12/11/2009

Détente

BW93-Détente..jpgElle m’avait demandé pour détendre mes pieds et la structure musculaire qui sous-tend mon corps, de masser, comme le recommandait Feldenkreis, la plante des pieds en piétinant un bâton de manche de brosse. L’exercice avait plusieurs directions, par petits mouvements de déplacements sur les cotés, en portant une partie du poids sur la plante des pieds pour un massage profond, puis en avançant lentement avec précaution puis en faisant rouler le bâton sous les pieds dans un va et vient doux et léger, pour en masser avec précaution les surfaces.
Situation insolite, exercice curieux sensé contribuer à la détente du dos et des muscles du thorax par ricochet, par entraînement comme un jeu de domino qui se couchent les uns après les autres.
Imaginaire.
L’exercice proposé m’ouvrait de nouvelles perspectives symboliques. Je m’imaginais comme un oiseau sur la branche par ce mouvement de gauche vers la droite, en train de se tâter pour la procédure d’envol, installé entre le pas d’audace droit devant et le retrait prudent dans la sécurité des habitudes, hésitant entre deux états.Mes doigts de pied étaient comme des pinces qui s’accrochaient à la branche, qui s’ouvraient rapidement le temps de prendre à nouveau le contact sécurisant, quelques millimètres plus loin à droite, dans une marche d’hésitation, avec le corps en balancier lent et prudent.
Jeu d’équilibre du corps, jeu d’accrochage puissant. J’étais plongé dans un mouvement archaïque, sortant en ligne droite du cerveau limbique. J’étais l’oiseau qui s’accroche à la branche, qui se prépare à des vocalises pour occuper l’espace qui s’ouvre devant lui, par son chant, sa tirade musicale avant de basculer droit devant, dans le vide, dans un envol rapide et puissant.
Mes omoplates étaient mes ailes, que j’essayais de dérouiller, de rendre mobiles. Elles s’associaient aux cotes qui dans le même élan allaient s’ouvrir, libérées pour rendre ou prendre tout l’air nécessaire,au soutien des notes de chants.J’étais non plus l’humain lourd et pataud fixé par la gravité sur le sol, mais à la branche l’être libre et souple qui s’ébroue pour échauffer tout son système musculaire et le rendre ouvert, souple, performant, ouvert à toutes les sensations, à toutes les opportunités de mouvement.
Symbole du passage, de l’engourdissement de la pesanteur, à l’envol et à la tirade musicale qui part comme une flèche dans l’espace ouvert et proche, cet exercice de gymnastique douce m’ouvrait et le corps et le chœur.Libre comme l’oiseau, libre comme le vent, libre comme le chant.
Chants sacrés.
La soirée de Lundi était de nouveau dans ma tête, en rond le groupe s’animait dans la danse amérindienne, poids sur le pied gauche, poids sur le pied droit, cri s‘élevant vers le ciel, cri s’adressant à la terre. 
Spontanément une intention se mis en place, s’exécutât , l’une après l’autre, elles venaient avec leur chant au centre du cercle dans un solo, comme un point d’exclamation, non dans un désir de mise en scène, mais dans le mouvement affirmatif d’être une personne dans le groupe indifférencié qui psalmodiait.
Une mise en train m’était nécessaire, un échauffement, un réveil d’audace et à mon tour, j’entrais dans le centre du cercle pour y prendre place, par une vocalise propre, sur le fond sonore du groupe. 
Comme avec le professeur de chant, quelques semaines avant j’étais par la symbolique du chant invité à poser ma voix, devant toutes, en exprimant haut et clair, la tirade qui m’animait. Je tentais de poser ma voix.

03/11/2009

Philomène

Philomène

Le conte que nous avait offert des amis, quelques jours plus tôt était à portée de main et pour distraire les 2 loup loup de ma plus jeune fille, ma femme me poussait à leur en faire la lecture. Le moment n'était pas approprié, ils étaient occupés à consulter un catalogue de jouets et je n'avais pas envie d'être poussé dans le dos. Comme j'appréciais la symbolique de ce conte et que sa lecture serait assez rapide, j'étais passé par-dessus ma résistance pour essayer de les baigner dans une atmosphère plus intéressante que celle de leurs "gameboys". Avec ou sans auditeurs, j'en avais parcouru l'entièreté pour apprendre l'histoire d'une petite fille qui affrontait la sorcière en allant hardiment à la rencontre de celle-ci dans la forêt profonde. Son nom et le titre de l'album étaient "Philomène". Le lendemain, au déjeuner après la lecture d'un texte sur le sens du 2 novembre, fête des défunts et jour consacré à leur mémoire dans la tradition chrétienne, je déposais le livre du conte sur la table quand l'association se fit. En plus d'être le nom de l'héroïne de l'histoire, Philomène était le prénom porté par l'arrière-grand-mère de mon épouse. Le fantôme de celle-ci revenait dans l'actualité par le biais de cet album, reçu d'amis à ces vacances de Toussaint. Elle venait hanter le cercle familial.

