26/01/2013

Visite en psychiatrie.

dépression, guérison, regard positif sur soi,Ma visite tombait à un moment inapproprié : mon amie était préoccupée par la recherche du médecin qui allait lui signer les formulaires administratifs remplis pour confirmer sa sortie de l'hôpital. Nous attendions le médecin au pied de l'escalier où il n'allait pas manquer de passer car l'heure du rendez-vous venait d'être dépassée. La dernière fois que je l'avais rencontrée un mois plus tôt, elle était assise sur son lit, sans énergie, sans présence et suivait distraitement l'entretien en se perdant souvent dans une d'inertie  et un silence difficile à vivre.

À présent, elle avait retrouvé tout son dynamisme faisait des projets, préparait son agenda pour la semaine suivante. Elle voulait se relayer plus à son entourage. Elle avait pris la décision, après un long temps d'absence, de participer de nouveau à son groupe de prières chaque semaine( c'était d'ailleurs dans ce groupe que j'avais fait sa connaissance quelques années auparavant). Elle se construisait un emploi du temps signe d'une bonne santé et me semblait sortie d'affaire, avoir retrouvé son énergie après cette longue période de latence où rien ne semblait l'intéresser.

Les médicaments avaient assuré sa stabilisation d'humeur et le traitement l'avait remis sur la route.

J'espérais pour elle que cet épisode était loin derrière et qu'elle allait reprendre ses marches, ses balades à vélo. Elle avait d'ailleurs bien marché les trois derniers jours en profitant du temps sec et de quelques heures de soleil d'hiver. Au cours de celles-ci, elle était accompagnée d'un autre malade qui passait justement.

"Nous avons eu de bonnes discussions ensemble, me dit-elle, je vais te le présenter"

Puis elle accompagna le médecin qui arrivait justement pour le rendez-vous programmé.

Avec ce patient, la conversation fut plaisante. Il semblait lui aussi dans une période ascendante, proche de la sortie, moyennant quelques jours de l'adaptation à son nouveau médicament. Dans l'échange d'informations, je compris que je connaissais sa soeur.

En la rencontrant quelques jours plus tard, je lui fis part de la rencontre inopinée avec son frère. J'entrai ainsi brusquement dans l'intimité de son système familial, de sa vie personnelle. Après quelques mots, elle ajouta que quelques années plus tôt elle aussi avait fait une grosse déprime, au moins pendant sept années. Alors que je la considérais comme une infirmière affable et forte, je découvrais au contraire, un pan bien fragile bien fragile de sa personnalité. À la voir s'occuper des personnes de l'entourage de notre bénévolat, je n'aurais pas misé un franc sur cette faiblesse. Cela ne me semblait pas possible.

Il me fallait donc, puisqu'elle en était sortie, profiter de l'occasion pour comprendre quel chemin elle avait pris, quelle était son expérience et dans l'ensemble des faits de cette période quel était celui qui s'était avéré marquant. J'espérais trouver pour la santé de ma fille, quelques conseils intéressants utilisables pour l'aider à atteindre la rémission définitive.

"Qu'est-ce qui, t'a remis en forme, en plus du traitement médical. As-tu suivi un thérapie complémentaire, une voie parallèle ?"

Deux éléments marquants apparurent dans son propos : à un certain moment le psychiatre lui avait dit qu'un élément déclenché la mettrait dans un état où tout allait aller de mieux en mieux et que soutenue par le traitement elle s'en sortirait rapidement. Il n'y avait pas d'information utilisable, applicable dans ce récit.

Un fait plus ou moins mystérieux l'avait fait basculer du côté de la santé.

Comme je voulais obtenir un conseil, un tuyau pour ma fille je poursuivis:

"La médication t'a soutenue bien sûr  mais n'y a-t-il pas autre chose qui s'est passé qu'il t'a permis de repartir ? "

Elle ajouta " Une religieuse de ma connaissance m'a présenté une méthode que j'ai d'abord suivie difficilement puis de plus en plus aisément : ne jamais m'endormir sans avoir constaté que dans la journée, j'avais observé trois faits positifs me concernant". C'était pour elle, l'élément déclencheur, ce regard positif sur elle-même.

En quelques semaines, deux rencontres féminines qui s'en étaient sorties, qui avaient pris le chemin de retour à une vie dite normale. Dans un échange positif envers elle-même et envers leur voisinage.

La troisième rencontrée, ma fille, pourrait s'en sortir, elle aussi, définitivement.

Curieusement, une dernière conversation téléphonique ce jour-là avec ma fille m' annonça qu'elle avait l'intention de reprendre son numéro de GSM, numéro symbolique laissé à l'abandon mais surtout qu'elle allait rouvrir sa boite mail pour en lire le contenu. N'était ce pas de bons indices, les signes d'un pas supplémentaire vers le mieux-être qu'on lui souhaitait ?

Elle n'était plus seulement entraînée par ses enfants, ses devoirs de mère, ses prestations de services dans le nouvel univers administratif en lieu et place du service des urgences : elle allait s'occuper de ses liens personnels avec son entourage.

Sa période dépressive débutait deux mois plus tôt semblait se terminer. Elle reprenait, comme on dit, du poil de la bête.

