24/02/2007

La troisième génération

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Le deuil.

Sur trois générations, le deuil n’avait pas été fait. La souffrance de l’absence n’avait pas été dite, les sentiments avaient été écrasés, enfouis, Il m’incombait d’en assurer l’extraction, la guérison. Le sens de la tristesse que je portais en moi, m’apparaissait alors clairement. Ce n’était pas rien que la mienne, c’était celle de ma lignée paternelle. Deuil difficile à vivre, deuil impossible sous peine d’être noyé dans la détresse et le chagrin. Etait-ce pour cela que je n’avais pas accompagné mon père à sa dernière demeure. La fratrie me sachant fragile m’avait désigné comme « Porte douleur » et j’étais resté prostré à la maison.


La mort du roi.

La première semaine d’août, en congé pour la première fois dans ma carrière professionnelle, j’avais à loisir eu le temps de suivre toutes les émissions TV à propos du décès du roi Baudouin. Comme une madeleine, j’avais pleuré toutes les larmes de mon corps, pour cet inconnu. N’était-il pas le père symbolique de la nation. Grâce à lui, toutes les larmes qui me remplissaient depuis si longtemps, étaient enfin sorties. Comme elles auraient du le faire pour mon père, lors de mes 19 ans. Symboliquement, j’avais été sur le parcours du cortège funèbre royal pour participer, pour être présent, pour rejouer dans mon imaginaire l’enterrement du père, que j’avais manqué, des autres pères sans doute. J’avais avec mon fils à reconstruire une relation au-delà de la cassure entre père et fils, à rebâtir et réinventer l’héritage absent.


La maladie de Basedow.

Notée sur un cahier lors d’une rencontre avec une cousine, ce nom était revenu douloureusement dans l’actualité, un jour à la table du déjeuner. La main tremblante du fils pour prendre sa tasse de café un matin l’avait réactualisée. La cause de ce tremblement intempestif, fut identifiée. Il s’agissait des symptômes de l’hyperthyroïdie. Trois générations plus loin, elle était de retour. La pharmacie ayant fait de larges progrès, son affection pourrait être soignée car les extraits nécessaires existaient à présent. Alors que la décision d’ablation des glandes était dans l’air, mais que l’on postposait le plus possible la date d’entrée à l’hôpital, un mémoire d’étudiant me tomba sous les mains. A ma grande stupeur, une référence d’un ouvrage d’Alexander, attribuait dans le monde de la psychologie et de l'homéopathie cette maladie à « Une peur de la mort. » Malgré mon souhait d’encore patienter, de travailler au niveau de la sensation, de l’histoire familiale, sa mère et moi apprîmes un jour de septembre, qu’ un mois plus tôt à notre insu, il s’était fait opéré dans la ville voisine.

14/02/2007

Psychogénéalogie

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A la lumière de la théorie de psychogénéalogie, j’avais relevé l’ensemble des dates des principaux évènements, dans les différents documents disponibles. Un fait marquant était apparu, le décès de l’arrière grand père et trois mois après celui de son premier fils. Mon grand-père, son demi-frère avait alors 15 ans. L’histoire familiale ne parlait pas de cela, Etait-ce trop vieux, trop loin dans les mémoires. Fait étonnant, on venait de le voir, il n’occupait pas la tombe familiale ?


Le grand père paternel.


Mon grand-père, né d’un deuxième mariage, avait du ainsi vivre des événements majeurs alors qu’il était adolescent. Son père et son frère étaient  disparu presqu’en même temps. Son portrait occupait chez la grand-mère, sur le mur du living, une place de choix. Vu sa taille, il était impossible de ne pas le manquer. C’était une photo le représentant à mi-corps. De son mur, il avait un rôle d’observateur, distant, imposant, muet. Une maladie impossible à soigner avant la deuxième guerre, l’avait emporté en 1927. Elle avait rapport à la thyroïde et portait un nom étrange, la maladie de Basedow. A son sujet, ma mère ne rapportait que le fait qu’elle s’était opposée au projet de sa belle-mère de me faire porté le prénom de son mari.


La grand-mère paternelle.


Par fidélité, elle ne s’était pas remariée et avait géré sa vie modestement imposant à mon père de quitter la vie d’étudiant. Après sa rhétorique, il avait repris le porte feuille d’assurances que son homme avait constitué pendant ses années de comptable à la sucrerie voisine. Mon père n’avait pas fait le deuil de ses études manquées et quelque part, il devait avoir accumulé de la colère contre elle, de l’avoir ainsi coupé dans son élan d’éducation.


Souvent la nuit, sa sœur occupant l’autre moitié de la maison l’entendait appelé son homme , « Eugène ! Eugène ! ». Ce cri faisait partie de l’histoire familiale. L’attachement qu’elle avait pour lui, ne s‘était pas transformé avec le temps en douce affection, en souvenir. Il hantait encore ses nuits pendant notre enfance trente ans après l’événement. Une prise de distance n’avait pas été possible, le deuil ne s’était pas fait. Elle ne pouvait d’ailleurs pas pleurer. A la mort de ses fils, elle n’avait pas pu verser les larmes trop longtemps retenues par un barrage de douleur.


La lignée des pères.


Dans les étapes d’évolution de mon fils, vers ses 19 ans, j’avais du affronter un élément majeur, justement à la Toussaint, jour de deuil, sa volonté d’abandonner ses études. Remettait-il en scène, le fait que mon père, orphelin avait du, humanité terminée, arrêter ses études et se mettre au travail pour assurer la survie de sa mère et son frère.

M’apparut alors, consciemment que sur trois générations, à l’adolescence, trois fils successivement se trouvaient orphelins de père. Trois pères n’avaient connus leur fils que comme adolescents. Trois fois la chaîne des générations s’était rompue douloureusement.


Date de naissance.
 Comme dans la théorie psychogénéalogique, ma date de naissance correspondait, à quelques jours près, à la date de décès du grand-père, d’une certaine manière, l’inconscient des pères se remémorait de l’événement, et après la disparition d’un membre du clan, remettait en route la vie, en compensation, à la génération suivante. En plus, la date de mon mariage correspondait à la date de mariage de mes grands-parents paternels