Les indices.

 La lignée des mères revenait dans l’actualité par le prénom de l’héroïne de ce conte pour enfants, et c’était la deuxième fois en l’espace de quelques semaines d’ailleurs que son nom, revenait dans le train train familial. Ce lundi matin pour la préparation de la journée d’activité des petits enfants, il fallait aux tartines ajouter deux objets représentant pour les enfants une peur. Sous l’impulsion de mon épouse, deux objets avaient été mis en évidence, pour l’aîné l’image d’un squelette et pour le plus jeune, une lampe de poche pour représenter sa peur de l’obscurité. Les deux symboles s’inscrivaient aussi dans le thème, du fantôme qui hantait l’espace familial. Les petits-enfants descendants de Philomène allaient rencontrer les images de leurs peurs. Ils mettaient en scène la métaphore, d’un fantôme installé dans l’imaginaire familial et de la quête qu’il convenait de faire pour le trouver dans l’inconscient familial et le dissoudre. Qu’allait apporter la lumière de la lampe de poche dans l’obscurité du passé ? Un autre point marquant, émergeait parallèlement. Un écho ramené par mon épouse quelques semaines plus tôt. Un indice surprenant, étonnant. Lors d’une séance de développement personnel chez une praticienne manipulant l’antenne de Lecher, un comportement marquant, d'une de ses ancêtres avait été mis à jour. Une agressivité latente, dont elle était porteuse, exprimait le fait que l’arrière grand-mère n’avait pas pu vivre sa vie. Ne fallait-il pas voir ; la manie de mon épouse de choisir la voie la plus bancale, souvent celle opposée au bon sens commun, de choisir avec génie, la solution boiteuse qui souvent me mettait de mauvaise humeur, de voir avec qu’elle application, elle s’arrachait la peau autour des ongles comme preuves de cette agressivité installée. L’agressivité entre mes filles n’était-elle pas à notre niveau, l’indice de cette émotion renfermée quelques générations plus tôt ? Le lendemain, mon fils, spontanément, reconnaissait son agressivité face à sa mère, comme si le fait d’avoir ouvert la possibilité d’une valise passée, permettait à chacun de se positionner par rapport à une attitude en l’exprimant. L’énergie, l’émotion pouvait ainsi s’apaiser par la reconnaissance et je l’espérais se dissoudre. 

Une agressivité latente régnait en effet dans cette lignée représentée par trois soeurs, dont ma belle mère. Fratrie qui se côtoyaient à peine et du bout des lèvres, et chez qui contrairement à ma famille, je ne ressentais qu’animosité, coup de griffes entre elles comme s’il n’était pas possible d’avoir des relations fluides et chaleureuses. On ne se réunissait d’ailleurs de ce coté là qu’une fois par an. Une sorte de distance existait, mesurable dans l’attitude face à la tradition de la Toussaint, mon épouse ne connaissait même pas l’endroit où sa grand-mère maternelle était inhumée. Et suite à mon insistance, les dernières années, il lui avait fallu trois ans de suite, tenter de visiter le cimetière avant de découvrir sa tombe. Nous étions arrivés à l’heure de la fermeture la première fois, la fois suivante toujours en dernière minute, on n’avait pas trouvé la tombe. Enfin la troisième fois, nous avions enfin vu le monument. Comme s’il y avait une difficulté majeure à se relier à cette lignée, à passer le maillon faible qu’avait été la mort prématurée de la fille de Philomène, la grand-mère de ma femme.


Le sens.

Le regard neutre vers le passé, n’était-il pas la meilleure chose à faire pour désamorcer ces tensions passées couvant toujours sous la cendre. L’inflammation d’un tendon sous le pied gauche de mon épouse, cette semaine, ne devait-il pas être l’indice d’un parcours difficile à faire ? Ce fait s’ajoutait aux indices comme le frein pour ne pas en retournant vers le passé, découvrir ce qu’on se cachait depuis toujours. Découvrir enfin ce qui empoisonnait la vie actuelle en affrontant la réalité restait le parcours du combattant. Il suffisait de suivre les indices qui balisaient le chemin pour rendre à cette ancêtre ce qui lui appartenait.