13/06/2009

Le détour.

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Distrait, j’avais dépassé la sortie de la voie rapide. Je dus aller jusqu'à la sortie suivante pour prendre le pont pour faire demi-tour. Mon erreur était apparue  car un rideau d’arbres, de part et d’autre de la bande de bitume barrait le paysage de culture qui avait précédé. Cette vue ne correspondait pas à l’image du trajet que je faisais habituellement.

La vue d’un arbuste couvert de fleurs blanches, dans toute la splendeur et la fraîcheur de celles-ci, constituait le point central de l’arc de cercle que j’avais du effectuer pour reprendre la voie rapide. Sorte de point focal dans l’environnement vert, il condensa mes sensations.


L’arbuste.

Beauté blanche, exubérante, magnificence de printemps, le buisson exprimait comme un résumé de celui-ci, éclairé par le soleil perçant sous les nuages. Plantation sauvage, naturelle, l’arbuste mettait en forme le renouveau simplement, en accomplissant son cycle annuel de floraison, ni pour lui, ni pour son propriétaire. En toute indépendance, il exprimait sa vocation, pleinement, simplement. Tous les arbustes blancs faisaient de même, dans une symphonie collective de leur espèce, ils accomplissaient leur cycle, leur destin, sans tambour ni trompette, sans plan, ni publicité, sans rémunération. Ils étaient d’une telle espèce et l’accomplissaient pour que les semences dont ils étaient porteurs maintiennent et diffusent les bases de la vie de l’année prochaine, ou plus tard, bien plus tard. Une seule semence réussirait peut-être mais l’essentiel n’était pas dans la quantité, l’essentiel était d’être en cette saison porteur de la vie de l’espèce à laquelle il appartenait. Tous les arbustes, toutes les fleurs, les graminées se reproduisaient de la même manière pour une postérité, prémice d’une continuation de leurs caractères. Devant ce destin d’arbustes, je ne pouvais que m’incliner et le comparer au mien. 


Le parallèle.

N’avions nous pas en commun une vie cyclique, similaire dans son rythme ? Comme lui, j’étais entré dans mon cycle, porté par la génération précédente, comme lui la vie m’avait porté et mon cycle s’approchait de sa fin. Mon printemps était derrière moi, l’été aussi, l’automne était, à mes pieds, largement entamé. A l’image du cycle de cet arbuste à fleurs blanches, je poursuivais mon chemin dans la filière de mes ancêtres et regardaient le chemin pris par mes enfants et mes petits enfants, les maillons de la chaîne qui nous traverse et qui s’en va vers le futur. Etait-ce aussi la ballade prévue la semaine prochaine, vers l’endroit où les fossiles d’un homme de Neandertal avaient été trouvés, qui mettaient ainsi en parallèle la chaîne des êtres vivants, des végétaux venant d’un passé lointain vers l’avenir ? Mon ancêtre dont les traces étaient relevées dans un livre de baptême en 1600, s’imaginait-il qu’il portait la vie, vers un être vivant 400 ans plus tard ? Pourrais-je regardant vers le futur imaginer que dans la même période de temps, un autre être auquel je serais lié porterait à son tour la vie qui me traverse ? L’arbuste avait, plus de chance, me semblait-il, d’avoir un descendant porteur de la vie qui l’habitait maintenant, à cette même échéance.

Vertige que me donne le temps, doute fondé sur le réchauffement climatique flèche porteuse de vie qui me traverse et m’abandonne sur son chemin. 
Cycles glissant vers l’inconnu.

12/06/2009

La pile de temps.

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Dès le retour de la consultation chez l’ophtalmologue, j’avais du me coucher sur le divan car mon bassin s’était bloqué et j’arrivais à peine à marcher. C’était une sorte de lumbago, non pas placé du coté gauche comme les précédents sur un point bien précis mais sur l’ensemble des lombaires ou plus exactement sur un disque vertébral de l’une d’elles.


Le dernier lumbago.

