19/09/2011

Métatarse.

hérédité,démarche,pied,histoire de familleSeul le bruit des pneus sur les pavés de pierres ne semblait pas avoir changé sur la place devant la gare. Le décor que je n'avais plus vu depuis des mois était profondément modifié, les terre-pleins, les terrasses, le flux des voitures n'étaient plus les mêmes et comble, je ne trouvais pas l'arrêt du bus 21.

C'était presque devenu en quelques mois, une autre planète. Il me fallait pourtant trouver rapidement ce bus car mon horaire était strict, mon rendez-vous de midi fixé depuis longtemps. Après plusieurs va-et-vient pour rechercher les horaires des bus et un énervement de plus en plus grand mon pied droit entra en lice et m'envoya un message vif et douloureux venant d'un point précis à 3 cm derrière les orteils au centre. Un clou transperçant ma plante de pieds aurait eu le même effet et il n'y avait pas de clou. La réalité de mon accrochage au sol me posait question. Mon rendez-vous n'était pas loin et j'hésitais depuis longtemps à m'y présenter, à prendre le strapontin éphémère qui était offert aux anciens, à ceux qui avaient quitté l'espace du travail. Etait-ce encore souhaitable de les revoir, de repasser en revue les heures joyeuses et actives des dernières années passées en leur compagnie. Tout s'estompait les noms, les prénoms. Le vocabulaire même été changé. Les projets sur lesquels chacun s'activait avait un nouveau nom. Des concepts inconnus s'étaient immiscés dans la conversation et nos points communs ne seraient plus que le temps atmosphérique. Le temps était passé, dépassé.

Cette douleur dans le pied me semblait symbolique. Elle représentait mon conflit intérieur, avancer, ne pas avancer, revivre parmi eux était douloureux et me piquait au vif du pied et de son appui. En faisant quelques moulinets vers la gauche et vers la droite comme à l'exercice de Qi Quong, j'arrivais à peser sur la douleur, à la rendre moins vive et repartait à la recherche d'un autre bus car ce 21 avait sans doute été supprimé lors du dernier réaménagement des horaires du réseau.J'avais donné ma parole, je participerai même avec des pieds de plomb.Ce bon et fidèle serviteur m’avait transporté pendant des années, loyal et efficace. Brusquement je prenais conscience par cette flèche douloureuse qu'il me fallait mieux situer mon ancrage au sol. Le temps de l'activité quotidienne au bureau était révolu il fallait m’ancrer autre part, faire ma place, laisser repousser des racines. En laissant mes pensées s'agiter dans les chaos du bus 80 je percevais qu'au fond la une tentative de repiquage dans mon terreau local avait fait long feu et la mèche s'était éteinte. Le projet dans lequel j'avais cru venait de tourner court et dans cette douleur plantaire venait aussi fixer la déception profonde d'avoir mis un terme à cette collaboration qui ne m'apportait que des tensions et des déceptions. Là aussi les racines nouvelles venaient d'être arrachées laissant à fleur de peau un blessure vive. Au cours de l'été, la zone douloureuse réveillée devenait un point de fixation des humeurs des actions, elle me ramenait chaque fois à cette difficulté de prendre ancrage. Un lassitude devant l'adversité me ramenait à mes limites à mon horizon étriqué dont je n'arrivais pas à sortir.

La faculté avait tranché, un radio s'imposait pour dépister l'origine de la douleur la cause physique, l'arthrite peut-être. Il faudrait aussi consulter un orthopédiste. Pourquoi pas un pédicure. Mon pied droit qui me faisait mal était gonflé et me disait la kiné détonnait par la rigidité des ligaments et des muscles.

Rigidité retranchement dans mon isolement, peur de prendre appui sur le sol pieds déformés qui flanchent, vu mon age. Les pensées se succédaient à propos de ce pied douloureux qui limitait mon champ d'action. L'analyse physique se poursuivait la podologue mesurant les appuis confirmait l'écart de ceux-ci par rapport à la norme. Mon pied n'avait pas à l'avant d'appui à gauche et à droite à hauteur des orteils mais un seul sous la zone douloureuse. Etait-ce la bonne explication, le sens de la douleur. Le doigt de pied proche de la douleur était en marteau.

Faudrait-il l’éliminaient comme cela s'était passé pour mon père. Avais-je copié sa démarche, appris à poser le pied comme lui. Peut-être !

Un matin, l'image d'un exercice de Qi Quong me traversa. Son nom, mystérieux et oublié, faisait jouer les rotules et partant les appuis au sol. Je les avais suivi machinalement ces exercices sans les ressentir même et surprise, il m'apparaissait comme un solution idéale d'entraînement pour la détente des tensions du pied, un moyen de renforcer les appuis des orteils et retrouver des appuis à gauche et à droite au lieu du centre. Reprendre racine en veillant à ce que le poids du corps transmis au sol soit réparti selon la norme, en deux points à l’avant.

