26/05/2012

En l'attendant.

transmission,psychogénéalogie,héréditéDepuis plus d'une heure, nous l'attendions elle et les 4 petits-enfants. Ma belle-fille et son fils, qui avait emprunté le tram, étaient arrivés comme convenu à l'heure du rendez-vous après deux heures de voyage. Ma fille était toujours en route et comme je l'appris par GSM, seulement à mi-chemin et allait disait-elle, « arriver bientôt ». Le rendez-vous fixé allait bientôt être dépassé depuis plus d'une heure 30 et elle n'était toujours pas là, argumentant d'un GPS qui ne répondait pas, d'un plein de diesel à effectuer et d'une route qu'elle ne connaissait pas. L'énervement me gagnait de plus en plus et atteignit son paroxysme quand elle annonça avoir pris un parking en ville à proximité de la digue. Non seulement, elle ne nous rejoignait pas comme convenu pour établir un plan, elle allait son petit bonhomme de chemin pour atteindre le restaurant que lui avait conseillé sa belle-soeur. Nous à la gare, énervés par l'attente, n'avions plus qu'à trouver l'endroit où elle venait de s'installer avec les enfants.

Sa planification désinvolte, soi-disant normale pendant les vacances, notre état de pensionnés, sans aucun horaire pendant la journée ne faisait pas le poids face au plaisir qui s'annonçait : la visite d'un parc d'attraction. Il ne fallait donc pas stresser. La ficelle était grosse mais que faire pour ne pas priver les enfants d'un plaisir annoncé et attendu. Il fallait faire contre mauvaise fortune bon coeur, sourire et faire comme si tout tournait rondement. Un esprit de révolte m'animait. Mais comment l’exprimer. Comment ne pas exploser devant tous face à sa désinvolture, son organisation sans mettre en péril sa fragilité. Ne sortait-elle pas d'une dépression profonde d'une période noire méritant toutes les attentions les plus positives, les plus neutres. L'événement passé, dans la joie de la découverte, la vivacité des enfants avait sans doute atténué ma colère moins présente déjà lointaine. La journée s'était terminée par un départ tardif vers la gare et la maison.

Sous le bercement causé par les voies, le roulement feutré des voitures, mon attention s'était relâchée. Mon animosité s'était dissoute et je n'avais que tendance à voir l'effet positif global de ce temps passé en famille. Venant de loin, un événement récurrent venait de faire surface. Ce n'était pas la première fois que j'attendais impatiemment sur le parking de la gare. Cela était arrivé bien souvent lors de ma période de travail en ville. Navetteur, il m'arrivait souvent de solliciter mon épouse, par téléphone, pour lui demander de venir me prendre car le bus ne faisait pas la correspondance suite au retard du train. Et en vain je l'attendais. Non seulement elle bénéficiait de la voiture toute la journée mais il lui fallait en plus, prendre son temps pour rejoindre le parking où j'étais le dernier présent car tous les voyageurs étaient partis, ou avaient déjà trouvé leur lift.

La situation était pourtant claire je rentrais à peu près à la même heure, chaque jour. Il ne lui était pas possible d'être présente à la maison pendant cette fenêtre de temps minuscule où elle se mettait à ma disposition pour faire le taxi. Excédé, je me souviens avoir, une fois, fait le retour à pied pour m'offrir au supermarché, un repas de compensation, un repas de consolation, face à son indifférence. Ma demande simple normale de rentrer à la maison directement dès mon arrivée à la gare n’était guère entendue.

C'était le même scénario. Ma fille avait copié sa mère et pris le parti de n'en faire qu'à sa tête et me faire poireauter comme l'on dit familièrement. Le même rapport existait une génération plus loin. Ce n'était pas génétique, c’était comportemental, transgénérationnel. Se faire désirer, se faire attendre et en complément tout en arrivant se faire applaudir comme les carabiniers d'Offenbach pour la serviabilité dont elle faisait preuve en daignant se déplacer à la gare selon ses habitudes selon son rythme.Elle me faisait tourner autour de son petit doigt. Elle montrait le pouvoir qu'elle avait en main de me faire languir.

La fille aînée faisait de même alors vraiment elle ne me ressemble pas. Elle appartenait à la lignée des mères. Je l'avais perçue comme ma fille mais finalement, c'était sa fille. À force d'avoir assisté à ce jeu désagréable du rendez-vous manqué, elle s'en était imprégnée et me rejouer le scénario 20 ans plus tard. Ill n'y a pas que la couleur des yeux, des cheveux qui sont concernés dans la lignée mais aussi ce comportement subtil dont on ne voit pas clairement le jeu qui se transmet et qui pèse sournoisement dans les relations.

21/05/2012

Autour d'un café.

sise,tradition,vie à la campagneCe lundi matin, en passant par la banque, mon épouse qui y allait  pour la 1ère fois, avait rencontré une amie et invité celle-ci à prendre un café. C'était l'occasion d'échanger à propos des événements de la semaine dernière aussi avions-nous immédiatement pris accord entre nous pour innover dans nos habitudes. Nous nous étions retrouvé dans le shopping au café avec elle pour parler, de tout et de rien. C'était la première fois aussi que je prenais un thé avec mon épouse dans cet endroit.

La série de coïncidences était grande.

Immédiatement la conversation était devenue animée, très animée par cette amie d'ailleurs car elle n’était jamais à court d'idées, ni d'anecdotes. Une bonne attention était nécessaire pour la lancer vers les sujets que l'on préfère, ou l’arrêter dans son élan sinon c'était l’avalanche verbale. Généreuse dynamique active, elle était  un personnage dans son quartier et sa paroisse. Elle est aussi une vendeuse hors-pair. Les mouvements caritatifs qu'elle soutenait l’appréciaient beaucoup. Parmi les différents sujets abordés, un thème émergea. La manière dont fonctionnait notre association où elle était très présente par son dynamisme, son rôle d'élément moteur et sa position d'élément neutre féminin. Grâce à elle, nous étions retournés au mode de fonctionnement de sa famille, de son clan familial, gérant une ferme dans les Ardennes. Avec ses mots, elle décrivait la manière dont elle avait été éduquée au travail.

La nécessité faisant loi, chacun, avec ses ressources, s’élançait pour mener à son terme la tâche du jour.

La famille était un tout qui se mettait en route pour arriver au bout de ce qui était à faire. De manière fluide, chacun prenait en charge sa part, sans se perdre dans des vaines et inefficaces prépondérances. Il n'y avait pas de chef qui fouettait les troupes pour atteindre des objectifs. C'était le groupe qui fonctionnait comme chef par consensus entre ses membres pour atteindre l'objectif. Le soir, la tâche accomplie, au repos avant la nuit le groupe revisitait l'organisation passée pour l'améliorer  ou la redéfinir tout en débordant après, si du temps restait sur le sujet ou l’anecdote du jour. 

Cette manière de faire m'avait touché. Elle exprimait verbalement, mon ressenti à ce sujet. Elle mettait aussi en évidence, en la basant sur la vie à la campagne, mes tentatives multiples de créer ce que je nommais la sise.  C'était un retour à un type de fonctionnement qui n'existait plus à présent et qui me remplissait de nostalgie. Je souhaitais remettre en route, cette fin de journée(sise) pour partager en groupe, au sujet de la vie, des découvertes du jour, des progrès effectués.

Mais quel en serait le moteur, les impératifs, les chances de succès. La tâche journalière à la campagne, a remplir collectivement, avait entraîné ce type de fonctionnement. La vie actuelle l'avait dissous sans que
des structures se mettent en place. Pourrait-on passer de l’un à l’autre sans cette base collective ?