21/08/2010

Sur le sentier de mon enfance

 

DSCF1475.JPGDès le réveil, l’image flottait dans ma tête, dans l’espace qui s’ouvrait devant ma vision intérieure, comme en trois D. J’y retrouvais dans l’ombre, la rigole conduisant au trou médian servant de toilette turque. Endroit unique, fréquenté, il y a plus d’un demi-siècle, endroit chargé de honte, de culpabilité, de violence verbale faite à l’enfant de 5 ans que j’étais et qui fréquentait l’école des sœurs. L’apprentissage de la propreté, se superposait à l’apprentissage de l’école gardienne dans la classe à droite, celle de Sœur Eleuthère.

Depuis hier mon intention s’était précisée, j’irais revoir l’espace villageois de mon enfance, après la visite de mon frère handicapé. Ma fille qui enfin s’était décidée à faire la visite à son Oncle, m’accompagnerait dans ce retour au passé.Ce n’était pas la première fois que je reparcourais le village mais cette fois, j'étais  en compagnie de ma fille cadette.

Retourner sur les lieux de mon enfance, de mon adolescence, retrouver d’anciennes sensations, les noms de ceux, que j’avais côtoyés, revoir de loin l’école gardienne, l’école primaire. A la fois l’envie d’approcher et celle de rester dans ma bulle à distance comme si un danger d’effondrement existait.Bref, repasser sur les bords de la piscine mais sans me mouiller.Nommer les habitants, revoir les porches des fermes, que souvent enfant nous avions traversé pour vendre des billets de tombola, pour observer les activités dans les cours, la traite des vaches, l’écrémage à la laiterie, l’alimentation du bétail, le nettoyage des étables, la vie quotidienne du fermier, avant de nous faire chasser par l’un ou l’autre qui craignait les faux pas, les chutes, les réactions des animaux.

Petit arrêt devant la maison familiale, jadis couverte de crépi en mortier et dont la brique à présent, était mise à nu. Prendre le temps d’une photo avec l’annexe réaménagée, passer au coin de la rue, lentement devant la maison de ma marraine dont le jardinet devant, jadis rehaussé, était devenu un espace pavé carrossable.Passé et présent mêlé. Passer devant des maisons inchangées, trouver des maisons neuves et modernes.

Le chemin de campagne vers la source, en déblais rempli d’ornières, était bétonné depuis le remembrement pour la facilité de l’exploitation d'immenses parcelles de terre.

Inquiétude de ma fille, par rapport aux émotions qui se pressaient dans ma tête, distance aussi pour ne pas être noyé dans le passé.

Gouffre entre le mode de vie de cette époque et de nos vacances vécues sur place année après année et les expéditions actuelles dans le midi pour dix à quinze jours, les stages de vacances de toutes sortes, offerts à mes petits-enfants.

Pour la première fois avec un de mes enfants, verbalement, visuellement, localement, j’assurais la transmission des éléments de vie qui constituaient mes racines, ma base de vie. Elle écoutait tranquillement, me laissait aller à mon rythme dans ce pèlerinage.

Près de l’église, sur une des anciennes stèles du vieux cimetière, elle observait le nom de famille de ma grand-mère, l’énonça puis me dit " Mais c’est la photo qui est dans le salon, il manque les deux fleurs blanches du liseron." Elle faisait un lien entre l’image et la réalité, à mon plus vif plaisir. Attention profonde de sa part, au style de vie qui m’avait marqué et dont elle prenait conscience.

Elle mesurait le stress de ses enfants derrière les play station, les consoles diverses et autres instruments électroniques du moment et le rythme de vie de son père, à l’age de ses enfants.

Mon monde avait disparu, le cordonnier, le menuisier, la coopérative, notre boucher, les boulangers, les cultivateurs; Jean, Henri, Louis. Un monde rapide lui avait succédé avec ses fermes géantes, ses supermarchés anonymes et pléthoriques.

Flèche du temps, accélération prodigieuse, valeurs fondamentales différentes.

L’heure avançait, il fallait arrêter cette excursion, ce retour au passé. La réalité se faisait de plus en plus présente, exigeante. Nous reprîmes,le chemin,la route, l’autoroute, le temps de flâner était épuisé.

Un jour peut-être, à pied, je remesurerais les sentiers de mon enfance.

