17/07/2008

Le niveau d'eau.

limite,cloture,voie de fait,héritage,antiquités

Le niveau d’eau de l’arrière grand père disparu, géomètre de son état, m’avait pour ainsi dire suivi, collé à la peau. D’un grenier à une cave, cet objet utile à un moment de son histoire, à la pratique du métier de l’arrière grand père, avait été relégué hors de la vue. C’était un outil qui lui avait appartenu,  mais de mémoire mon père très tôt disparu ne lui avait pas attaché par ses répétitions et par sa parole, une destination aussi précise que pour l’horloge. IL n’appartenait pas au patrimoine mais aux vieux objets inutiles.

Seul me revenait que c’était un métier conseillé par lui, comme une opportunité, à l’époque des choix professionnels. Comme ce métier ne m’avait pas inspiré, le fait était tombé dans l’oubli. Il revenait à présent maintenant par son sens symbolique et par son irruption dans mon quotidien.
Mon frère et mes sœurs ne l’avaient pas remarqué, n’avaient porté leur intérêt sur le souvenir qu’il représentait. D’une certaine manière, je me l’étais attribué, sans grande publicité, sous un geste apparemment conservateur, car sans cela vu son obsolescence et son inutilité, il serait passé à la trappe.


Le géomètre-expert.

Le personnage du géomètre s’était manifesté via une citation en justice de paix, lancée par le voisin, à propos d’un appentis en bois, adosser au mur, qui me semblait mitoyen. Désigné par le juge, le géomètre expert était entré dans ma vie, en débarquant un beau jour pour fixer entre nos deux fonds, la limite et rechercher la propriété du mur sur lequel je m’étais malencontreusement et sans préavis appuyé. Tentative maladroite de ma part, dans un contexte émotif, cette voie de fait s’était fixée dans notre histoire comme un abcès. L’infection venait à peine d’être terminée après des péripéties de près de 15 ans entre tribunal et avocats, jusqu’ au moment ou une transaction financière par l’achat chez un notaire aurait du clôturer le litige.
Quinze ans a réfléchir sur le sens de la limite, d’abord la frontière physique, puis celle comportementale où j’avais manqué d’apporter à mes enfants à propos des choses de la vie, puis celle que j’aurais du appliquer par rapport au monde extérieur. Mettre des limites, me situer, comme une entité différente, complète, fermée.


La fête des pères.

Alors que cette affaire venait à son terme, que je clarifiais mes relations vers l’extérieur en les affirmant plus, la clôture en treillis à trois quart rouillée, avait été à ma demande enlevée par le voisin. Puis un signe du destin se mis en place à l’occasion de la fête des pères. Le fils s’était mis en tête d’établir la nouvelle clôture, un Dimanche malgré mes habitudes d’oisiveté dominicale. A deux, donc, nous avions pris plaisir à poser, et aligner celle-ci. Le relais longtemps négligé et même impossible à faire de la transmission de la limite, entre père et fils, venait de se faire en pleine conscience. Il n’y avait pas transmission d’objet, symboliquement. C’’était dans l’action qu’il se passait.


Histoire de limites.


Les évènements étaient passés mais ils apparaissaient maintenant comme un signe extérieur du destin. Un litige, puis un objet présent servait de catalyseur et d’indicateur à un parcours nécessaire. La conscientisation de l’importance de la limite non pas seulement des fonds terriens mais de son identité. Le fils me soutenait dans cette quête en apportant la touche finale et visuelle reflet du parcours intérieur cahotant mais plein de sens.
L’objectif était en vue. La limitation de l’espace personnel intérieur.

03/07/2008

Douze ans, trois mois

préavis successifs,période de temps,détachement,rupture socialeLa guillotine était tombée l’après-midi, proprement pour couper ma branche de travail, me laissant orphelin à nouveau, de tant d'amitiés, de souvenirs, de convivialités. J'étais dans la rue, mallette en main. Ma parenthèse dans l'entreprise se terminait, j'y avais été occupé plus de 10 ans. Une inflexion nouvelle, profonde, ultime dans ma vie professionnelle. Pour la deuxième fois déjà, la taille me rendait nu, pauvre de tant de souvenirs, de relations, d'actions.
Dans ma tourmente, dans ma tempête des jours qui suivaient, je me sentais comme devaient l'être les saules, le long du ruisseau de mon enfance, quand l'élagueur venait les étêter, en coupant une à une les branches qui avaient rejetés depuis des années.
J'étais un saule têtard, sans pousse, la tête nue, sans branche au-dessus de son fut en attente d’un avenir, en attente de la sève qui allait remettre en pousse la nouvelle résurgence. J'étais un tronc, nu, racines aux pieds, fut inutile, en devenir.


Coïncidence

A nouveau, ma carrière était brusquement arrêtée, le destin était repassé, m'avait arraché curieusement à la même période de l'année, à une semaine près, que la première fois. Une force étrangère insistait. Il y avait coïncidence. Etonnement, calcul, contrôle, les deux contrats les plus longs qui avaient été mon gagne pain s'étaient terminés à 8 jours près. Ceux-ci avaient aussi débuté à la même période. En Octobre à 8 jours près. Les documents des contrats sous mes yeux, l'attestaient. Deux contrats de 12 ans et trois mois et quelques jours. Deux préavis en fin de journée. Hasard. Coïncidence. Signifiance. Les syndromes d'anniversaires mis en évidence dans la psychogénéalogie, se présentent dans ma tête. Fallait-il y voir un sens, une histoire de fantôme, de cryptes. La date prenait sens, se chargeant d'histoire, de fantasmes, de réalités. C'était l'anniversaire de ma fille aînée le lendemain, elle aussi était frappée dans son histoire. Y avait-il un sens, une corrélation. Douze ans, trois mois. Moi aussi j'avais à un certain moment eu douze ans, trois mois.
Nœuds dans ma vie, événements. Boisseau. Le mystère était complet. La question posée. Pourquoi ?