05/04/2008

Confidence inattendue

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Le lumbago.

Cloué depuis trois jours sur le divan du salon, allongé, j'attendais avec patience que le week-end se termine pour passer a nouveau chez l'ostéopathe pour un service qui pourrait être d'après ventes car après un premier passage chez lui, les effets de la thérapie, s'étaient soldé par un solide lumbago. Seule, l'immobilité apportait un soulagement instantané et complet à ces douleurs lançantes à hauteur des lombaires vers mon côte droit. J'étais là disponible. Ma fille entra dans la pièce, se blottit contre le radiateur derrière moi pour se réchauffer quelques minutes. Etait-ce ma position couchée qui avait affaibli toute résistance ou toute appréhension, ou le fait qu'elle était derrière moi, à l'abri du regard dans la position du psychanalyste, écoutant son client ? Son message fut dit rapidement sans prémices et sans préambule.
"Papa, j'ai toujours eu peur de l'inceste ! "
Ces quelques mots, cette confidence dite sur un ton simple, posément, me transperça. Quelque chose d'important avait été manqué entre elle et moi, pendant des années et à vingt ans grâce à un lumbago, elle pouvait en confiance s'en décharger. J'étais couché sur ce divan, impuissant. Que dire ? Que faire ? Parler de moi peut-être, en attendant de parler de l'obstacle qu'il y avait eu entre nous. " Oui, tu vois cette crainte s'est peut-être bâtie, sur la proximité que je n'ai pas pu avoir avec toi car un jour, j'ai enfermé en moi beaucoup de souffrances sous une carapace de protection. "Comme une liqueur, des larmes venant de mes profondeurs coulaient lentement de mes yeux, le long de mon nez, pour moi, pour elle.


La réflexion.

La parenthèse était fermée, quelques minutes à peine de confidence et le rythme interrompu de sa vie d'étudiante reprenait le dessus. L'instant n'était plus, il appartenait au passé. Une porte venait de s'ouvrir à plus de présence entre nous, à plus de communication. Ma méditation se poursuivait consciemment et inconsciemment pour essayer de dévider ce non dit, ce noeud. Tout mon univers changeait, toutes mes relations familiales se modifiaient, se raidissaient, s'approfondissaient. Les heures de veille, de sommeil, allaient mettre des mots, arranger des pensées chaotiques, incertaines en vision plus ou moins claires, satisfaisant pour le moment pour expliquer, relier, structurer. Cette immobilité forcée, j'en cueillais déjà un fruit amer et doux, à la fois, amer dans le temps perdu, doux par les fruits qui ne manqueraient pas de pousser. D'ailleurs, depuis quelques semaines, son comportement avait changé, elle était même restée un week-end entier dans la symbiose familiale, apaisée de sa course éperdue, tranquille. Elle venait me dire au revoir, avec une tendresse et une présence que je ne lui connaissais pas, que j'appréciais beaucoup et qui me touchait par sa profondeur et sa proximité.


Le livre.

Deux jours plus tard, pour m'occuper l'esprit, je repris le livre "Père manquant, Fils manqué" de Guy Corneau, retrouvé sous un tas de papier que je rangeais, pour en approfondir la lecture et pour relire au hasard un point ou l'autre. J'ouvris à la page 105. Là, noir sur blanc, j'obtenais un éclaircissement à mes questions, une réponse peut-être. Je recevais oserais-je dire l'oracle suivant. "Lors d'une conférence, le psychanalyste Julien Bigras, mentionnait qu'une étude rigoureuse, portant sur plus de 100 familles aux Etats-Unis, démontrait qu'il n’y avait pas de cas d'inceste dans celles où il y a une grande proximité corporelle et physique entre parents et enfants lorsque ces derniers sont en bas âge, qu'un père prenne son bain avec sa petite fille ou son petit garçon de trois ou quatre ans est de plus en plus accepté et c'est tant mieux. Dans ce genre de comportement réside une bonne prévention de l'inceste parce que dans le contact physique, besoin d'affection et curiosité s'assouvissent. Si ce contact n'a pas lieu, les besoins inassouvis se réfugient totalement du coté de la sexualité. L'acte sexuel devient trop "chargé" et les touchers deviennent tous équivoques. C'est un cercle vicieux. Plus nous avons besoin d'affection et plus nous éprouvons du désir sexuel parce que c'est le seul chemin vers l'affection que nous connaissions. Nous avons libéré la sexualité, il nous reste à libérer le toucher, le geste, les marques d'affection physiques entre femmes et hommes, entre hommes et femmes, entre parents et enfants. Nous avons à créer un monde moins divisé sexuellement ou la volupté et la tendresse ainsi que le plaisir partagé du désir réciproque, auront droit de cité. »


Le sens.

Hasard signifiant, ce texte lu et coché seulement dans sa deuxième partie, trois mois auparavant, vaguement présent dans mon esprit comme déjà lu, venait de refaire surface, malgré moi, on ne peut plus à propos pour confirmer notre conversation, lui donner un sens et l'étendre non plus à la relation entre elle et son ami mais entre ma relation et celles de mes filles et confirmer les propos de ma fille. Une mystérieuse alchimie s'était jouée, j'avais coché une partie du texte en me disant, un jour ou l'autre cela pourra me servir pour ma fille pour lui faire comprendre pourquoi, elle s'était précipitée si jeune, au cou de son copain. Le dénouement était arrivé, inattendu. En tant que père, je n'avais pu, bloqué dans ma carapace, lui donner beaucoup de ma chaleur humaine, ces dernières années. J'avais manqué d'être un père papouille qui ose serrer avec tendresse dans les moments creux, les moments durs, les moments gais. À présent, tout s'enchaînait. Toute notre relation se modifiait, s'ordonnait autrement. Je m'empressais alors pour relancer la conversation de lui recopier le texte et lui faisais parvenir la photocopie du texte par la poste à son kot à Bruxelles.

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