24/06/2012

Elle est hospitalisée.

indicible,psychogénéalogie,inceste,violLe message laconique qui venait de s'inscrire sur mon GSM annonçait le changement d'état qu'elle appelait de ses voeux. « Elle est hospitalisée ».

Avec peur et angoisse, ma sœur ainée voyait passer des messages de plus en plus incohérents, de plus en plus exaltés de sa plus jeune. Comme les autres fois cela allait dégénérer en violence physique. Elle ne pouvait rien faire sinon attendre que sa fille franchisse la limite fixée par la société. L'agression d'un tiers avec violence. Sans cette voie de fait, rien n'était possible.

On ne juge pas sur des intentions, sur un précédent, il faut un délit.

Inexorablement, elle se rapprochait de cette balise et tant que le passage à l'acte n'était pas consommé, elle devait être spectatrice. L'hospitalisation pourtant la remettrait dans la norme. Elle reprendrait ses médicaments, retrouverait sa camisole chimique et poursuivrait sa vie en zombie. Ne valait-il pas mieux un zombie, béni-oui-oui , qu’un exaltée, un folle tombée dans la démesure, l'irrationnel ?

Le dilemme n'était pas neuf mais récurrent. Après 2 ans environ peut-être même plus le scénario reprenait et le cercle vicieux se remettait en route.

La situation était claire, nette. Cela recommençait. Que lui dire ? Que faire ? Que conseiller ?

Ma soeur faisait la sourde oreille, se plaignait de l'engeance dont elle était la victime. Elle se plaignait de son drame familial, de la tuile qui lui était tombé sur la tête. Et pour une tuile, c'en était une énorme. C'était une douleur profonde que l'on ne souhaiterait à personne. C'était un poids pénible qui l’épuisait. Mais l'on ne pouvait rien faire, c'était disait-elle, la fatalité, l'hérédité même.

Depuis la dernière crise, rien n'avait bougé. La vitre de la porte d'entrée n'avait pas été remplacée par un neuve mais fermée avec un contreplaqué comme après un ouragan ou un courant d'air intérieur violent. C’était sa fille qui dans un épisode de rage qui l’avait brisée par l’extérieur au marteau.

Deux ans que la porte était là dans cet état à l'abandon. Deux ans que la décision de revenir à l'état antérieur n'avait pas été prise. Deux ans qu'elle se complaisait dans le drame et l'agression que représentait le bris de la vitre. Il n'y avait pas eu de table rase, remise à jour, réparation.

L'attitude était néfaste, elle ne portait pas au changement. Les parents faisaient l'autruche autant l'un que l'autre. L'attitude saine, le détachement aurait été de remplacer immédiatement la vitre, d'effacer sa rage, de repartir la tête haute et faire une coupure avec le passé. Mais il y avait attachement, un attachement malsain. Le cordon ombilical n'était pas coupé quelque part.

Ma sœur allait régulièrement sur Facebook pour suivre l'actualité, pour voir si sa fille ne retombait pas dans l'exaltation, dans la prise de position inadéquate et extrême. Ne la suivait-elle pas à la trace pour parer à ses erreurs comme avec une petite fille. Elle ne pouvait plus légalement intervenir pour la protéger d'elle-même, sa fille était majeure. Indépendante. Autonome.

Elle  avait la capacité légale et rien ne pouvait être fait s'il n'y avait pas délit !

Mais c'est ma fille ! J'essaie de la protéger encore ! Je vais aller voir son psychiatre, prévenir celui-ci du glissement de son comportement, de l'imminence d'une crise. Il ne veut pas me recevoir et ne veut rien entendre. Il ne veut pas voir mes angoisses à propos de ma fille.

Tout allait vers sa fille. Elle n'était pas en mesure d'aller voir en elle, de se regarder, de voir sa détresse ses difficultés, ses peurs.

En avait-elle ? Sans doute mais elle ne voyait rien sinon la douleur que sa fille lui causait et la nécessité de la faire soigner.

