18/04/2008

Image du corps,vue du dos.

Le vrai dos
Via un petit miroir rectangulaire que je tenais a bout de bras, j’essayais de voir l’entièreté de mon dos nu qui se reflétait dans la grande glace derrière moi. Démarche et vue étonnante. Auto inspection suite à la visite chez le médecin à propos de la douleur aiguille qui me perçait le dos coté droit sous l’omoplate vers la colonne vertébrale. La petite scoliose que le médecin avait diagnostiqué état bien là, discrète, à mi-corps. Inflexion vers mon coté droit.En plus d'être en avant par rapport à l'épaule droite, l'épaule gauche était aussi plus haute. C'était un élément nouveau dans le schéma du corps qui apparaissait sous mes yeux. Aux sensations corporelles qui laissait apparaître un retrait par des tensions vers le haut, venait s'ajouter l'impact visuel de la torsion du haut du corps. Par un jeu de glace, j'avais la vue, pour la première fois du dos qui me faisait souffrir et qui portait à présent mes inquiétudes. Il n'y avait pas que la flèche douloureuse a mi-dos qui s’élançait au niveau de la colonne, il y avait cette sensation de torsion, comme un hélicoïde, une torsade tournant le haut du corps.Tentative de mon corps de se recroqueviller vers le haut dans une démarche de fuite,de repli passée.
La colonne vertébrale.
Ma colonne,symboliquement mon arbre dressé,mon arbre planté dans mon passéLentement, les unes après les autres des sensations revenaient à la surface,entrant après une longue occultation, dans mon champ de perception pour exprimer, pour donner sens au moment présent pour étoffer par la succession des faits qui s'accumulaient les uns après les autres la reconstruction d'une histoire, de mon histoire physique. La boule de laine se dévidait progressivement comme sur l' écheveau, les fils mêlés s'ordonnaient de plus en plus.Mon image du corps, mon corps souffrant entrait pas à pas dans ma conscience.Mon corps par ressuage, entrait dans la détente, dans l’apaisement, livrait le sens de sa forme.
ArbreCrrracLe dessin du fils.
L'image de l'arbre blessé dessiné, il y a longtemps par mon fils, et la sensation parallèle de perdre le souffle dans une angoisse paralysante était de nouveau sous mes yeux, J’en vois encore l’image tant elle m’avait étonné.Le dessus du tronc de l'arbre, à mi-hauteur, au-dessus d’une entaille nette, penchait a droite. Ce dessin, cette ancienne image,si remplie d’émotion, ne semblait aujourd’hui que le dessin de mon corps penchant vers la droite à mi hauteur, comme je l’observais dans le jeu des miroirs.Il me fallait remettre la main dessus,dans mon désordre d’info. A la prochaine visite dans le bureau sous les combles,il me faudrait le rechercher sans doute dans la farde des dessins de mes enfants.Dessins classés dans la farde à mystère,selon ma conviction,qu’il n’appartenait pas à la classe du non-sens mais que profondément sans que je sache où, il me parlait de ma progéniture,au minimum,de moi aussi.
Le sens,l’hypothèse.
Ce n'était pas mon fils qui était blessé. Une fois de plus, avec le temps je finissais par reconnaître qu'il s'agissait tout simplement de moi. C'était un symbole de la blessure que je portais, que j'avais comme engrammé dans la plastique de mon corps, dans mes tensions, les mouvements faits et figés il y a longtemps.Ce que je pensais a tord être une problème du fils, ce que je croyais voir chez lui était en réalité,je le percevais clairement plutôt la blessure que je portais et qui m'était réfléchie par le miroir que formait le dessin, avant de l'être maintenant par l'image de la réalité de ce dos. L'émotion qui me coupait le souffle et suscitait mon inquiétude n'était pas portée par le fils mais reflétée par le fils.Le dessin était comme le miroir que je portais à la main,le chemin vers la blessure passée,occultée,encryptée.Le lendemain de la mise en forme, du texte,en cherchant un autre document,le dessin réapparu,simplement comme justificatif,comme la souche de l’addition à la fin d’un repas. Synchronicité une fois encore. Cailloux blancs sur le chemin vers le sens.

05/04/2008

Confidence inattendue

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Le lumbago.

