30/11/2011

Le noeud maternel.

 

hérédité,attachement,détachement,émotions enfouiesA son tour, elle prit la parole pour partager les événements du mois, ce qui l'avait fait vivre. Notre aînée était  au centre de ses préoccupations. Immédiatement le ton de sa voix changea passant dans le registre des graves. Elle allait droit au but, a ce qui faisait son tourment. Suite à la consultation d'une kinésiologue, notre fille avait identifié la cause de ses maux, la source de ce qui faisait sa difficulté à vivre, le lien atavique à sa grand-mère maternelle. Elles avaient échangés sur le sujet en dehors de moi lors d'une rencontre précédente et je les sentais liées par le même problème, la mise sous le boisseau du mal de vivre de la grand-mère qui s'était noyée dans son emphysème, dans son refus de livrer ses émotions par la parole. Celle-ci n'avait pu s'épanouir par des études par un métier, attachée à ses devoirs d'aînée de 2 soeurs orphelines. D'une certaine manière, ma fille avait choisi le métier d'infirmière par substitution, pour réparer les blessures de sa grand-mère. Ce n'était pas son projet à elle. La lignée des mères le  lui avait imposé et elle ne pouvait plus en vivre, tant qu'elle ne prendrait pas ce métier à son compte, tant que la dette envers celle-ci en était le moteur.

Cette confidence entre sa fille aînée et elle, avait mis en exergue le fond du problème, le fond de la détresse qu'elle fuyait et dont elle percevait à présent la profondeur.

L'émotion était à présent palpable, les larmes étaient au bord de ses yeux. Elle mesurait son impuissance à aider sa fille d'abord à cause de la distance et aussi parce que celle-ci restait inaccessible, ne répondait plus au téléphone. Comment aurait-elle pu en plus de son drame, porter celui de sa mère. Cette distance la protégeait, lui  permettait de gérer un peu mieux la détresse dont elle était sortie de l'espace de 4 mois et dans laquelle elle venait de retomber.

Le groupe d'amis était là, la sécurisait dans une expression juste de la réalité  qu'elle avait à affronter et qu'elle essayait de porter dans la prière. Le pas me semblait immense, d'habitude dans le déni et la fuite elle affrontait à présent la vague qui allait peut-être la déstabiliser. Elle prenait doucement conscience de l'émotion qui était cachée en elle et la mettait en mots. Puis elle repris les rennes, un instant lâchées et était repartie dans le sujet suivant, dans son nouveau projet relatif au soutien des endeuillés. Avait-elle été suffisamment loin? Avait-elle mesuré la nature du travail qui l' attendait ? Mystère seul l'avenir apporterait les éléments suivants. Elle était sur le fil du rasoir entre à nouveau le déni couvert par l'agitation et l'acceptation d'un travail profond sur les émotions enfouies. Dans la voiture juste après le départ de chez nos amis, en conclusion de son partage émotif, elle ajouta en aparté s'adressant à elle-même « il faudrait que je me débarrasse de ça » L'observateur venait de naître en elle. Une distance existait, propice à la mise en route. Pour une fois devant cette réflexion profonde je me tu la laissant à ses pensées.  Un mot de trop de ma part aurait entraîné une réaction violente lui donnant l'occasion de refermer le couvercle de sa marmite. Allait-elle faire le pas, oserait-elle aller à la rencontre de ses émotions et enfin entreprendre une thérapie émotionnelle pour par contagion décharger sa fille d'une partie du poids  qui l'enfonçait. Elle éliminerait ainsi  le fossé qui un jour fut crée dans la lignée des femmes par une rupture d'attachement.Mais ferait-elle le pas que plus d'une fois dans le passé,elle avait évité.