 

15/08/2010

Quitter le nid.


anniversaire,quarante ans,fratrie,lien atavique« Sais-tu qu’elle n’a pas invité la sœur de son compagnon au 40ème anniversaire de celui-ci. Comment est-ce possible ? Cela va créer un problème, mais …. c’est quand même sa faute car elle n’est pas toujours sympa. »

 Les voir établir leurs rites familiaux, dans la différence me peinait et me renvoyait à mon expérience propre, à nos relations, à nos fratries respectives. Rien n’était simple, le nid avait été le même pendant des années mais n’était-il pas déjà marqué par des conflits, des manques, des luttes d’influence, des évitements, des rancoeurs. Tout se ramenait à un commun dénominateur.

Au départ de la fratrie, une éducation familiale nous était commune mais nous ne l’avions pas assimilée de façon identique. Notre formation scolaire reçue dans des écoles bien différentes, nous avait donné un réseau d’amis  de cultures différentes. Puis nos conjoints respectifs avaient apporté leur culture propre et nous avions fait un compromis. Les différences, avec le temps, se marquaient de plus en plus. Que pouvait-il encore yavoir de commun, après les années, dans la relation, l’écoute et la communication.

Il n’y avait pas que les gènes qui se transmettaient, la culture, les règles de gestion des situations, la communication, les attentes, les rancoeurs, cela aussi passait à travers nous.

Pourquoi notre aînée ne pouvait-elle pas inviter son cercle d’amis sans y associer les frères et sœurs ?  Etait-elle obligée d’inviter l’un ou l’autre contre son souhait, ignorant la distance qui s’agrandissait entre eux ?

Ne pouvait-elle pas distinguer le cercle de famille rassemblé habituellement pour les anniversaires des enfants, les communions du cercle des amis. Ne pouvait-elle pas choisir dans le cercle familial ceux avec qui, elle entretenait une relation constructive, joyeuse et réciproque laissant la relation formelle de la fratrie pour d’autres occasions

Mes  quarante ans.

Un fait ancien et douloureux venait de remonter dans ma mémoire dès l’annonce de cette constatation. Par-delà l’aspect d’un choix sélectif, de ceux que l’on côtoyait dans le quotidien et dont on partageait la table à l’occasion, celui de mon épouse de ne pas inviter mon frère et ma sœur aînée m’avait écartelé, transpercé. Je n’imaginais pas à ce moment ne pas les inviter. Sur base d’une longue cohabitation, de l’affection atavique que l’on porte au clan, n’étaient-ils pas nécessaires à cette fête ?

Le détachement n’était-il pas chose indispensable ? Ne fallait-il pas à côté du cercle familial, établir les fondements du cercle d’amis, en dissociant l’un de l’autre mais en établissant des ponts sur la base d’affinité sélective.

Privilégier une relation sur des bases culturelles, ne pas la mêler à une relation affective, tout en admettant que dans le premier cercle de ma fille aînée, ma plus jeune ne soit pas intégrée.

La douleur de ce choix passé m’avait touché au vif, blessé quelque part. Ma mémoire en était toujours imprégnée.

Comme si cette valeur s’était transmise, ma fille aînée reprenait comme sa mère le même type de raisonnement refusant aussi d’inviter la sœur de son compagnon, sa sœur cadette.

Y avait-il un esprit de revanche sous-jacent, face à ma plus jeune, une jalousie cachée de la savoir mariée ou tout simplement le fait que la relation ne mûrissait pas dans l’égard et le respect de l’une à l’autre.

Ma cousine préféré, coté paternel, racontait que ma grand mère lors des fêtes qu’elle organisait n’invitait pas la compagne de son frère aîné, protégeant le clan familial d’une contagion imaginaire, un peu comme on écarte une pomme blette de la claie pour assurer la plus longue conservation des autres. Encore fallait-il que la cause de la contagion soit juste, réelle et identifiable.

Nécessité peut-être à terme, dans des couches de plus en plus profonde de couper les liens familiaux pour entrer dans une individuation plus grande plus consciente, plus forte pour ne pas rester victime du côté sombre familial quitte à les inviter, à terme faire la fête en tant que personne comme on le fait entre amis.
Liens transgénérationnels à identifier et à transcender.