19/06/2008

Parole autour d'un secret

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La remise à l’heure.


Comme le soleil qui était en train de se lever ce matin-là, l’émotion réveillée dans mon ventre s ‘élevait lentement vers ma tête. Un point sensible situé profondément venait d’être touché par les paroles que m’apportait mon épouse, à la table du déjeuner, quelque temps avant d’aller présenter ma bouche pour soins chez le dentiste. Comme une vague de fond, l’émotion s’élevait de plus en plus haut traversant ma poitrine pour s’exprimer par une buée dans les yeux, à deux doigts des larmes. J’en restais bouche bée, incapable d’exprimer le moindre mot, d’exprimer ce qui se vivait en moi, de questionner à propos du secret qui venait d’être éventé. Mon fils était passé sur le billard pour se faire enlever la glande thyroïde, le 9 Août, le jour de son anniversaire, dans le secret, face à nous ses parents et deux mois après, j’en prenais connaissance. Comme son hyperthyroïdie faisait mon obsession depuis des mois, j’avais tenté de lui en exprimer un contenu symbolique possible, de lui ouvrir des alternatives par des suggestions, de le faire patienter, et réfléchir. N’avais-je pas montré une grande ouverture d’esprit ? Le fait était clair, Maintenant, j’avais été mis à l’écart, il avait pris sa décision, seul, en âme et conscience avec son médecin homéopathe. Nous ses parents, moi son père, nous avions été tenu à l’écart de sa décision, ignoré dans notre relation et dans son histoire.


La parole.


Voulait-il couper un lien, être le maître de son destin, de sa vie ? Sans doute. Mais pourquoi ne pas exprimer sa détermination et son souhait d’être indépendant pour affronter son destin. J’aurais eu ma place, j’aurais été pris dans un échange de paroles et du affronter en toute lucidité sa décision, son choix. À nouveau, son attitude, l’expression par la parole était en jeu. L’expression de son vécu, de ses sentiments, de ses positions vitales n’avait pas passé l’épreuve de la mise au jour. Entre le dire et le taire, il avait choisi comme souvent je l’avais fait avant lui, la position de repli familiale, « le taire » l’attitude du gros dos et de la soumission en silence à l’événement.


La maladie du grand-père paternel.


Le débat autour de la question, autour de cette hérédité qui l’avait touchée dans sa chair depuis au moins trois ans. Le débat enfin plutôt l’échange épisodique, entre deux portes, sur les faits sur son traitement, sur mon souhait d’entrer dans une dimension symbolique était clos. L’organe sur lequel s’était fixé le conflit venait de disparaître sous le scalpel. Dans la relation tendue, établie entre nous, dans cette relation balbutiante, douloureuse, difficile, nous avions lors de quelques points de rencontre, me semblait-il été un peu en phase mais il s’échappait vers sa vie, vers son destin d’adulte malgré ma présence. Il ne pouvait envisager l ‘échange direct d’homme à homme pour ne pas affronter sans doute les fantômes du père mort qui m’habitaient. 
J’étais rangé au niveau de père mort vivant.
La complicité que je voyais chez certains pères face à leur fils proche et interactif n’avait pas été nôtre, je n’avais pu établir un échange clair et franc avec lui.
Il s’était investi dans la dimension et l’espace de sa génération, avec des amis et des amies alors qu’à son âge j’avais plus investi, dans la dimension et l’espace de la tradition, du lien au passé et à la famille.


La déchirure.


Nous étions aussi coincés entre deux mondes, entre deux modes d’actions, celui de la faculté et de sa ligne d’action précise et chirurgicale agissant avec le bistouri pour éliminer les obstacles et celui des médecines douces ou l’action vise plus à la dissolution qu’à l’extraction. Deux mondes de pensées venaient de livrer bataille. 
Pendant un certain temps, Il avait utilisé la parole et avec un psychologue essayé de résoudre les conflits qu’il portait mais après une bataille d’arrière garde la balance avait basculé en Juillet sur le billard emporté par le raisonnement de la faculté. Il se trouvait sous l’emprise d’une médication à vie. Etait-ce mieux ?
Etait-on arrivé au bout du champ d’action de la parole, de l’homéopathie, dans l’espace, le no man’s land qui borde l’enlèvement des sources de conflit nécessaire parce que la machine s’était emballée et que l’on entrait dans la pathologie.
Quelque chose en moi le refusait. Protégeait-il sa mère ? N’osait-il pas comme elle entrer dans l’émotion et le non-dit que représente le symptôme.


La charge du passé.


