18/07/2011

De lunettes en lunettes.

hérédité,généalogie,vue myopeÀ quelques rangs devant moi un dos nu bronzé, rompait la monotonie des silhouettes debout en train de chanter. C’était  l'été, la peau de cette jeune femme blonde, était d'une teinte agréable à l'oeil pas un de ces bronzages obtenus par des heures d'exposition au soleil mais une présence de bon aloi. Ses omoplates saillaient fortement pour repousser les bretelles de tissus très larges du modèle de sa robe. Elle était élégante avec une silhouette agréable et bien en chair, loin des modèles squelettiques qui font la mode ces moments-ci. Comme deux ailes, ses os saillants bougeaient en même temps que la respiration profonde qui l’animait.

Elle devait chanter de toute son énergie et le va-et-vient de ceux-ci me fascinait. Les autres personnes dans l'entourage semblaient rigides, Aucune autre trace de mouvements des os sur d'autres dos.

Elle semblait elle libérée et ce mouvement de va-et-vient lent et complet fixait mon attention. Son mari se pencha vers elle laissant voir l'épaisseur marquante du verre de ses lunettes. Tiens il était myope. Très myope. Aussi, ne pouvait-il voir  à l'oeil nu la beauté de sa compagne, le mouvement du corps de celle-ci dans son champ de vision. Cette confidence était plaisante, elle annonçait un équilibre familial, une entente pacifiante en couple uni et fécond.

Trois enfants, trois garçons se trouvaient à sa gauche de l'autre côté du mari. Trois garçons porteurs de lunettes eux aussi il n'y avait pas que la couleur des cheveux qui étaient transmises les lunettes l’ étaient aussi car chacun en portait une paire. Les hommes dans ce petit monde portaient des besicles. Curieux. Curieux, ce transfert de gènes de lunettes. Étaient-ils tous myopes de père en fils, devant la beauté de la mère, devant l'ineffable caractère sexuel qu'elle peut aussi être.

Dolto l' avait dit : « Hé, oui la pudeur des lunettes, ce n'est pas rien. » 

La semaine suivante, à la même heure à l'Office je me trouvais à nouveau derrière la famille dont les parents entouraient cette fois deux enfants, un garçon une fille. Surprise, je révisais mes informations. Ils avaient trois fils et une fille âgée, sans doute plus indépendante en plus des fils que je leur connaissais. Elle ne portait pas de lunettes. Elle aurait pu pourtant aussi utiliser cette protection pour ne pas comme le dit Dolto découvrir le sexe du parent opposé.

Comme un caillou lancé sur la surface d'un lac, ma pensée, à ce sujet ricocha, se poursuit gardant le même élan au sujet des myopes.

 Ma soeur possédait une vue de taupe, une myopie très forte. Ne protégeait-elle pas ainsi sa vue du sexe opposé, rencontré pour la première fois de manière impromptue et occasionnelle, celui  du père. La relation à l'homme lui faisait problème, elle craignait l'homme. L'homme mâle présentait pour elle un danger, elle devait l'éviter. Ses filles avaient repris à leur compte cet évitement, l'une en prenant un homme d'une autre race, l'autre en plongeant dans l'anorexie. Myopie quand tu nous tiens.

K 34 août 2000

11/07/2011

De la féminité.

hérédité,transmission,généalogie,féminité,rôle du père,attitudeCurieusement, le thème abordé dans ces derniers posts semblait consteller l'atmosphère de notre petit monde. Un cercle d'amis était influencé au point que l'un de ses membres, suggérait de prendre pour sujet de la sise suivante, le monde féminin. Quelque chose l’avait touché et une réflexion intime lui suggérait de se pencher sur celui-ci. Monde qu'en tant qu'indépendant très actif dans un monde masculin, il venait seulement de percevoir entre autres via le cours de peinture où il s'était trouvé seul homme, entouré d'une douzaine de femmes.

