30/12/2012

Voeux de Nouvel An.

 

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 Plusieurs faits s'étaient succédés au cours de la période de l'Avant(les quatre semaines avant Noël.)

 Le premier était la réflexion d'un philosophe actif dans le monde des médias qui nous faisait constater l'addiction du citoyen moyen à ceux-ci. Plus de cinq heures par jour à entendre et recevoir des informations diverses négatives, de peu de qualité, souvent médiocres. Ceux-ci nous gavaient de leur point de vue, de leur philosophie, sans réaction de notre part. Par notre apathie, nos valeurs traditionnelles s'effaçaient sous les attaques répétées et étaient lentement remplacées par d'autres qui nous sont fondamentalement étrangères. Une frénésie de demande, de manque, nous était offerte. Notre gavage se poursuivait béatement, malgré la crise tant mise en exergue.

 Depuis, le matraquage des médias m'était devenu apparent : les cadeaux qui devaient se trouver sous le sapin, la table obligée de se remplir d'une montagne de diverses victuailles, les atours dans l'obligation d'être neufs et même s'il n'était pas du goût de l'acheteur. Mon épouse avait acheté un chemisier "mode" malgré son rejet de l'ensemble coloré, un peu rétro. Elle était en phase.

 L'homme rouge était de retour, vecteur commercial et fanion marketing d'une société qui devait consommer de plus en plus jusqu'à, mais il ne le disait pas, jusqu'à plus soif.

Sans doute fallait-il faire la fête en famille autour de la table mais pour quelles raisons, quelles traditions ? Quels étaient les symboles qui soutendaient l'engouement de cette fin d'année ? C'était d'une matérialité affligeante, un peu nuancée par les appels pour assurer l'abondance d'un jour, aux restos du coeur. Un jour sur les 365 que comptait l'année. Jour écran de conscience, aux 364 jours de galère des démunis. 

Le deuxième fait était la méditation* envoyée par une amie, qui éclatait comme un feu d'artifice dans toutes les réflexions à propos de la fête.

Le petit texte montrait un autre regard, se démarquait de cette ambiance éphémère et indigeste. Il proposait une ouverture, un chemin autre, mobilisateur vers de nouveaux horizons. Il réveillait les ressources intérieures endormies et leur promettait une nouvelle vie. Il ouvrait une espérance, des points de repère. De plus, il pouvait être accepté et repris par tous, quelques que soient ses convictions. Il faisait appel à la pâte humaine et lui proposait un levain. La méditation nous renvoyait à l'enfant qui nait, que nous avons été avec toute sa palette de possibilités et mirage du temps, nous suggérait d'en redevenir un, pour revivre les étapes de la découverte, de ce près de quoi, nous étions passés sans le voir. Il nous donnait une perspective de renaissance dans la paix et la fraternité. 

Curieusement, cette idée exprimée dans la petite méditation, venait de m'apparaître dans les voeux visuels d'une amie artiste qui exprimait la même idée, me semble-t-il, par la photo ci-dessus. À travers le créneau de lumière, dans l'impasse qui était un mur gris fermant la perspective, vivait l'espérance.

L'univers de l'homme rouge était ce mur, il ne menait à rien sinon à la déception, à la migraine et à l'indigestion. Il enfermait dans la morosité de "toujours plus, encore la même chose."

Par cette image, mon amie me souhaitait d'ouvrir le kaléidoscope des possibles. Mais la fente était étroite, pas facile à franchir, il fallait être attentif à la lumière, emprunter ce petit jour, là sur la droite, y mettre toute son ardeur, sa subtilité, son écoute. En cette veille de la nouvelle année, alors que les jours croissent de plus en plus vite comme l'annoncent des dictons : à la Sainte Luce, le saut d'une puce ;  au Nouvel-An, le vol d'un faisan ; aux Rois, le bond d'un chat.

L'Univers s'y met aussi en nous offrant plus de lumière pour mettre en valeur notre route, non pas le chemin proposé par l'homme rouge, gras et joufflu mais le sentier de l'ouverture à la convivialité, à l'attention chaleureuse et amicale à ceux qui partagent notre route. Sous la lumière renaissante, cheminons pas à pas vers ce qui n'est pas encore mais en nous et qui s'offre spontanément si l'on "Porte son attention"

(*) http://www.aventdanslaville.org/date___2012-12-22

 

29/12/2012

La réalité de sous le sapin.

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Le clan avait été convoqué par la plus jeune, pour la cérémonie des retrouvailles autour du sapin, en mémoire du passé, en mémoire du creuset familial qui nous avait formés à la vie. La date, comme à l'habitude, précédait ou suivait Noël.

Les invitations lancées à tous n'avaient pas donnés les résultats escomptés : l'aîné victime de son Accident Vasculaire Cérébral (AVC), n'avait pas l'autonomie pour rejoindre le lieu de résidence de la cadette qui invitait. Ses deux filles, déjà absentes lors de la fête précédente avaient hésités à se joindre à la fête, prétextant un agenda chargé. Puis nous n'avions plus eu de leurs nouvelles. Elles n'avaient pas, dans le chef de l'une ou de l'autre, imaginé faire acte de présence pour la branche ; elles étaient fusionnelles, ce que l'une faisait, l'autre l'imitait.

