25/05/2011

Transmission.

symbolisme,énurésie,tradition,généalogie,héritageEst-ce que tu as lu mon texte ? « Oui j'ai lu le texte, c'est vraiment amusant. » Amusant ? 

Ce n'était pas un texte amusant que j'avais envoyé, quelque chose clochait .

« Cette histoire avec les grands-parents, ajouta-t-elle, est vraiment gaie. »

Elle n'avait pas encore, à cette troisième demande, lu mon texte. C’étais sûr.

Ce qu’elle avait lu, c'était la série de réflexion d'enfants face à leurs grands-parents, le texte d’hier qui suivait l'envoi précédent pour lequel je demandais une fois de plus son avis.

Depuis plus d'une semaine, elle n'avait pas pris le temps d'ouvrir le mail et l'annexe comportant ma réflexion à propos de l'énurésie de sa soeur, 25 ans plus tôt. Il m'avait semblé intéressant de le lui envoyer, car sa fille prenait le même chemin. Elle tardait à être propre la nuit et après plusieurs consultations et exercices de kiné, rien ne changeait.

Le retard de propreté de sa soeur jadis, m'avait énervé, angoissé, questionné et il m'avait semblé après de nombreuses lectures, tenir une piste intéressante.Mon souci actuel était simplement de lui transmettre mon expérience, de la faire réfléchir, se poser des questions, chercher d’autres réponses. Manifestement, il y avait de sa part un blocage, de la mauvaise volonté. Que prend le temps de lecture de deux pages, quelques minutes Ce n'est rien.

Elle allait mieux pourtant, elle retrouvait une de ses attitudes de l'année dernière. Me rejeter subtilement ! La période de grâce était passée, oubliée. Elle avait repris le contrôle et gérait les situations épée à la main comme si souvent face à moi.

Après cinq jours de soutien effectif pour faire plaisir à son fils, en compensation, elle ne trouvait pas les trois minutes d'attention que je lui demandai.

Le sujet abordé touchait sans doute son système familial et elle se protégeait.

Alors que je voulais lui proposer une piste de réflexion,par son inertie et son blocage, elle l'avait balayée d'un revers de la main me disant une fois de plus « Lâche-moi les baskets ! »

Difficile d'accepter l'autonomie de ses enfants, leur refus de se passer d'une piste de réflexion pour se confier aveuglément a un autre, ou au premier venu. Elle reproduisait le schéma habituel de sa mère qui pour rien au monde ne voulait regarder une situation d'un oeil neutre, se réfugiant tout de suite derrière son droit à gérer les situations, seule. Il n’y avait pas l'intérêt simple, normal me semble-t-il, pour un regard dans une direction différente, ni pour écouter l’expérience venant de son père.  Pour elle, c'était le médecin, le sage, le savant qui avaient, seul le pouvoir d’émettre un avis.valable. Si le médecin lui disait « Il faut opérer ! » elle l’aurait autorisé aveuglément car c'était la solution - externaliser le problème. Surtout ne pas imaginer que l'on est dans le système et par conséquent, partie du problème.

J'aurais préféré qu'elle me dise, « J’ai lu ton texte ! ».C'était déjà un pas vers la discussion vers l'échange, un indice que mon argument était recevable. Je n'y avais même pas droit.

L'étape suivante m’aurait aussi apporté de la  déception car elle m'aurait sûrement dit, «  Mais tu n'es pas diplômé, tu n’as pas les certificats nécessaires. » Le savoir pour elle, était toujours dans les mains de ceux qui se le sont approprié, qui l'ont structuré.

N’est-il pas possible d'ouvrir une piste, de prendre un chemin autre de réflexion, d'agrandir une palette de choix. Qu'elle part, fallait-il donner au bon sens, à une autre intuition, à la capacité innée à retrouver le chemin, le bon chemin.

Notre corps, notre inconscient n’ont-ils pas un savoir qui peut être utilisé.

15/05/2011

Le diable.

Comme nous l'avions convenu plutôt, elle devait lors d'un de ses passages dans la rue, s'arrêter pour récupérer le diable que j'avais emprunté pour un déménagement d'objets lourds, dans le cadre de mon bénévolat. Ce jour tardait, et sans utilisation urgente, l'objet avait disparu de ses préoccupations jusqu'au printemps où il lui avait fallu transporter des sacs de terreau.

Hier matin, elle s'était annoncée pour récupérer l'engin et nous avions eu l'occasion d'échanger à propos de notre quotidien.

La relation formelle et neutre du bonjour, bonsoir venait de basculer par sa présence apaisante dans un peu plus d'intimité et nous avions établi des liens nouveaux. Le passage d'un seuil venait de se vivre et immédiatement nous étions descendus dans la profondeur d'un échange vrai comme il n'est pas fréquent de vivre. Elle écoutait simplement sans donner des conseils, sans intervenir.

Sa présence ne pouvait pas m'empêcher de parler du cours des événements de la semaine qui m'avaient touché profondément et  dont elle avait probablement entendu des échos.

La rumeur s'était sans doute propagée dans notre communauté vacillante, qui cherchait à se remettre d'une longue léthargie.

Venait-elle aux nouvelles. Oui et non. ! Non parce qu'il y avait ce diable à récupérer, oui sans doute car elle était proche de celui avec qui le conflit venait d'éclater pour une seconde fois. Voulait-elle simplement en messagère apporter sa présence et son écoute active pour penser la blessure psychologique qui me faisait actuellement souffrir.

L'entretien à bâtons rompus sur son parcours et ses engagements dans la foi était ponctué de confidences de ma part à propos du chemin parcouru ces dernières années dans  mes sessions  de méditation. L'expérience vécue à la Sadhana avec Anand prenait toute sa valeur « porter son attention » ne pas entrer immédiatement dans l'émotion mais l'observer, la voir venir comme une vague s'approchant résister à son passage, la laisser passer tranquillement, garder un minimum de sang-froid pour observer les endroits touchés les perceptions manquantes, les éléments qui seuls apaisent.

Le terrain rencontré, les émotions soulevées n'étaient pas innocentes un sens devait se cacher derrière ces événements qui revenaient à nouveau perturber mon quotidien . Des anciennes expériences s'étaient réveillées, se promenaient à fleur de peau, sensibles et remplies de vieilles souffrances.

Un  message venait de l'extérieur pour s'introduire dans ma vie, m'informer, me questionner.

Au fond  un sens se profilait derrière les événements, sans que je puisse le percevoir. La nature des émotions, désarçonnantes pénibles était d'une classe supérieure au simple quotidien. Déstabilisante, elle annonçait un enjeu majeur à affronter, réouvrait un volet posé sur des faits passés apportant leur lot de questionnements.

Sa qualité de messagère me plaisait, mais la nature du message n'était pas de l'ordre de la joie, du plaisir mais de la difficulté, de la peur. A l’inverse des messagères de la joie et de la découverte du passé, c'était cette fois, une porte-parole du coté sombre, de la traversée d'un coté pénible de ma vie, de ce que je n'avais pas pu, ni voulu voir.

L'image de l'Ombre proposée par Jung, semblait s'animer dans les événements au jour le jour.Il me fallait entamer le combat, aller jusqu'au bout de l'affrontement, ne pas prendre la tangente comme j'avais du le faire précédemment.