27/10/2011

Epididymement.

hérédité,transmission,gènesEn entrant dans la chambre l'infirmière déposa un peignoir d’opéré sur le lit et m'invita à me mettre nu sous celui-ci. Mon tour était arrivé. J'allais être conduit en salle d'opération de la clinique d’un jour. Couché sur le lit qu’elles manoeuvraient, je me retrouvais comme un bout de bois dans le courant d'une rivière, je n'avais qu'à me laisser entraîner, à perdre toute initiative, j'étais devenu un cas, le patient dont le code barre était en bracelet. Le patient du Dr X qui opérait.

Les dalles du plafond suspendu défilaient sous mes yeux, parfois interrompues par des luminaires occupés par des tubes fluorescents. Un tour complet du lit me ramena tête en avant. J'étais dans le mauvais sens annonça celle qui poussait à celle qui guidait. Moi au milieu, j'avais simplement le statut d’un colis au plus ! Une porte battante résista, le lit recula pour reprendre le bon axe, la franchi tout en cognant un autre lit qui venait en sens inverse. Le sas franchi, j'étais dans le quartier opératoire en attente.

L'anesthésiste s'approcha de moi, pour se présenter. C’était une jeune dame mince, fluette, Elle avait les yeux verts comme sa coiffe comme la coiffe des autres, la coiffe de circonstance, celle du milieu. Cinq à six personnes s'affairaient. Je distinguais mal car couché ce n'était pas l'angle approprié.

J'étais le cas de l'urologue. Celui-ci se présenta dans mon champ de vision. Je le reconnaissais à peine vu qu’il n'était pas derrière son bureau, à sa consultation. Oui c'était bien à gauche l'objet du délit, c'était à gauche l'intrus, le kyste qu'il fallait éliminer pour retrouver ma tranquillité, ma sérénité, mon confort.

Depuis quelques jours, j'avais des doutes, des remords. Etait-ce la bonne solution la bonne voie. Fallait-il éliminer la tête si l'on a des céphalées. Ne valait-il pas mieux prendre la voie lente, la voie douce. Mais comment arrêter la croissance de cet intrus qui s'accroche là où il ne faut pas.

La phrase de mon médecin traitant revenait de temps à autre comme repère. Comme questionnement de cette voie, comme ouverture vers une autre voie. « Mais pourquoi s'est-il logé là ? ». Sous-entendant, quel est le sens de sa présence, que signifiait-il. Je n'avais pas de réponse je ne voyais pas de réponse, seule la solution radicale s'imposait pour l’enlever car comment téléguider une solution définitive sur l'intrus. L’accès n’était pas facile, des missiles téléguidés efficaces et sans dommages collatéraux n’existaient pas. Il n’y avait pas comme pour les rétrécissements d’artères la possibilité de placer un « stent » .

Il n'y avait que la voie chirurgicale celle qui enlève, qui élimine. J'aurais pourtant préféré celle de la conviction de la persuasion pour le faire partir cet intrus. Mis à jour découvert, il serait parti en retraite, mais était-ce possible. Symboliquement, ce kyste aux bijous de famille me posait question. Pourquoi s’installer à cet endroit ? N’était-ce pas indiquer un manque, une absence de virilité effective qui ne travaille pas à la hussarde mais à l'économie, à l’évitement, à la mise en réserve ! Une histoire de famille, la mise hors service à l’âge de la mort du père, au rôle de géniteur pris par le fils. Nature sauvage domptée, détournée de sa finalité au profit de la jeunesse.

19/10/2011

La sucrerie.

odeur,hérédité,idée fixeEn passant au-dessus de la Meuse, sur le pont à proximité de la sucrerie et de la nouvelle usine de bioéthanol, une odeur épouvantable envahit l'habitacle de la voiture. L'odeur puissante m‘était inconnue  et après avoir soupçonné quelques secondes mon frère hémiplégique que je ramenais après une sortie détendue au home pour le diner, je penchais vers l'odeur repoussante qui était dans mon souvenir attachée à la campagne sucrière. Ma soeur qui nous accompagnait fut du même avis. C'était une odeur propre aux pulpes ou à une fermentation biologique en rapport avec les pulpes.