De ce coté–là, la brèche était à présent ouverte et l'on voyait mal comment la combler. Le passé avait déjà laissé voir un manque de fidélité à l'idée du clan et le futur n'arrangerait rien, comme le laissaient apparaître les derniers indices. Elles n'avaient pas imaginé faire acte de présence. Il faudrait se contenter des survivants des autres branches. Fallait-il considérer cela comme un coup de semonce, comme un message caché ou était-ce de l'indifférence ?

Au cours du temps, les différents événements familiaux avaient renforcé l'entente des aînés. Les plus jeunes reprendraient-ils le flambeau ?

La distance géographique était devenue un problème de plus en plus présent. Aussi, il y a deux ans pour en sortir, parce que c'était notre tour d'organiser les festivités familiales, nous avions loué un gite *.  Malheureusement, vu la tempête de neige précédant le jour de la fête et les risques de récidive, personne n'était venu, ne s'était risqué sur les routes, car le retour dans l'obscurité sur les routes enneigées était dangereux.

L'année dernière, personne ne s'était risqué à faire une invitation, de peur de voir l'état de cohérence du clan, sans doute. Cette année avait mis à jour l'état de la relation,  affaiblie, il est vrai, par la santé de l'ainé dont la mobilité se réduisait. Sa famille se réunissait autour de lui, sans envisager d'y associer le clan, préférant les amis.

Les petits-enfants, plus âgés, prenaient de plus en plus de l'autonomie ; ils regardaient vers les copains et prenaient de l'autonomie. C'était de plus en plus compliqué et les parents devaient en tenir compte.

 

Pour situer la forme du clan aux plus jeunes qui grandissaient si vite, j'avais écrit, sur un tableau sous le prénom de nos parents, le prénom des frères et sœurs sur une ligne en commençant par l'ainé. Tâche plus malaisée qu'il n'y paraissait : suite à une mauvaise estimation du nombre de lettres, j'avais du procéder à l'effacement des trois derniers pour serrer ultérieurement les lettres et mettre en évidence clairement les quatre branches. Malheureusement le marqueur noir choisi était indélébile et inadapté, aussi avait-il fallu, à la force du poignet, à l'aide de dissolvant et d'une lingette effacer les lettres trop lâches pour repartir avec un marqueur adéquat seulement disponible en rouge.  Des quatre prénoms le premier était en noir, les autres en rouge puis j'avais écrit les prénoms des enfants sous celui de leurs parents.

Avec gêne, j'avais constaté que les prénoms de petits enfants de mon frère ne coulaient pas de ma mémoire comme ceux de mes sœurs. Heureusement que sa branche n'était pas présente pour constater le fait. Fait qui m'apparaissait comme l'image de la relation, plus distante et lâche que je ne l'aurais crue.

Les enfants m'écoutaient avec application. Les liens ne s'apprennent pas facilement, il faut les faire vivre en les exposant.

Nous avions ensuite procédé au tirage des cadeaux en constatant qu'une des familles avait oublié de faire les petites phrases, pourtant rituelles, et vécues des dizaines de fois. On n'avait rien dit, on ne savait pas ! Comme si le passé n'existait pas ! C'était encore un indice de l'éloignement qui se construisait de plus en plus. L'individualisme de la société se marquait inéluctablement et même notre quotidien l'exprimait.

Ma famille semblait plus à l'aise, elle était la plus nombreuse et les cousins se connaissaient bien. Leur convivialité détonnait par rapport aux deux petits fils de l'ainée des sœurs. Elle les décrivait comme timides et réservés.

Pour la première fois, l'absence des petits enfants  de l'ainé se marquait fortement, rendait l'atmosphère différente. Ma famille, sans que je le souhaite, dominait au point de rendre mes sœurs moroses. Leur progéniture était faible et la plus jeune désespérait de l'arrivée d'un second petit-enfant. Alors qu'entre adultes, l'espace se remplissait sans encombre, les vides apparaissaient au niveau des petits enfants. Ma famille comptait sept jeunes représentants ce qui n'arrangerait pas les choses à l'avenir. La dernière de quinze mois, assurait à elle seule, le lien entre tous, faisait l'objet de l'attention par sa démarche cahotante qui sortait à peine de l'apprentissage de la marche. A hauteur des genoux, elle représentait la perle qu'il fallait aider, soutenir, protéger de la vivacité de l'assemblée.

La soirée s'était déroulée cordialement. Nous avions même fait un petit remue-méninge pour sortir de l'habitude qui n'était qu'échange banal autour du quotidien. Un petit jeu autour des mots pour créer une compétition amicale sans cette fois y associer les plus grands des enfants. Ce divertissement fut mis à l'ordre  du jour pour la fois prochaine. Puis nous avions échangé sur les nouvelles de l'univers de chacun, heureux d'être en toute convivialité autour de la table.

Le matin suivant, l'image du tableau m'était revenue en flash. Impressionnante par le sens qu'elle mettait en valeur.

Dans la liste des frères et sœurs, le prénom de l'ainé était écrit en noir, couleur du deuil, les autres en rouge couleur de la vie. J'en avais eu le souffle coupé. L'extérieur apportait un message, un reflet d'une réalité qui exprimait une situation bien réelle, le handicap du frère victime d'un AVC, et la distance de sa famille.

Il faudrait avec le temps faire le deuil du grand rassemblement au complet, de plus en plus difficile à réaliser.  Un travail de détachement s'imposerait à terme. La nécessité de considérer la fête comme un moment réunissant ceux qui veulent se retrouver pour faire clan, devait remplacer l'envie d'associer l'entièreté du clan, ensemble de plus en plus utopique.

(¨) (Le gite.)