04/11/2011

Détachement primaire.

séparation,deuil,hérédité,dépressionMa lecture du livre de Lytta Basset ,« Aimer sans dévorer *» s'étirait en longueur, sans passion, sans émotions jusqu'au jour où en me persuadant d'avancer, je tombais sur les phrases suivantes

« ..Or,la perte d'un être cher, d'un travail, d'un objet, d'une relation, d'un organe, d'un animal etc. nous plonge parfois dans un sentiment abyssal de manque. Le désarroi est tel que notre corps lui-même semble en manque. Et le désespoir n'est pas loin : Impossible d'imaginer que nous pourrions nous passer un jour de ce que nous avons perdu. L'ampleur des dégâts nous fait mesurer notre degré d'attachement » Plus loin « .. A l'opposé, l'enfant dévasté par  le manque d'amour passera sa vie à tenter, sans le savoir, de reprendre les choses à zéro. Hanté par un amour comblant qu'il n'a jamais eu, se lançant plein d'espoir dans chaque nouvelle relation pour le trouver enfin, aussi beau que dans ses rêves, il ira d'échec en échec. .. .»

La détresse de ma fille, en rechute, la manière de s'accrocher, fusionnelle pour me dire au revoir comme une petite fille de trois ans prenait du sens. Le vide par lequel elle se sentait attirée, le vide devant elle représentait le passage manqué de la séparation dans son enfance. Et n'avait pas reçu les bons mots, les bonnes attitudes de présence, de compassion, d'amour alors qu'elle en avait besoin. Elle avait par la perte de son bébé entreprise retouché le détachement manqué et son insécurité d'alors, l'abîme qui la faisait souffrir intérieurement. Le temps s'était effondré, elle était dans son corps d'adulte de 38 ans, la petite fille fragile a qui manquait l'appui sûr de ses parents. J'étais passé comme elle par cette expérience,  la première fois quand étudiant à la grande ville, je cherchais vainement une cabine téléphonique pour me relier à mes parents, car perdu dans l’éloignement, l'agitation des études qui me dépassaient, quand j'avais perdu la 1re fois mon travail et vécu un an dans la détresse. L'abîme sous mes pieds me renvoyait à la perte subie quand jeune enfant, je n'avais pas reçu l'apaisement suffisant à la découverte de ma solitude. Quand j'avais été confronté à la sortie de la fusion, quand j’avais ressenti la séparation face à ma mère. J'avais manqué profondément de la tendresse et de l'affection adéquate à mon état. La blessure béante renvoyait sans doute à celle qu'elle avait subie et elle n'avait pu la voir, n'avait pu me regarder sereinement. Cette blessure m'avait marquée et à mon tour, inconsciemment, je la reproduisais chez ma fille en ce qui me concernait lorsqu'elle avait atteint la découverte de celle-ci. Sans doute avait-elle reçu, mais pas au bon endroit, au bon moment.

Lors de la première phase de sa dépression, par ma présence j'avais apporté un baume salvateur sur une partie de sa blessure mais elle avait aussi besoin du baume de sa mère, du baume de la lignée des mères. La blessure semblait encore grande à mes yeux. La semaine dernière, le jeu de yo-yo de sa mère, prête à se lancer comme un bon Saint-Bernard et aussi prompte à rentrer pour soigner ce mal de ventre fulgurant qui tombait sur elle par hasard à ce moment. Est ce que la séance de kinésiologie suivie par ma fille avait été la cause du comportement de mon épouse ? Peut-être ! Il me faudrait creuser!

Sous cet angle, je voyais aussi à présent, la détresse de mon frère qui apparaîssait au moment où une femme maternelle lui apportait ce dont il avait toujours rêvé et qui incrédule n’osait pas faire le pas de l'aventure affective avec elle. Il ne pouvait quitter la fusion avec la femme qu'il avait prise comme mère de substitution pour s'aventurer avec celle qui se présentait comme une femme totale et entière comme personne complète car ayant quitté avec sa mère l'espace de la fusion. Hésitation angoisse. Traumatisme de la vraie rencontre qui l'avait conduit à l' AVC, Ne disait-elle pas dans son dernier message combien elle ne pouvait combler en lui la demande pressante qu’il faisait de plus toujours à sa mère et elle avait quitté l'abandonnant à son triste sort. Détachement nécessaire, détachement non accompagné adéquatement. Quête permanente du Nirvana perdu dans laquelle,il s’était enlisé. 

 

° Aimer sans dévorer. Albin Michel 2010 page 196

 ISBN 978-2-226-21557-4