La solution la plus adéquate, acquise par mon expérience en ce domaine, était de m’allonger le temps nécessaire à ce que le nerf coincé retrouve sa liberté et que la douleur s’atténue et disparaisse. Deux heures d’inactivité à laisser aller mon imagination, à laisser mon corps se détendre, à dialoguer avec mon corps. La mobilité du sacrum n’étant pas altérée, je pouvais le faire bouger lentement dans toutes les directions en essayant par extension de remobiliser l’ensemble du bassin. Sentir le sacrum qui oscille d’avant en arrière, de gauche à droite, essayer de retrouver le mouvement de nutation, de la fente sacro-iliaque, bref de faire fonctionner doucement, par micro mouvement la partie basse du bassin tout en mobilisant le haut et la partie concernée par le blocage du matin. Quelques heures plus tard, la douleur s’était apaisée et j’avais retrouvé une bonne mobilité.


La nuit suivante.

Alors que l’insomnie avait repris sa place, vers les trois heures du matin, malgré le somnifère ingurgité au coucher, je tentais de calmer mes pensées vagabondes, d’apaiser le mental. Des idées circulaient néanmoins, l’une d’elles apparaissait sortant de l’oubli, celle évoquée souvent avec mes amis, la pile de temps. 
Que pouvaient représenter dans ma vie, les « 6 Mai » nombreux, étalés sur toute ma vie et que j’avais traversés. C’était bien de le suggérer aux autres mais c’était encore mieux de me livrer sur moi-même à l’exercice pour en vérifier la pertinence. Pour mes autres lumbagos, je ne pouvais pas faire grand chose à ce point de vue car les piles de temps n’étaient pas encore entrées dans mes concepts et je n’aurais pas eu beaucoup d’indices de date à leur sujet pour en tirer profit. Ils étaient trop loin dans ma mémoire.
Cette fois le souvenir qui venait d’apparaître était dans la période d’un événement familial majeur du passé, la naissance lors de mon adolescence de ma plus jeune sœur, le 6 mai et après un séjour de 5 jours en couveuse, son décès. Les associations se succédaient, pour celle-ci, le deuil n’avait pas été parlé, ni traversé. Deuil enfoui dans mon adolescence, dans la mémoire familiale et qui avait d’ailleurs été exhumé symboliquement à la naissance de M, la deuxième fille d’une autre sœur. Celle-ci, avait failli mourir, dans les jours qui suivaient l’accouchement, d’une crise d’éclampsie.


Hoogstraten.

Voici quinze ans, un abcès, source d’un tsunami émotionnel, s’était ouvert au questionnement d’un accompagnateur d’une session charismatique à propos de l’enterrement de notre dernière sœur MP. Celui-ci ne s’était pas fait selon la tradition via une messe d’ange mais de manière violente par un rapatriement dans la tombe familiale, incognito, à la sauvette de nous, adolescents. Alors que tout villageois avait droit au minimum à son absoute, et à combien d’entre elles, n’avions nous pas servi en tant qu’acolyte, notre soeur avait été enterrée de manière indigne, violant le sens et les symboles fondamentaux du passage. Une nouvelle vie, pleine d’espoir, était effacée sans cérémonie, sans perlaboration à la manière d’un animal domestique. Son prénom était bien gravé sur la stèle familiale au cimetière, sous son aspect visuel. Le chagrin et la douleur avaient été enfermé dans mon corps d’adolescent et mis sous scellé. Une première dose, massive, sous forme d’un ruisseau incontrôlable de larmes, était sorti de cet abcès immédiatement. Le trop plein avait trouvé sa voie. Le solde en était sorti, du même endroit, dans le coin gauche du plexus, la semaine précédente à la vue de la vidéo « Mariadans. » Les premières notes musicales lancées et accompagnées du mouvement avaient ouverts de nouveaux les scellés du blocage de la cote d’Adam pour libérer le reste de l’émotion enfouie.


Le sens.

Le lumbago du 6 mai pouvait être ce scellé qui perdait de plus en plus son rôle de loquet au fur et à mesure où l’émotion se vidait. Ce point douloureux sous ma coté venait aussi de retrouver vie, la zone en était plus souple, plus vibrante. Mes possibilités de chant, vers les basses venaient de s’agrandir. Les tensions nerveuses lâchaient de plus en plus et l’énergie circulait comme elle aurait du le faire.
L’ouverture du cœur, point de travail de la reflexologue, à la deuxième séance venait de se poursuivre après avoir à la séance précédente, libéré plus largement ma capacité respiratoire. La succession des événements du mois, après une longue léthargie, autorisait la reprise et la clôture de cette rupture émotive et symbolique.