Le poids de la faculté, la confiance aveugle de sa mère dans la solution extrême, dans la pommade et la potion, la pilule et la piqûre pesait énormément depuis des années dans son éducation et ce n’est pas quelques mois de doutes qui allaient changer l’histoire. Sa rencontre avec le psy m’avait laissé l’espoir qu’il entrait dans la parole, dans l’expression que des générations avant lui avaient manquée mais il n’était pas mur au point d’attendre encore et de poursuivre son accouchement d’homme. L’aurais-je pu si j’avais été frappé du même mal que lui, de celui de mon grand –père.


Toute l’émotion due au rejet, à cette castration de la parole qui me semblait en route me privait de ce mode de réaction, là à cette table matinale, j’étais entre deux eaux, triste impuissant même au bord des larmes.

11/06/2008

C'est une mäle

hérédité,us et costumes,prévalence,culture« C’était une mauvaise » me dit ma cousine à propos me semble-t-il à présent de la femme du grand-père maternel. Elle employait le mot patois plus vivant et plus expressif dans sa formulation.

La lignée coté père

Une sorte d’engeance familiale, côté grand–mère paternel, devait avoir pris sa source, la plus haut dans les générations passées, dans l’agressivité, la rancœur causée par une raison grave entre un homme et une femme. En l’absence de pardon, leur descendance devait faire face à un poison qui parcourait les relations hommes femmes sur plusieurs générations. N’était-ce pas une ce type de comportement, cette sorte de matriarcat qui prévalait dans le clan auquel appartenait ma grand-mère. Pour ma génération, dans le présent, les hommes entraient dans ce schéma en ratant leur vie professionnelle, en accumulant les problèmes de toutes sortes dans les relations familiales proches et larges.

Le présent

Sans doute est-ce plus facile de voir ce qui se passe en face, probablement car cela ne touche pas les émotions, qu’il y a comme une sorte de distance  sécurisante. Mais apparemment ce n’est que le film muet de ce qui se vit globalement dans une génération et dans celle dont je suis le géniteur.

« Elle a tout fait pour séparer son mari de sa famille » résonnait dans ma mémoire comme un scénario dont j’avais aussi été le témoin et la victime.

Les faits refaisaient surface, anecdotes refoulées dans les coins les plus reculés de la mémoire, faits douloureux, à peine soignés et placés tout de suite hors du ressenti et de la vue pour en atténuer la douleur et la blessure qu’il représentait dans ces moments.

Termites d’animosité, de rancœur non dite, qui sapent le moral et qui continuent à ravager l’intérieur.

À plusieurs reprises ce furent les éléments de la culture familiale de ma branche qui subissaient les assauts sournois de ma femme. Les manières campagnardes sous-évaluées par rapport aux manières de la ville et qui étaient scandale. Mais surtout d’abord une subordination de ce champ de l’homme par celui de la femme.

La manière de formaliser et de gérer toutes les relations sociales et familiales au moyen de protocoles compliqués, de préséance et d’exigences de l’étiquette des biens pensants.  Répondre aux vœux vers la fin du mois de janvier car il ne fallait pas répondre spontanément. Ne pas commencer le repas tant que la maîtresse de maison n’est pas assise à sa place. Ne pas manger des oranges avec les mains mais au moyen de la fourchette. Quitter la table dès le repas terminé pour prendre le café dans le salon ou lieu de s’éterniser des heures autour de la table pour le plaisir d’être ensemble.

Envoyer des faire-parts pour toutes sortes de raisons et attendre l’écho dans des formes rigoureuses tant dans le temps que dans la forme.

Rappeler le lendemain, la personne qui a invité pour lui signifier l’importance de son geste et la remercier une nouvelle fois comme si le merci du jour n’avait pas de sens.

Téléphoner pour annoncer son passage et prendre rendez-vous.

Venir les mains pleines d’un cadeau ou d’une fleur.

Ne pas arriver à l’heure dite, mais dans le quart d’heure suivant.

Ne pas mélanger telle couleur avec telle autre sous prétexte de mauvais goût.

Porter des vêtements d’un tel style sous peine de passer pour un moins que rien.

En un mot dévaloriser la culture bon enfant, toute simple et sans arrière-pensée comme on la pratique à la campagne et où c’est la présence qui est la plus importante.

La racine

Petits faits multiples qui dévalorisent en permanence la manière d’être sans doute plus fruste et surtout peu protocolaire de mon clan mais qui affiche en permanence l’idée « Je suis meilleure, issue d’une famille plus importante ».

Dans ce scénario, se retrouvait la même idée, celle de distinguer la famille du mari sous les prétextes de culture inégale et inférieure.

Images de culture qui se retrouvent dans les fréquentations de mes filles et de leur compagnon ou mari. Toutes deux avaient choisi pour compagnon des hommes qu’elles placent sous leur culture et qui reproduisent à vingt ans de distance le fait que la culture de la mère est ressentie comme la meilleure.