29/12/2009

D'être regardé!

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Un déclic se fit dans ma tête. Il me fallait visiter la zone grise, souvent évitée de ma relation à la femme, afin de clarifier ce qui commençait à émerger dans les séances d’haptonomie. Résolu, j’envoyai un mail à ma fille pour lui demander qu’elle me précise à nouveau, l’adresse du spécialiste en constellations familiales chez lequel elle avait fait récemment deux séances individuelles. Le soir, elle m’appela pour me proposer d’utiliser son rendez-vous de Juillet qu’elle pensait annuler. Le lendemain matin, une réponse électronique me fit part du fait qu’elle n’avait pas reçu le mail hier car elle était en congé, et elle notait son étonnement pour la synchronicité dans sa réponse verbale spontanée à ma demande écrite non lue. Il n’en fallait pas plus pour me déterminer à prendre le rendez-vous qui m’était apporté sur un plateau d’argent et dans un délai raisonnable car la moyenne d’attente du spécialiste était de trois mois. L’affaire était entendue car de plus, la date se situait pendant ma période de vacances.



Constellation familiale.

A l’heure dite, j’étais assis dans la salle d’attente de ce spécialiste en attendant la fin de l’entretien précédent, essayant de formuler la direction que devrait prendre la constellation. Etait-ce ma mère, était-ce mon épouse qui allait faire l’objet de mon choix ? La première étant à la base sans doute du choix de la deuxième. Après la prise de connaissance, l’expression de ma demande, le choix du thème se fit sur la femme en général et l’on entra dans le vif du sujet immédiatement. La constellation, qui était basée sur des cartons représentatifs des personnes, débuta par la pose à mes pieds d’un carton femme et un carton homme que je posais respectivement à gauche et à droite. La carte globale représentant l’univers des femmes fut posée trois mètres plus loin me regardant.



Le regard.

Le constellateur joua alors le rôle des différents personnages impliqués. Lorsqu’il s’installa à hauteur de la femme, une impression m’envahit rapidement, celle que la femme ne me regardait pas mais se tournait vers ma droite, regardant vers quelqu’un d’autre. Puis ce dernier se coucha sur le sol, main droite vers l’avant et vers la gauche dans une tentative d’atteindre, de rejoindre par la main quelqu’un sur ma droite. Dès cette visualisation l’impression que le problème ne me concernait pas m’envahi en me laissant un peu comme spectateur, rempli du soulagement, de cette tentative qui ne me concernait plus. 
Le premier décodage de cette attitude exprimée par le constellateur à propos de la femme fut interprétée comme le regard de ma mère, vers un enfant disparu dans son entourage, dans son univers familial, dans la relation d’enfant qu’elle avait vis a vis de ses parents. L’impression que cette attitude ne me concernait pas et qu’elle était dans l’univers de ma mère me semblait étonnamment juste. J’y adhérais. Ma mère se tournait vers une personne morte de son entourage. Elle ne pouvait me regarder moi son fils pour ce que j’étais car dans son inconscient, elle était attirée par une personne dont le deuil n’avait pas été fait, et que représentait un nouveau carton ajouté. Cela sonnait juste, c’était une solution qui m’apportait une détente très sensible et très forte. Un poids s’éloignait de moi.
 L’interaction mise à jour ne faisait plus partie de mon champ d’action personnel mais venait de s’en séparer tout en me libérant, me laissant une impression de soulagement, que je manifestais par un large sourire de confirmation.
 Ainsi je n’avais pas été regardé par ma mère en tant que bébé car elle se tournait vers son passé, vers un deuil non accompli par ses parents et qu‘elle portait en leur nom. De l'histoire familiale me revenait le récit du grand-père qui parlait de la fasse couche de sa femme. L’hypothèse avait du sens.
 Etait-ce ce drame vécu par ma mère, d’un frère ou d’une deuxième sœur dont le deuil n’avait pu être fait, peut-être même pas nommé et qui s’était perdu dans l’inconscient familial maternel ? L’ajout de cartes masculine et féminine pour matérialiser le sexe de l’enfant ne fut d’aucun secours, rien ne s’éveillait. Cela ne semblait pas être important.



Les conséquences.

Cette histoire de regard me touchait à nouveau en plein dans le mille, remettait à jour, ce que j’avais vécu les derniers mois à ce sujet, les regards d’évitement de mon nouveau chef qui avaient le don de me mettre en colère et de me remplir d’animosité face à lui au point que je changeais de couloir à son approche, ou faisait demi-tour. Regards d’évitement qui me disqualifiaient au plus haut niveau, et me renvoyait à ma douleur de ne pas avoir été regardé à souhait.
 Et la dernière évidence et non la moindre, celle d’une amie qui il y a une semaine encore me demandait gentiment  « Mais qu’est ce qui te rend si sensible au regard que les autres portent sur toi ? »
 Je n’avais rien pu lui dire sinon que c’était a présent un point qui heurtait ma sensibilité et me plongeait dans une colère vive et immédiate.