Tout était un question d'attachement, à un rôle qu'elle ne pouvait plus jouer pour sa fille majeure. Elle n'existait pas en tant qu'être autonome et vivait en fonction de sa fille. Pas le moindre détachement, la moindre attention à elle-même pas la moindre démarche d'apaisement de ses tensions par des sessions de bien-être, de massage.

La question de ma plus jeune à propos de l'inceste qui aurait été vécu dans ma fratrie par celle qui avait le même rang qu'elle, revenait en surface. La 3eme pouvait faire sens symboliquement. J'observais la porte d'entrée de sa maison, fermée par un panneau de contreplaqué. Et si ll'inconscient de sa plus jeune essayait de lui faire dire que oui sa mère avait été violentée, que sa porte d'entrée avait été forcée ? Ma nièce mettait-elle en scène par sa violence, son agressivité ce qui était  l’indicible qui lui avait été transmis ? Ce qu'elle avait perçu et qu'elle voulait mettre à jour pour se guérir ?

17/06/2012

Le gastéropode.

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Le travail de correction qu'elle m'avait apporté,  grâce aux remarques, me permettait d’améliorer la lisibilité des textes et de corriger les fautes d’orthographes qui m’avaient échappées. Relire les textes, un par un avec le recul du temps, me faisait entrevoir la dispersion de ceux-ci et le bienfondé de la nouvelle catégorie « Pages » qui les grouperaient autour de plusieurs thèmes. La lecture en serait facilitée. Si le quotidien ouvre des sujets bien différents, les regrouper améliore la transmission de l’ambiance familiale, de ses questionnements. Une atmosphère, une vision s’établirait plus aisément.

Les corrections avançaient à petits pas, vu les nombreuses manipulations à faire pour récupérer le texte original, le mettre à jour à travers la nouvelle version du traitement de texte, le corriger et le poster à nouveau sur le blog. Je progressais lentement à la manière d'un escargot laissant derrière moi une trace que j'espérais meilleure et plus attrayante.

Symboliquement la métaphore de l'escargot avait fait partie  de l'entretien que j'avais provoqué en remerciement du travail de correction. Ce mollusque aérien s'était introduit dans la conversation subrepticement comme pour apporter un message subliminal.

Était-ce un animal totem, un témoignage passé qui voulait attirer l'attention sur un point sensible du moment ?  Lors d'une balade précédente, j'en avais photographié un, évoluant sur la branche d'un arbuste, à la croisée d'une fourche, hésitant entre la branche de gauche ou de droite.

Était-ce une invitation à une prise de conscience ; de l'aspect fermé structuré et rigide, de l'aspect mou, informe et souple qu'il y avait en moi ; de la nécessité de passer de l'un à l'autre en fonction des circonstances ? N’était-il pas une métaphore de la vie ou de l'environnement changeant que constitue la société.

L’escargot semblait avoir résolu, un dilemme. Un minimum de confort permanent sur son dos et un brin de retrait, une rétraction et bonjour la protection, la sieste, le repos.

N'était-il pas plus l'image d'une attitude de replis, de fermeture, d'immobilité.  Mes omoplates tendues, faisant le gros dos pouvaient être lues comme un sac carapace, une coquille. Comme l'impossibilité de se laisser aller dans le courant de la vie. Pressentant que celle-ci, inéluctablement, nous conduit dans un univers réduit limité à la fin de notre parenthèse de présence dans le monde.

N’était-il pas aussi le symbole du voyageur emporté dans une quête quotidienne droit devant par monts et par vaux. Par sa souplesse s'adaptant au terrain, grâce à sa rigidité prenant le repos mérité après l'angoisse de l'espace inconnu toujours devant.

Intimité entre le squelette extérieur et la chair, jeu de balancier entre l'un et l'autre, dans un mouvement lent et sobre, dans un déroulement progressif sans tension, en souplesse.

Au fond ce symbole me plaisait comme l'eau qui se met à la forme du vase sans vouloir changer celui-ci. Comme le vase qui malgré sa forme particulière accueille l’eau simplement.

Être contenu ou contenant être l'un ou l'autre alternativement.