Cloué depuis trois jours sur le divan du salon, allongé, j'attendais avec patience que le week-end se termine pour passer a nouveau chez l'ostéopathe pour un service qui pourrait être d'après ventes car après un premier passage chez lui, les effets de la thérapie, s'étaient soldé par un solide lumbago. Seule, l'immobilité apportait un soulagement instantané et complet à ces douleurs lançantes à hauteur des lombaires vers mon côte droit. J'étais là disponible. Ma fille entra dans la pièce, se blottit contre le radiateur derrière moi pour se réchauffer quelques minutes. Etait-ce ma position couchée qui avait affaibli toute résistance ou toute appréhension, ou le fait qu'elle était derrière moi, à l'abri du regard dans la position du psychanalyste, écoutant son client ? Son message fut dit rapidement sans prémices et sans préambule.
"Papa, j'ai toujours eu peur de l'inceste ! "
Ces quelques mots, cette confidence dite sur un ton simple, posément, me transperça. Quelque chose d'important avait été manqué entre elle et moi, pendant des années et à vingt ans grâce à un lumbago, elle pouvait en confiance s'en décharger. J'étais couché sur ce divan, impuissant. Que dire ? Que faire ? Parler de moi peut-être, en attendant de parler de l'obstacle qu'il y avait eu entre nous. " Oui, tu vois cette crainte s'est peut-être bâtie, sur la proximité que je n'ai pas pu avoir avec toi car un jour, j'ai enfermé en moi beaucoup de souffrances sous une carapace de protection. "Comme une liqueur, des larmes venant de mes profondeurs coulaient lentement de mes yeux, le long de mon nez, pour moi, pour elle.


La réflexion.

La parenthèse était fermée, quelques minutes à peine de confidence et le rythme interrompu de sa vie d'étudiante reprenait le dessus. L'instant n'était plus, il appartenait au passé. Une porte venait de s'ouvrir à plus de présence entre nous, à plus de communication. Ma méditation se poursuivait consciemment et inconsciemment pour essayer de dévider ce non dit, ce noeud. Tout mon univers changeait, toutes mes relations familiales se modifiaient, se raidissaient, s'approfondissaient. Les heures de veille, de sommeil, allaient mettre des mots, arranger des pensées chaotiques, incertaines en vision plus ou moins claires, satisfaisant pour le moment pour expliquer, relier, structurer. Cette immobilité forcée, j'en cueillais déjà un fruit amer et doux, à la fois, amer dans le temps perdu, doux par les fruits qui ne manqueraient pas de pousser. D'ailleurs, depuis quelques semaines, son comportement avait changé, elle était même restée un week-end entier dans la symbiose familiale, apaisée de sa course éperdue, tranquille. Elle venait me dire au revoir, avec une tendresse et une présence que je ne lui connaissais pas, que j'appréciais beaucoup et qui me touchait par sa profondeur et sa proximité.


Le livre.

Deux jours plus tard, pour m'occuper l'esprit, je repris le livre "Père manquant, Fils manqué" de Guy Corneau, retrouvé sous un tas de papier que je rangeais, pour en approfondir la lecture et pour relire au hasard un point ou l'autre. J'ouvris à la page 105. Là, noir sur blanc, j'obtenais un éclaircissement à mes questions, une réponse peut-être. Je recevais oserais-je dire l'oracle suivant. "Lors d'une conférence, le psychanalyste Julien Bigras, mentionnait qu'une étude rigoureuse, portant sur plus de 100 familles aux Etats-Unis, démontrait qu'il n’y avait pas de cas d'inceste dans celles où il y a une grande proximité corporelle et physique entre parents et enfants lorsque ces derniers sont en bas âge, qu'un père prenne son bain avec sa petite fille ou son petit garçon de trois ou quatre ans est de plus en plus accepté et c'est tant mieux. Dans ce genre de comportement réside une bonne prévention de l'inceste parce que dans le contact physique, besoin d'affection et curiosité s'assouvissent. Si ce contact n'a pas lieu, les besoins inassouvis se réfugient totalement du coté de la sexualité. L'acte sexuel devient trop "chargé" et les touchers deviennent tous équivoques. C'est un cercle vicieux. Plus nous avons besoin d'affection et plus nous éprouvons du désir sexuel parce que c'est le seul chemin vers l'affection que nous connaissions. Nous avons libéré la sexualité, il nous reste à libérer le toucher, le geste, les marques d'affection physiques entre femmes et hommes, entre hommes et femmes, entre parents et enfants. Nous avons à créer un monde moins divisé sexuellement ou la volupté et la tendresse ainsi que le plaisir partagé du désir réciproque, auront droit de cité. »


Le sens.

Hasard signifiant, ce texte lu et coché seulement dans sa deuxième partie, trois mois auparavant, vaguement présent dans mon esprit comme déjà lu, venait de refaire surface, malgré moi, on ne peut plus à propos pour confirmer notre conversation, lui donner un sens et l'étendre non plus à la relation entre elle et son ami mais entre ma relation et celles de mes filles et confirmer les propos de ma fille. Une mystérieuse alchimie s'était jouée, j'avais coché une partie du texte en me disant, un jour ou l'autre cela pourra me servir pour ma fille pour lui faire comprendre pourquoi, elle s'était précipitée si jeune, au cou de son copain. Le dénouement était arrivé, inattendu. En tant que père, je n'avais pu, bloqué dans ma carapace, lui donner beaucoup de ma chaleur humaine, ces dernières années. J'avais manqué d'être un père papouille qui ose serrer avec tendresse dans les moments creux, les moments durs, les moments gais. À présent, tout s'enchaînait. Toute notre relation se modifiait, s'ordonnait autrement. Je m'empressais alors pour relancer la conversation de lui recopier le texte et lui faisais parvenir la photocopie du texte par la poste à son kot à Bruxelles.