Cette constellation venait de m’en apporter la réponse, de désamorcer dans mon ressenti cette attitude d’agressivité et me libérer de ce point important.
 Curieusement depuis lors le nouveau chef que j’évitais, qui me faisait faire demi-tour pour éviter la rencontre, ne me touchait plus, je passais indifférent près de lui, cool comme jamais acceptant ce regard d'évitement qui lui appartenait.
 Dans les conversations avec mes collègues féminines, je les regarde dans les yeux et commence à les connaître par la couleur de ceux-ci et cela me ravit, m’apaise. La relation change, je ne la fuis plus, je la recherche et découvre que plus d’un ne regarde pas droit dans les yeux mais pratique l’évitement. La colère ne m’envahit plus, elle est remplacée par la compassion qui me traverse pour la douleur portée dans leurs relations.

02/12/2009

Fusion

BW94-Fusion.JPGPour honorer sa mémoire, nous étions réunis dans la salle où il donnait des enseignements. John avait pris sa place pour animer la session de l’après-midi remplaçant celle qui avait été annulée suite à son décès. Il nous conduisait pour que l’on s’intériorise, que l’on porte son attention à la vraie nature des choses.C’était d’abord la conscience des sensations corporelles, puis l’écoute des bruits extérieurs selon la méthode pratiquée par notre guide.
Sa voix puissante, ferme, profonde n’atteindrait plus nos sens, ne remuerait plus ni notre intellect par les commentaires étonnants des fables proposées, ni nos sensations par le ton sophrologique de son rythme verbal lors des temps de méditation couchée.
Il n’était plus et nous étions en manque de son charisme, de la force de ses convictions. C’était un maître, notre maître et il n’était plus.
Le deuil.
Le dernier d’entre nous, lors du tour de paroles, en quelques mots venait rapporter au groupe attentif, les derniers moments qu’il avait passé avec lui en Août, sur le quai de la gare. L’un allait vers le sud, l’autre vers le Nord.
Moment magique du départ, moment où le temps bascule d’un espace où il s’est arrêté dans la méditation et l’introspection pour passer dans l’accélération du quotidien, le retour aux milles activités de la vie de travail.
Il était le dernier témoin du groupe a lui avoir parlé. Son témoignage clôturait le partage. Il n’y aurait plus de moments sur le quai, ni ailleurs. Tout était fini.
Nous étions tous réunis autour de ses photos posées autour du mémorial au centre de la pièce pour prendre congé de lui. A tout jamais. Les moments de proximité, de fusion parfois à la magie de son enseignement étaient terminés. Comme les trains s’éloignant définitivement, son destin, nos destins n’auraient plus de points communs.
Le détachement.
Fallait-il refaire encore une fois, les adieux dans le lieu où pendant vingt ans, le groupe de ses adeptes s’était réunis, participer à une autre session animée par les plus avancés d’entre nous, capables comme enseignants de structurer les matinées de méditation.
N’était-ce pas de l’attachement, à sa personne, à son style pédagogique inimitable de les organiser, d’y participer.Le temps passé avec lui et grâce à lui venait de prendre fin. Il fallait faire ses adieux, trancher le lien qui s’était établit au fil des moments sous sa houlette. Il ne fallait pas figer le temps, encadrer son œuvre, faire de lui un monument, remettre sur le métier ce qu’il avait été pour chacun de nous.Sa présence chaleureuse, vigoureuse, appartenait au passé. Trancher, se détacher, suivre la rivière sans s’accrocher aux branches de la rive en s’épuisant à revivre des moments dépassés, tel était avant tout son fil rouge.Avoir le courage de trancher, de dire que ce temps est passé, que l’avenir est dans le flux de la vie.
Cercle d’amitié.
C’est ce que j’essayais vainement semblait-il de lui dire à son propos. Un lien fusionnel l’a rattachait depuis trop longtemps,à sa mère. La tentative de rupture des mois deniers se reproduisait encore plus forte que les précédentes. L’une voulait s’éloigner mais la peur l’en empêchait. Elle ne mettait pas son projet à exécution. L’autre voulait à tout prix, la protéger vu sa fragilité le plus longtemps possible. Le lien fusionnel de la mère et de la fille vivait toujours. De rechute en rechute, le chantage augmentait à cause d’un lien de plus en plus difficile à trancher.Là aussi, il fallait du détachement, une prise de distance nécessaire. Une aide psychologique des deux cotés pour soigner le lien blessé.Etonnement, dans les noms cités pour la soutenir, l’aider, j’osais à peine le croire, l’imaginer, un des psychothérapeutes portait un nom prédestiné, décapant.Le choisir était symbolique. Pour trancher ce lien périmé, dépassé, il fallait consulter, appeler et fixer un rendez-vous avec Mr Couteau.Comme Moïse sur la Montagne, il fallait tuer non l’enfant mais le lien pour le libérer comme le disait Marie Balmary dans son livre, « Le sacrifice interdit. »
Ma première rencontre avec le maître tournait autour du thème, l’attachement, le détachement. Ma dernière rencontre dans le même endroit était toujours aussi mêlée à ce thème récurrent, fondamental, nécessaire. La boucle était bouclée, il fallait prendre l’envol, laisser aller pour ne pas retomber dans le cercle, pour ne pas tourner en rond.
Naître au futur, une première fois par le détachement initial à la mère, physique par le cordon, psychologique par la voix du père. Chaque fois, en regardant le futur, confiant dans l’expérience vécue, sans remords et sans regrets vers l’inconnu.