08/05/2008

En consigne.

rupture d'attachement,hérédité,don juan,transmission familialeLa voisine remontait la rue en poussant le landau, accompagnée de l’aîné de ses petits-enfants qui trottinait derrière elle. Jeune grand-mère, elle profitait du temps ensoleillé pour détendre son petit monde. La promenade n’était pas banale, elle était thérapeutique. Il lui fallait et je l’appris immédiatement apaiser la petite qui lui avait fait passer une nuit blanche. La fillette d’à peine un an, avait pleuré plusieurs fois au lieu de lui laisser son sommeil.

L’événement me sautait aux yeux, se déroulait devant l’observateur conscient et impuissant que j’étais. Situation banale et fréquente pour des tas de raisons mais celle qu’elle évoqua me pinça le cœur. Venant des grands parents paternels, l’enfant passait chez sa grand-mère maternelle en attendant le soir de repasser chez les premiers ; comme un paquet !
Sa fille, la mère du bébé, devait pour les vacances d’été, descendre le bateau en méditerranée. Elle devait donc placer ses enfants. Pauvre petite, tant de désarroi pour le plaisir maternel. Son frère de 2 ans avait lui l’air d’échapper à cette angoisse existentielle. Il s’était blindé, sans doute ou enfoui sa détresse, du moins, je l’imaginais.


La mère de l’enfant avait probablement, à l’âge de sa fille, le même traumatisme et qu’elle le reproduisait par l’évitement inconscient.
 N’avais-je pas été confronté moi aussi pour mon aînée à une telle histoire de rupture qui lui avait laissé une valise d’angoisse, ingérable.
 


La visite d’hier.


L’incident matinal faisait écho avec la rencontre de mon frère, mon ainé, et du questionnement rapporté lors de cette visite à l’hôpital. Les fait étaient de la même veine, de la même nature à la seule différence qu’ils appartenaient au passé, d’il y a près de 65 ans.
Le temps s’était effondré. J’étais à nouveau dans un amas de sensation, hors du temps. Le scénario que je découvrais avec la voisine, une séparation trop longue au mauvais moment faisait le lien, assurant le fil rouge de ma pensée. Depuis ce moment-là, où il avait perdu le lien à notre mère, mon frère cherchait les femmes qu’il pouvait se mettre sous la dent, la mère qui avait un jour disparu de son univers et qu’au retour il n’avait pas retrouvée pareille à celle qu’il avait quittée. La rupture de l’attachement d’alors, avait laissé un précipice jamais comblé, un manque profond.

Pour mon frère, face aux femmes, le scénario s’était marqué au fer rouge dans sa mémoire, sa quête se poursuivait dramatiquement, inutilement dans un autre temps, dans un autre univers. Psychologiquement, il n’avait sur ce point que l’âge où l’on porte des langes. Son énurésie actuelle, conséquence tardive après la thrombose, le remettait dans cette situation. Ne venait-il pas d’être abandonné par sa maîtresse.
Il avait perdu jadis sa mère dans un temps ou sa communication n’existait que par les sensations, les images, un temps où la parole n’existait pas encore. Pour la rechercher par la parole, dans le monde des adultes, mode de communication qui n’avait rien a voir avec la sensation perdue. La rupture réactualisait l'événement du passé.


L’écho.

Sensation profonde induite qui émerge alors que j’écris ces lignes. Des boutons de fièvre autour de ma bouche, siège du monde de sensations où se jouait dans ce temps l’attachement. Moments ou se vivaient mes angoisses. Émotion réactivée qui se promène sur les lieux du manque, contagieuse comme un ligne de domino qui transmet le mouvement, contagieuse comme une grippe qui frappe les uns après les autres les membres d’une famille.
Fait extérieur qui insiste, qui met en scène, met en évidence l’émotion qui se réveille dans le système familial. Emotion reliée aux acteurs présents sur la scène familiale. 
Les faits de l’histoire de notre enfance surgissent, comme les pièces manquantes au puzzle, pour donner sens. Les actrices oubliées du passé apparaissent dans un jeu de photos qu’un héritage vient de mettre à jour. Hypothèse, encore toujours.
N’est-ce pas chez ses parents que ma mère cherchait le soutien comme maintenant, cela se passe chez la voisine.

Rien ne change, "Ils ont du temps" pour les choses importantes. Le roman familial se recompose. Tout est plausible. 
Un indice supplémentaire s’ajoute, l’âge de celle qui console, l’âge d’une grand mère. Etonnement, mon frère les préfère plus âgées que lui, d’âge mur, de l’âge des grand-mères. N’avait-il pas été accueilli par elle, la grande tante nounou qui avait déjà après ses épreuves personnelles, pouponné notre mère. Pour l'arrivée du second enfant de sa nièce n'avait-elle pas repris son rôle de nounou, dans ces temps troublés de la retraite allemande sur les bords de la Meuse.
Grande tante dont la photo s’ajoute ces jours ci à la lignée des ancêtres. Puzzle manquant.