Dès le début des exercices, il me fallait assouplir les rotules des genoux en leur faisant d'écrire des petits cercles et je l'avais fait des dizaines de fois sans prendre conscience de la répartition du poids sur mon pied. À présent poussé par la douleur je constatais le mouvement de succession des pressions sur le côté gauche les orteils le côté droit. Cercle vertueux d'appui soulageant le centre où seul par habitude et par erreur j'appuyais la force de l'apesanteur. Souvent il m'arrivait sur un pied de perdre l'équilibre car je le comprenais seulement je n'avais que 2 appuis, la stabilité étant apporté par le troisième point.

Cet exercice devenait ma voie d'assouplissement, le moyen de reconquérir la mobilité dans mon pied rigidifié par des années d'erreur et de récupérer un équilibre par un triple appui. Années de souplesse perdue base vacillant ancrage manqué.

Une semelle orthopédique était sans doute un soutien mais un changement d'attitude semblait nécessaire je devais par mes choix exercer consciemment les exercices pour retrouver mes appuis perdus et me relié  aux  racines et à ce que les Chinois appellent les « sources bouillonnantes » ces sources d'énergie de la terre.

08/09/2011

Apprenti chanteur.

chants,histoire familiale,psychogénéalogieA ma sœur aînée, lors de la fête de famille, j’annonçais que je chantais à présent dans une chorale. Réponse immédiate de celle-ci, « Mais tu chantes faux ! » . Quinze jours plus tard, à la plus jeune, même déclaration de participation à la chorale et réponse spontanée   « Mais tu chantes faux ! » Manifestement, cela était inconcevable pour elles. Le système familial fonctionnait de cette manière claire et nette depuis des années. J’étais enfermé dans un préjugé, une sorte de chape avait été mise sur mon expression vocale et j’en avais été victime. J’avais intégré celui-ci et pendant des années, je m’ étais privé du plaisir de la musique. Je me voyais comme mauvais chanteur et ce leitmotiv flottait dans ma tête. Pourtant, depuis des années, j’accompagnais joyeusement les chœurs de l’église, j’avais eu beaucoup de plaisir à chanter dans l’association dont j’avais fait partie pendant 4 ans. Confronté à mon milieu familial, pourtant une projection, une ancienne programmation venait d’être mise à jour clairement. La tradition familiale n’était pas pour l’expression orale et surtout pas celle vocale et comme un reproche de transgression m’avait été confirmé du coté des filles. Un fait observé en psychogénéalogie venait d’apparaître nettement. L’importance de cette projection m’apparaissait encore plus par les remarques que  je découvrais dans un livre « Devenir humain » au sujet du chapitre 9 . Une parole de salut ou la question du sauveur et plus particulièrement le paragraphe  -La rencontre comme parole qui libère.- Page 192&193. Deux poètes aussi interpellés à titre de témoin disaient :

« Mets un mot sur un homme, et l'homme frissonnant sèche et meurt pénétré par la force profonde. » V.Hugo.

« Il n'aurait fallu qu'un moment de plus pour que la mort vienne mais une main nue alors est venue qui a pris la mienne »   Aragon. Le roman inachevé. 

Dans ma réalité et dans le texte étudié, un parallélisme. Ma famille m’avait enfermé dans “Tu chantes faux” et je n’en étais pas sorti. Une parole pouvait assassiner le « Mozart » en nous. Par contre, une parole pouvait sauver. Dans mon association, j’entends encore la voix de ma voisine coté droit qui me disait, il y a deux ans, « Mais tu chantes juste ! » Venait-elle de constater un fait ou un changement par rapport à une situation où elle m’avait perçu comme chantant faux,je n’en sais rien mais le fait est que cela m’avait sans doute ouvert la porte. Mon salut, ma sortie salutaire de cet enfermement était-il dans cette parole. Elle faisait partie de mon histoire,c’était certain. Un peu plus loin l’auteur apportait le commentaire suivant. “Là est, en définitive la question, peut-on comprendre que ce que l'on nomme le salut soit la transformation effective de ma vie par l'intervention de quelqu'un d'autre que moi sans que, pour autant, mon autonomie en soit le moins du monde entamée ; en affirmant même que ma liberté y gagne.

Depuis Septembre 2003, la nostalgie de la participation à un chœur vocal, m’avait poussé à rejoindre une groupe de prière qui se révélait décevant d’ailleurs à ce niveau. Puis avaient suivit, les déblocages physiques  au niveau du plexus solaire qui rendaient ma respiration différente et plus ample. Ensuite l’expérience de participation aux chants au mariage du fils de nos amis. Enfin les circonstances s’étaient mise en place et quand une voisine avait téléphoné pour inviter mon épouse à la chorale en formation, elle qui chantait à plus de 15 kms, j’avait décidé de rejoindre la chorale de l’église de la commune. Depuis avec application, je participais joyeusement à celle-ci et en était profondément satisfait.