Nous étions passés dans un nuage d'aérosol provenant d’un dégazage quelconque propre au lancement du processus de fabrication. Immédiatement,  j'ouvrais les vitres et ventilais sans grand succès l’espace intérieur de la voiture. L’odeur était toujours présente, s'incrustait et semblait même s'être déposée sur le volant qui en devenait collant. Trois minutes plus tard nous étions devant le home pour ramener mon frère au dîner. Notre escapade d’une heure se terminait et il allait rejoindre les résidents au salon en attendant de passer à table. Après avoir sorti la charrette du coffre de la voiture, installé celui-ci je constatai toujours la présence de l'odeur que le vent avait sans doute chassée vers le home situé dans l’axe de la vallée. En le poussant dans le salon, la conversation dériva tout de suite sur l'odeur de la sucrerie et de la nouvelle campagne qui venait de débuter. Chacun était du même avis. Il valait mieux ne pas être sous le vent et se calfeutrer le temps de passage du nuage. Chacun en avait l'expérience et le souvenir.

En rentrant à la maison, je gardais toujours cette odeur dans le nez et malgré la vitre ouverte des relents tenaces jusqu'à l’écoeurement.

Nous en avions pris une bonne dose et  le coffre sans la tablette arrière pour l'installation de la charrette, en portait toujours la trace, l'odeur.  Elle avait été  probablement poussée par le vent dans celui-ci et avait imprégné une sangle, le marteau et les tenailles traînant sur le plancher du coffre. L'après-midi, la voiture était restée vitres ouvertes et la sangle rentrée dans le garage avait contaminé par son odeur l’espace de celui-ci avant que je ne la dépose dehors dans le jardin.Pour me débarrasser de cette odeur tenace, je changeais de vêtements, me lavais les cheveux et plusieurs fois les mains collantes salies sans doute par la sangle. Plus tard impressionné par cette ténacité, j'avais fait humer mon coffre à des amis qui ne m’avaient en rien apporté d’éléments clarificateurs. De mémoire je n'avais jamais traversé un tel aérosol et m'étonnais de la puissance odoriférante de celui-ci. Vraiment c'était une mémoire olfactive des plus désagréables.

Trois jours plus tard, au téléphone avec ma soeur, j'exprimais mon étonnement pour cette odeur et pour la manière folle dont elle s'était accrochée au coffre et à la voiture.

« Attends la suite me dit-elle ! »

Quand notre frère l'après-midi s’était rendu chez le kiné, celui-ci lui avait dit " Mais Monsieur B…, il y a un problème. Cette odeur n'est pas celle de la sucrerie." Futé,  il fouilla dans le filet au dos de la chaise roulante pour en retirer un Tupperware mal fermé d'où s’échappait l'odeur nauséabonde. Il se débarrassa du récipient en le transférant avec précaution dans le conteneur poubelle non sans laisser quelques gouttes d'échapper sur le sol. Un nettoyage du parcours et le nettoyage de la chaise roulante s'imposèrent pour évacuer les dernières traces de  l’odeur de pourriture qui y était collée.

Pendant plus de deux semaines des restes de repas avaient macérés et étaient dans un état de décomposition avancée. Dans  le tupperware se trouvait en effet les résidus de déjeuner et de souper, des  restants de viande, de fromage, placé là pour évacuation et que sa fille avait oublié d'emporter. Le récipient en plastique sous les vibrations de la voiture s’était ouvert juste à hauteur de la sucrerie.

De cet incident olfactif et de son analyse me restait  l'impression forte désagréable d‘avoir été trompé par cette pensée  « C'est une odeur de sucrerie. Cela vient de l'extérieur ! »

Toutes mes facultés d'analyse, d'observation avaient été endormies. J'avais manqué d'un élémentaire bon sens et ma faculté habituelle d'observation avait été mise à mal. Je n'étais pas sorti d'une pensée, d’une  hypothèse plausible mais erronée dans le cas présent et les indices nombreux notamment de durée et d'intensité n'avaient en rien modifié mon point de vue. Mon esprit s'était fixé sur la mauvaise réponse et j’y étais resté collé comme par un papier collant.Mon idée était fixe. Ce n'était qu'une histoire d'odeur mais je tremblais à l'idée d'être dans le même scénario pour des problèmes de plus grand importance.

Comme il est difficle de sortir d'un point de vue, d'avoir une pensée latérale.