30/03/2011

Passage à l'acte

BW136-Passage à l'acte.JPGÀ l’initiative de sa fille, le clan s'était réuni pour marquer son anniversaire et son entrée dans une nouvelle classe d'âge, celle des anciens. Autour de ma soeur, nous n'étions pas seuls, ses collègues de travail retraitées avaient aussi été invitées. Ne partageaient-elles pas plus, ensemble qu'avec le clan.À nous, d'apaiser ce passage et cette entrée dans une nouvelle année marquée déjà, et nous en parlions à demi-mot, par un coup de tonnerre qui lui coupait l'appétit, le passage à l'acte de sa plus jeune.

Depuis des mois, celle-ci lui parlait de son penchant pour une étrangère qu'elle hébergeait chez elle, de l'importance que celle-ci prenait à  ses yeux, de la stabilité qu'elle lui apportait et de la vie qu' ensemble, elles voulaient construire. Ce n'était plus des intentions, ni des mots. Un acte officiel venait d'être signé. Elle venait de lui apprendre son mariage deux jours plutôt. Sournoisement, agressivement comme un cadeau d’anniversaire.

Baume sur sa détresse, sur l'inacceptable, ce souper d'anniversaire se déroulait dans une joie apparente. De toute manière il fallait faire face poursuivre le rituel, passer en revue le diaporama élaboré par son aînée avec des photos brossant rapidement quelques étapes de sa vie d'adolescente, de femme mariée, puis de mère.

D'un côté, la vie apparemment normale de l'aînée, son dynamisme d'étudiante, sa réussite professionnelle, sa vie de mère de famille qu'elle soutenait largement, la joie de ses petits-fils, de l'autre, les émotions en dents de scies d'une cadette fragile psychologiquement, sans travail, dont les humeurs passaient de l'exaltation à la prostration assistée médicalement.

Enfant à problèmes dont la santé psychique, sous prétexte de maturité, n'était contrôlée que par son incapacité à se prendre en charge, à se soigner. Impuissance d'une mère qui la voit prendre des décisions, faire des choses insensées et qui ne peut tant qu'elle ne nuit pas aux autres ou à elle-même, qu'assister à sa dégradation  comportementale. Puis in extremis, vu son comportement, mettre en route la procédure qui conduira à sa mise sous observation, en hôpital psychiatrique.

Et dans cette aventure douloureuse, l'irruption d'une femme, qui ruine aux yeux de sa mère l'espoir toujours intact, qu'elle puisse, comme l'aînée devenir ce dont ma sœur rêve, ce qu'elle n'a jamais pu être, une femme ordinaire.

Anniversaire façade pour fêter la vie qui s'effrite dans ses mains, son désespoir, de mère impuissante qui ne peut couper le cordon ombilical et qui transit à chaque instant, de la dernière frasque qui va à nouveau l’obliger à affronter la honte du "Qu'en-dira-t-on! "associée à la crainte de l'irréparable. Soeur aînée, qui ne connaît qu'une voie d'action, celle qui consiste à attendre que cela s'arrange comme par miracle. Non-assistance à personne en danger de dérapage psychologie et qui d'année en année s'éloigne de plus en plus d'une thérapie possible. Système familial délétère, qui n'a pas cherché une évolution, une solution à ses problèmes. Fille adulte qui refuse de se soigner et dont la dégradation mentale progresse, empire et qui ne peut être cadré car elle est majeure.

Dilemme de vie, hérédité, transmission.

N'a-t-elle pas été, pauvre soeur, victime d'une dépression quand sa plus jeune avait deux ans, drame d’une mère qui place son l'enfant chez la grand-mère paternelle car elle ne s'est plus assumer les tâches familiales. Rupture dans la vie affective de l'enfant, dans ce socle nécessaire de tendresse et sur lequel s'est construite une vie nécessairement bancale. Fantôme qui ressurgit par épisode pour exprimer sa demande d'attention jadis manquée et qui met en actes la colère, d'avoir été abandonnée, comme le jour où avec une barre de fer, elle a démoli la vitre de la porte d’entrée de la maison familiale. Sans les mots adéquats, sans les mots qui guérissent, tout devient maux. Fantômes reçus par ma soeur, transmis sans doute par notre mère qui fut j’imagine aussi plongée dans une rupture d'affection par rapport à sa mère.

Ligné de femmes qui souffrent d’une pathologie de la tendresse, mémoire d'un passé irrésolu.

Cumul par ma nièce, qui reçoit aussi du côté du père un défaut d' affection par son absence et qui souffre peut être aussi comme son Oncle, le frère de son père, d'un  dérangement psychologique ou d'une maladie héréditaire Système patriarcal perturbé dont le second  dans le rang encaisse les maux.

Avertissement de mon père toujours présent dans ma mémoire et qui comme au village surveillait  les lignées et nous informait ainsi de l'hérédité  pour qu'à notre tour, conscient et attentif, nous fassions le choix de l'autre exempt de problèmes physiques ou psychiques.

09/03/2011

Retour au chevet.

 

dépression, récit de vie, tendresse, porter son attentionUne infection des voies respiratoires, corsée m’ayant empêché la semaine dernière de rendre visite à ma fille pour soutenir sa convalescence, c'est avec appréhension que je poussais la porte de son habitation. Comment allait-elle réagir ? Est ce que les progrès et l’assertivité constatées au téléphone dans sa voix étaient bien ancrés?