Pourrais-je l'aider dans son programme de thérapie à garder un comportement ferme et surtout que cette rechute soit la dernière ?

23/01/2013

Paroles de nuit.

gastro-entérite,psycho-somatisation,indigestion,être dans l'agenceÉtait-ce au milieu de la nuit ? Tôt le matin ? Je ne le savais plus ; l'intérêt n'était pas là, c'était la phrase qu'elle avait prononcée qui avait de l'importance, toute l'importance même. Elle m'avait dit "Je ne me suis pas sentie respectée et j'ai passé et perdu tout l'après-midi à cause d'elle !".

La soirée avait été agitée ; son stress, au maximum, découlait de la gastro-entérite qui l'avait clouée sur place. Son élocution semblait hésitante. Était-elle toujours dans un demi-sommeil ? Avais-je bien entendu ? Cette conséquence physique trouvait-elle son origine dans un aliment douteux par sa fraîcheur ? D'un excès dû à trop de fêtes, qui avaient fait long feu ? D'un estomac à genoux devant l'abondance répétitive des réunions de famille ?

Elle exprima ensuite le sentiment d'avoir été niée. Puis, il y eu un mot me concernant, "Excuse-moi pour cet après-midi,  je t'ai agressé à la sortie de la gare, j'étais énervée !"

Dans ce bouleversement qu'elle vivait, à la fois physique et mental, j'essayais de reprendre le fil des événements pour comprendre l'enchaînement qui l'avait, en plus, conduite à me dire au réveil : "J'étais en colère, je l'élimine."

Il fallait découvrir le sens profond qui se dissimulait sous l'effet papillon local qui avait déclenché, le lendemain, la tempête viscérale. Le fil des événements était particulièrement simple : hier matin, handicapée par la perte de ses bésicles, une amie avait téléphoné chez nous pour savoir si celles-ci s'y trouvaient par hasard, oubliées, après la fête ; elles n'y étaient pas. Ma femme, sachant que cette amie avait été véhiculée par une autre, avait téléphoné à cette dernière pour demander si elles n'étaient pas dans sa voiture. En effet, elles y étaient. Elles attendaient sa propriétaire, à trente kilomètres d'ici.

La situation était simple, la propriétaire de l'objet, non motorisée, avait besoin d'aide pour retrouver la vue.

N'écoutant que son impulsion et son conditionnement à rendre service, à aider, à montrer son grand cœur, ma femme, prenant une bonne part de l'après-midi, s'était lancée dans l'expédition pour résoudre, un problème qui ne lui appartenait pas. En marche ! Scout toujours prêt pour la B.A. !

Elle partit donc en trombe pour récupérer l'objet éloigné, faisant l'impasse sur le projet de consacrer l'après-midi nécessaire à préparer sa valise pour ses vacances d'hiver. Le stress était monté d'un cran et elle était tant contrariée que j'avais pris une volée de bois vert à son retour, quand elle m'avait repris à la gare.

Nier l'urgence de la course et tempêter intérieurement devant le temps devenu inutilisable pour ses propres objectifs expliquaient déjà la sortie de ses gonds. Deux envies d'égale puissance en conflit : peaufiner son image de marque et faire face à l'urgence des préparatifs.

L'impossibilité de résoudre en même temps les deux termes de l'équation avait induit un signal d'alarme, provoquant un malaise général et la mise en œuvre d'une gastro-entérite. Conflit qu'elle tentait de nier par l'évacuation basse d'une part, en même temps qu'elle exprimait par l'évacuation haute, sans le pouvoir des mots, le ras-le-bol d'être au service des autres et non d'elle.

Déchirement et envahissement d'une flore déboussolée.

Médicalement parlant, c'était bien plus simple de soigner les microbes comme des êtres farouches et indépendants, de les passer au fil de l'épée par des torpilles médicamenteuses et de placer l'origine du mal sur de malheureuses huîtres qu'elle avait consommé le jour du réveillon, deux jours avant.

Les aveux de la nuit, lorsque le seuil de veille s'efface, avaient laissé paraître des phrases de vérité ; ces moments de lucidité nocturne, largement influencés par son homéopathe, semblaient éclairer le fond du problème mais, avaient-ils percés les moments de vigilance qui cachent l'apparence des faits, pour aller à la nature profonde des maux ?Prendrait-elle conscience de la réalité des phrases de la nuit ? Serait-elle, enfin, une bonne mère pour elle, pour tous ces manques qu'elle fuyait à course éperdue ?

Sa fragilité se rapprochait, allait apparaître clairement à ses yeux. Ferait-elle le pas d'acceptation, de détente ? Un combat était en cours, déjà annoncé deux semaines plus tôt à la fin d'une série de cours de gymnastique douce. La kiné avait remarqué un relâchement, une ouverture de ses épaules entrainant un mouvement nouveau, plus souple.

L'épisode conflictuel exprimé par la gastro-entérite terminait la bataille ; la peur, la négation de son état intérieur avaient pris le dessus. Le dérangement intestinal à moitié apaisé et, au vu du risque de récidive pendant les dix heures de voiture, elle annula, le matin même, son départ pour ses vacances d'hiver, prévu vers 16h et, le jour suivant, fit de même avec le cours de gymnastique douce qui devait reprendre début janvier.

Rien ne changerait dans l'immédiat.