Ce thème n'avait pas encore été abordé lors des rencontres bimensuelles appelées : sise. Là, assis autour d'une table, garnie comme auberge espagnole, nous partagons sereinement, dans le respect et l'écoute, à tour de rôle ce que nous avons découvert, notre perception, notre expérience à propos du thème prédéfini. Ces quelques heures passées ensemble résumaient les interrogations des jours précédents et l'on essayait de répondre honnêtement aux questions posées.

 Le monde féminin nous concernait tous, dans plus d'une de ses composantes, la mère, l'épouse, la fille, la soeur. Chacun, chacune avait à partager sur cet univers à la fois mystérieux et proche, discret ou envahissant comme pouvait être le regard des médias sur celui-ci.

Il était bien difficile d'en cerner le contour, la densité, la nature car il était fait d'un monde expérience surtout, de ressenti d'attente de surprise, de rejet parfois. Il nous fallait sans doute le poids de la maturité pour prendre un peu de distance par rapport à la rapidité du quotidien ses contraintes, ses urgences.

Qu’était ce monde féminin pour chacun maintenant.

Il semblait être sorti lentement de la quantité infinie de stimulations données par la vie, pour se constituer en un ensemble plus ou moins teinté d'éléments proches, solides et fermes. Comment fonctionnait, cet ensemble pour moi ? Ma première perception forte à ce sujet était l’attitude de ma plus jeune fille. Lorsque je l'avais vu, parmi les enfants de son age, vers huit ans, se promener en balançant les épaules comme un malabar, et que j'avais perçu son intérêt pour le football. Surprise, je n'étais pas le seul à voir son comportement. A l'école c’était souvent elle que l'on choisissait pour les « penalty ». Cela m'avait choqué salutairement. Fille, elle n'appartenait pas à cet aspect féminin à celui que j'avais intégré dans ma conception du monde. Ce comportement de garçon m'avait interpellé, je l'avais retrouvé chez ma sœur, pendant mon adolescence. Une transmission familiale présidait à ces valeurs mises en avance. La lignée des mères en portait les atours, les constituants en surimpression, en creux.

Ces valeurs subtiles nous baignaient depuis notre tendre enfance et nous les avions assimilées sans le savoir machinalement. Chez mes amis, je percevais ainsi que les attitudes des mères étaient marquantes. Dans les familles un peu matriarcale ces valeurs féminines étaient écrasées, par le travail surtout, par la futilité attribuée à ces expressions. Pas question de porter des couleurs vives, des vêtements à dentelles plus esthétiques que fonctionnelles. Vêtements qu’une amie définissait par une expression parlante, comme  « des drapeaux sur un navire de guerre ».

L'univers fréquenté par la mère semblait donc déterminant pour asseoir les bases de l'attitude féminine, le soutien des pères à la coquetterie naturelle des filles et ses encouragements pouvaient soutenir l'évolution de celles-ci.

 Ma mémoire garde le souvenir d'un achat de vêtements fait avec mon aîné et sa joie d'être reconnue dans son choix, ses goûts par son père. Les réflexions du mien sur la futilité de cette atmosphère pesaient toujours sur mon comportement.

Le monde féminin n'avait pas les mêmes repères . Elles étaient dans l'échange d'expérience, emportée par la mode, l'apparence subtile des liens entre les pièces de vêtements. Elles savaient se parler de longs moments sur leurs émotions, leurs sentiments et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, elles entraient dans une intimité chaleureuse, dans un échange humain profond, loin de la performance, des exploits tant admirés par leurs opposés masculins.

Ce monde féminin m’était devenu plus proche, plus accessible par les conversations autour d'une tasse de café à la pose, lors de mes dernières années de travail dans ce milieu si féminin du département des ressources humaines.

Comme pour renforcer encore l’intérêt de notre sujet, une amie artiste centrée sur le modelage de déesses féminines me fit connaître un manifeste d’hommage à la féminité, d'excuses de machos pour leur comportement dévastateur sur celles-ci. Puis ce fut un autre clin d’œil d’une correspondante qui échangea sur ce propos.

Un esprit mystérieux soufflait ; effet papillon sans doute.