Elle était allongée sur le divan sous sa couverture de polyester soyeuse et douce. Son plus jeune fils, présent suite à une allergie autour du cou, jouait près d’elle dans le salon. Plus distante que les fois précédentes, dans son rôle de mère sans doute, elle ne réclama aucun soutien de ma main sur le front, ni tête sur les genoux. Nous étions dans la lignée des générations. A l’occasion, elle cajolait son fils qui ne se privait pas d’être au centre de son affection. L’échange était surtout verbal. Assis sur un pouf de salon, proche, j’écoutais son récit. Les nouvelles des derniers jours, les mises au point concernant son état physique et moral. Elle allait mieux, beaucoup mieux.

A la séance de bien-être d’hier, sa masseuse l’avait trouvée remplie d’énergie, presque dans la forme idéale, à 75 % de son tonus comme elle disait. Cette information positive la rassurait. Elle reprenait du poil de la bête, ne prenait plus de somnifères depuis trois jours et s’en félicitait.

Elle semblait sortie du puits. Mais serait-ce suffisant pour reprendre dans une semaine, à mi-temps son boulot d’infirmière? Etait-ce la présence de son fils qui la maintenait dans cet état.

Son dynamisme apparent me rassurait, n’avait-elle pas repris aussi la lecture du livre abandonné quelques semaines plus tôt.  En faisant mémoire  des événements de ma dernière visite, elle parla de Grand-maman, ma mère,  des moments agréables qu’elles avaient passés ensemble. Puis elle enchaîna sur le soutien de son entourage, qui l’avait beaucoup touchée, y compris le dernier témoignage, celui d’une voisine qui lui avait apporté un pot de confiture. Soutiens divers et importants pour la remettre debout.

La lignée des mères revient dans la conversation et curieusement le contraste des totems de ses deux grand-mères nous impressionna. 

D’un coté, il y avait ma mère « Castor pacifique », image solide et sécurisante, qui par sa patience et son activité vient à bout des obstacles même important. De l’autre, ma belle mère « Lézard au soleil », animal au sang froid, peu chaleureux par lui même qui essaye de se réchauffer. Prise entre deux images symboliques, deux héritages, allant de l’une pour son activité, à l’autre pour sa partie sombre demandant du support. Elle devait composer avec les deux, elle que les scouts avaient totémisée, tigron (tigre et  lion)  noir ou blanc. Entière sans nuance ni compromission. Comment comparer, choisir l'héritage.

Pour repartir, rebondir, elle devait se donner la part de temps nécessaire pour retrouver ses forces, s’occuper d’elle suffisamment et engranger une énergie saine et durable. Des conseils des uns et des autres, il lui fallait composer un menu lui apportant forces et satisfaction. Elle devait abandonner son l’activisme, la collecte de médailles, mais en des moments privilégiés, trouver des ressources de joie, d’humour comme le temps de la semaine dernière où avec ses enfants, ensemble, ils avaient ri. Son aîné d’ailleurs lui semblait plus joyeux depuis quelques jours.

Pour la relier à des moments joyeux de son enfance, j’avais repris un jeu de leur enfance. « Ouvre la bouche et ferme les yeux », avant de lui glisser dans la bouche, à deviner, une friandise. Elle l'identifia avec plaisir : le cuperdon, le petit dé en  gomme, au goût  cerises de nos enfances. Retrouverait-elle le plaisir que nous avions le samedi en allant au supermarché faire la « goûte » des produits en démonstration quand elle avait cinq ans. Profiter de bons moments, naviguer dans l’être, non dans l’avoir. Les 400 gr repris  depuis quelques jours, par un meilleur appétit, signifiait-il qu’elle avait enfin compris, la nécessité de se soigner, elle aussi.

Dans ma mallette, j’avais apporté une surprise qui dans le fond lui appartenait, mon premier texte, sur sa toux. Du journal familial, j’avais reçu un justificatif envoyé à mon attention, et que je gardais dans un coffre métallique comme trésor de guerre. C’était à elle de le recevoir maintenant comme viatique, comme repère, comme pieu de fondation. Le moment était opportun.

N’avait-elle pas trouver à cette époque, une émotion de base, vitale dont elle pouvait retrouver la force et la vie. Comme elle le disait  à cette époque, à sa mère en me quittant, « Je me sens aimée ».  Savoir fondateur, sensation tutrice. Elle relisait le texte, qu’elle avait quelque part dans ses papiers, et vibrait sous l’émotion. Une accolade forte nous réunit. Serait-ce une transfusion de vie, de tendresse pour soigner cette pathologie que lui avait décrite le psychiatre. Nouveauté, avec sa mère, une accolade les avaient rendues proches, unies, il y a quelques jours, le danger s’éloignait.

Les grands venaient de rentrer de l’école, il fallait s’occuper d’eux, les nourrir les écouter, les transporter à leur activité de l’après-midi.

C’était un autre temps, d’activité, nous n’avions pas eu le temps de méditer à la mode d'Anand,mon professeur de méditation, de « Porter son attention », d’écouter une méditation musicale. Ce serait sans doute pour plus tard.