’orthographe de notre Nom. Ce mot prend toute notre attention, prend de l'importance. Il ne faut pas le confondre, avec un sosie. Il nous représente, dans le fond, c'est notre bannière. Il fait sens et puis depuis le temps qu'on le porte. Quel que soit notre âge, c’est le même scénario, la même réaction. Il n’y a qu’une manière de l’écrire, la bonne. Symbole qui a pris de la valeur, lui et nous, c’est la même chose et nous y tenons. C’est notre seule carte de visite.
Un patronyme, ça compte. C'est de nous dont il s'agit, c'est de moi qu'il parle. C'est lui qui me définit qui me situe dans le bottin, sur une carte de visite, sur une nominette hors de l'anonymat.

Il doit comporter toutes ses lettres, ses lettres de noblesse, de toute manière, les miennes. Condensé ultime d’une histoire, qui me concerne, rempli de tant de choses souvent innommables, de tant d’évènements enfouis, dont je ne sais même plus consciemment la présence, la latence. 


Les homologues.


S’il est unique pour moi, qu’en est-t-il pour les autres ? Pour ceux qui en portent le même ? Le contenu entre frère est déjà tellement différent, alors penser à définir celui des cousins, des autres qui portent le même nom, tentative vaine. Qu’y a-t-il encore de commun ? Qu'on soit nombreux ou peu à le porter, que l'on soit l'oiseau rare en voie d'extinction. Un peu de curiosité sur l’Internet (1) et le tour est joué, il n'y a plus de doute, dans le pays nous sommes seulement 256, c'est un bon monde, ce n'est pas la cohue, la foule des Dupont, des Dubois qui portent le même vocable. Par province, le tri donne déjà une idée de la densité, orientant ainsi le lieu du berceau familial. Je préfère les quantités proches de la sobriété, sans pour cela viser l'exception ou un des rares ou le dernier de celui qui le porte, le dernier des Mohicans.

Le Nom de ma mère d’ailleurs n’en est plus qu’à un dizaine de porteurs. Il va être perdu dans le pays, même si un cratère sur la lune le met avec fierté dans l’histoire.


Google.

Via ce moteur de recherche, on entre dans l'histoire, même dans la géographie. Sur la carte basée sur les bottins téléphoniques, on poursuit l’affinage de la densité du nom. Le lieu d’origine se précise au niveau de l’arrondissement. (2) Là sans doute mes ancêtres, non pas ceux de Cromagnon mais modestement face à l'histoire, il y a trois cents ans. Du temps de Louis X I V, ils résidaient le long de la Meuse. C’est dans cette région que les noms se concentrent. Malgré les guerres, les invasions, les révolutions, les épidémies les livres des paroisses le confirment. Notre terroir est bien celui de la lignée relevée par mon père et l’abbé Mahy, généalogiste dont la mère portait aussi le nom.


Les vieux registres.

Un incendie n'a pas détruit les livres paroissiaux et la révolution française est passée plus loin. L'abbé en charge de cette paroisse a su s'y prendre pour éviter leur destruction par les iconoclastes. Dans ce village tout un chacun, par sa curiosité peut remonter dans le temps et faire sa généalogie, comme les notables qui avaient l'éducation et les moyens pour laisser des traces familiales. Grâce à une bulle du pape avant 1600, les besogneux, les journaliers dont le quotidien n'était pas l'écriture, ont les traces de l‘histoire de leur nom.

Certains ont reçus d'attention en attention, leur arbre tout construit, fignolé, bichonné. Le mien lui, a été tracé par ma patience, sans méthode pour arriver malgré tout à un ensemble qui me plait et qui me satisfait.


(1) http://patrom.fltr.ucl.ac.be/


(2) http://www.familienaam.be/

21/12/2006

Histoire d'SSSSSSS

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Le Nom.

Une famille portant le Nom passait pour un concours à la TV. A plusieurs reprises il avait été prononcé par l'animateur et dans sa prononciation le "S " final apparaissait bien clairement comme un envoi. Ce "S" pourtant présentait pour moi un problème d'appartenance. Etait-il dans le nom ou pas? Apparemment ma certitude à ce sujet n'existait pas car plus d'une fois la question m'avait été posée
"Comment prononces-tu ton nom ?"

Curieusement cet enracinement semblait réellement être double en ce qui me concernait car un de mes contact régulier m'abordait avec une boutade curieuse issue de ce qui l'avait frappé. Au téléphone, il m'interpellait, « Bonjour Mr « Nom » sans le "S" le matin, Mr « Nom » avec le "S" l'après midi. »


Cette double appartenance sonore l'avait frappé car en effet, d'une fois à l'autre sans en être conscient, il m'arrivait au cours de ma présentation au téléphone ou en visite de prononcer ou d'exclure ce fameux S. Le nom est quelque chose d'unique. Doutais-je de mon appartenance à cette famille dont j'étais issu. Phonétiquement ce "S" avait par sa présence ou son absence en fin de « Nom » un sens. Un sens profond, un sens par rapport aux racines du nom. « Cette sifflante passe mal au téléphone » était souvent mon argument. Alors l'exclure pour que mon nom passe mieux, n'était-ce pas logique. Argument fallacieux car j'apportais en épelant un S final l'aspect visuel du nom et celui là était avec le « S » toujours complet.


Le rêve.

La semaine dernière, un rêve assez curieux m’était resté en mémoire le matin. Un sexe viril, turgescent, peint en violet s'exposait indécent en gros plan et le son d'un sifflement de serpent faisait le fond sonore, un « SSSSSSS .»  N'était-ce pas dans la langue des oiseaux comme le disait mon professeur de rêves, un symbole dominant, plus fort que l'image, dominant comme peut l'être un son. D'association en association autour de ce son mystérieux, j'étais passé comme par enchantement, par jeu au S du nom. Le S du nom était-il l'appartenance à la virilité de la lignée ? Le S était muet, volontairement, involontairement, le S était absent.


Le Son.


Comme si dans le prolongement de mes pensées, autour de l'idée de la caverne et du refuge qu'elle constitue, il y avait comme un manque, une crainte d'affirmer ce que j' étais en dehors d'une zone de protection. Comme s' il y avait la crainte d'affronter les aléas de la vie. Comme si je ne pouvais féconder le monde dans lequel je vivais de ma semence verbale, de mon apport, du produit de ma réflexion. Dans mon milieu de travail, je ne pouvais manipuler les concepts qui s'y promenaient avec l’aisance et la rapidité nécessaire. Régulièrement en retard d’une hésitation alors que ma connaissance était souvent plus large et plus profonde. Difficulté à me projeter dans le registre sonore, fixé à ma caverne. Difficulté de prendre ma place.