30/07/2012

La salade verte.

symbole de la mère,coïncidence,tête à tête,filiationElle disposait de deux heures, entre deux rendez-vous en ville. Pour les occuper, elle m’avait invité à l'accompagner et à dîner en tête-à-tête. Un tel moment d'intimité avec ma fille aînée était rare, le précédent datait de plus de 2 ans. Je me réjouissais de son invitation car elle allait  mieux bien mieux et cet état expliquait ce moment de grâce.

Avait-elle repris toute son assurance ? Était-elle définitivement sortie de sa dépression ? Le maintien de sa médication était toujours d'actualité et la diminution des doses prévues pour plus tard. Il fallait la soutenir au maximum pour assurer un nouveau départ, éviter un nouveau dérapage. Mais est-ce que tout était question de médicaments ?

Son initiative, son ouverture à ma présence semblait confirmer un mieux définitif. Une reprise en main de sa destinée. Elle me guida dans la vieille ville dont j'ignorais tous les recoins pour finalement entrer dans un petit restaurant privilégiant pain et de légumes frais. L’atmosphère était sobre, colorée avec au centre un grande table d'hôte.

Notre dernière entrevue dans cette ville datait de plus de dix ans. Rencontre symbolique étonnante, elle avait été un repère important de notre histoire. Aujourd'hui un autre point repère se mettait en place  autour du thème de la légèreté, de la fraîcheur. Une étape venait d'être franchie.  L'extérieur nous importait apaisement, sérénité. L’échange était simple et profond. Moments de grâce loin des angoisses passées.

La salade apportée par la serveuse était particulièrement agréable à voir. Il convenait de la mélanger à la sauce.

Surprise, une araignée verte se promenait sur une feuille. Étonnement, elle n'était pas de la gamme habituelle des araignées de maison.

Était-ce une araignée des champs ! Je lui avais à peine montré la bestiole qu'elle pris mon plat pour aller le présenter au comptoir. Cette assertivité m'étonnait, ne m'appartenait pas car j'aurais simplement écarté la bête, vérifié si une compagne n'était pas sous une autre feuille et continué avec attention la dégustation des feuilles et de leur apprêt.

Par cette réclamation, elle se situait fermement dans le monde et précisait calmement ses souhaits.

C'était la première fois que je voyais cet insecte dans une salade et j'avais plus tendance à fêter l'événement. À considérer ce signe comme une bonne augure. Surtout ne pas dire « Araignée du matin chagrin, araignée du soir espoir ». Nous n'étions pas dans ce registre.

L'araignée symbolise l’image de la mère possessive, qui tisse sa toile, autour de ses enfants pour les enfermer. Le contexte ici était totalement différent. Elle était verte minuscule, se promenant de manière inopinée sur une feuille de salade fraîche. Tout concourait à évoquer une autre dimension. J'y voyais le chemin parcouru depuis qu'elle avait été happée par le trou noir de la lignée des mères. Elle en était sortie. La taille de la bestiole était ridicule insignifiante comme pour dire que le complexe maternel négatif était disparu. Qu'il avait changé de nature, qu’il n'était plus noir mais coloré. Elle se reliait à un nouvel aspect de la lignée oublié, caché, la part besogneuse, celle de la toile tissée. C'était la force du fil de soie, la beauté de la toile. L'image était positive et marquait un cheminement vers la lumière.

20/07/2012

Dialogue de sourds.

tête de mule,butée,blocage du dialogue,peur,angoisse,changer de point de vue,souplesseDe la rencontre avec un connaissance, le jour précédent au centre commercial, elle avait ramené un argument administratif technique à propos de notre habitation. Celui-ci n'était pas neuf, elle l’avait déjà présenté brièvement quelques mois plus tôt sans que ça ne fasse problème.

Mais cette fois-ci, le contexte était apparemment différent, je tombai dans le piège tendu sans pouvoir l'éviter. Sur le moment, je n'avais rien vu venir, ni pris la distance que je conseille aux autres. J'étais vulgairement tombé dans le panneau. Cette chute avait augmenté mon taux d'agressivité, ma voix s'était haussée, était devenue presque un cri pour essayer de lui faire abandonner son argumentation, son avis, ses conseils dans un domaine où j'avais les compétences nécessaires.

Elle ne voulait rien savoir, me présentait le choix de son amie comme la seule issue nécessaire et fondamentale. Il fallait faire le même audit que cette dernière avait fait faire pour son habitation. C'était vital et incontournable. Mes arguments de spécialiste étaient niés. Elle avait la bonne et unique solution. Avec constance sans tenir compte de mes connaissances techniques, elle soutenait celles d'un autre et me disqualifiait. Impossible pour moi de prendre distance de la laisser causer en roue libre, d'afficher une carapace d'indifférence. Elle était dans ma blessure et retournait avec application le fer dans la plaie. En colère, je quittais la pièce pour prendre la route et arriver à l'heure du rendez-vous convenu.

Sur l'autoroute dans la monotonie de la conduite, l'attention à la route, l’état tumultueux de mon esprit s'apaisa.

Quand un souvenir me traversa l'esprit. C'était il y a 30 ans, mon frère croisait le fer avec ma belle-mère à propos d'un point technique. Il n'était plus dans l'atmosphère du déménagement qui nous rassemblait mais dans un échange vif avec elle, à propos d'un d'un détail. Elle refusait de céder du terrain, d'admettre son erreur flagrante, de lâcher prise. Elle ne pouvait dire « J'ai tort, je m'incline ». Elle s'accrochait de manière rigide à son point de vue et il voulait lui faire mettre le genou à terre en signe de défaite. Sous mon intervention pressante, mon frère lâcha le nom de bras de fer engagé et changea de sujet.

C'était le même scénario qui s'était joué le matin à la table du déjeuner. Elle résistait à mes arguments, en maintenant envers et contre tout sa position. Il n'était pas question de céder, de changer de point de vue. Sa vie semblait dépendre de sa rigidité. Associer la dispute du matin, à cette dimension passée m’apaisait, me donnait un nouveau sens d’approche du problème me montrait la porte d'une solution. Ce n’était pas moi qu'elle voulait dénigrer, rendre incompétent. C'était elle qui était piégée dans, par la rigidité comportementale transmise par sa mère. Comme celle-ci, elle ne pouvait reculer d'un pas car c'était comme ouvrir la boîte à Pandore.

C'était ouvrir une brèche dans son système de défense, faire une ouverture définitive au chaos. C'était le risque d’être emportée comme un fétu de paille dans un univers dévalorisant, dans un trou noir. L’image du contenu et du contenant était de retour. Elle n'avait pas l'assurance forte et tranquille du contenant qui reçoit toutes sortes de contenus et qui les garde ou les rend sans état d'âme. Elle s’imaginait contenu et contenant. Elle ne pouvait s'ouvrir à la moindre modification car elle perdait à la fois l'un et l'autre.

Dans la dispute du matin, j'avais manqué de percevoir que le problème n'était pas offensif mais défensif. Elle se protégeait d'un changement de point de vue. En cédant elle ne perdait pas un contenu mais se perdait aussi comme contenant car elle était les deux.