16/02/2013

La photo d'artiste.

mystère,découverte,étonnement,au-delàLa photo au milieu du désordre de la table m'avait touché immédiatement.Son style particulier la signait en cette période de fin d'année. C'étaient les voeux traditionnels d'une amie artiste. Cette année, son envoi présentait une dimension spéciale qui m'avait interpelé immédiatement, bien différente de celle des photos conventionnelles de la nature des années précédentes.

Dans celle sous mes yeux, une qualité supplémentaire émergeait, un je-ne-sais-quoi qui la mettait, selon moi, hors catégorie. L'image dégageait un flux mystérieux, sortait de la banalité, des conventions du genre.

Elle ne parlait pas à mon univers rationnel, à ma partie intellectuelle mais à mon irrationnel. L'angle de prise de vue ne permettait pas un décodage immédiat. Il y avait inversion des valeurs classiques : le cadre remplaçait le sujet habituellement présenté, ouvrant immédiatement la porte de l'inconnu, le seuil d'un univers autre. Un peu comme si, dans un paysage bien connu, le sentier disparaissait brusquement  de la vue, entraînant un questionnement, la nécessité de marquer le pas en faisant une pause, d'ouvrir l'œil, de porter son attention.

Tout était dans le jeu de la lumière : le clair, l'obscur, avec en plus la sensation d'un mouvement balançant entre les deux bandes verticales sombres  des côtés, mettant en sandwich un centre clair. Comme un puits s'ouvrait devant moi, avec pour empêcher mon vertige, les deux traces noires d'appui,  marquant le bord. Le centre s'ouvrait une autre dimension.

Rationnellement l'on aurait imaginé une fenêtre ouvrant sur un paysage justifiant la prise de vue. Ici c'était le contraire, le champ visuel était occupé par une surface grise, légèrement colorée, qui attirait surtout du côté droit par quelques taches filandreuses.

En entrant par la vue, dans la photo par la gauche ou la droite, on était transporté ou renvoyé vers la droite comme une invitation à un départ, à une sortie à un changement d'attitude, d'habitude.

Le sens rationnel de la lecture de gauche à droite ne convenait pas plus que celui de droite à gauche, arrêté par les larges lignes sombres, presque noires. Ce mouvement machinal de lecture était mis en défaut. Je percevais comme un rebond entraînant vers une autre approche, plus globale, moins systématique. Une sorte de vertige anéantissait l'approche intellectuelle. Mon ressenti aspiré d'abord vers la tache grise se détendait vers le rayon de lumière vertical, point de mire excentré de l'ensemble s'étalant devant mes yeux.

Ce bâton de lumière me renvoyait à des souvenirs d'adolescence où,  dans le fenil sous un toit de vieilles tuiles à torchettes, le soleil l'été pénétrait dans l'espace en scintillant.

Clair-obscur, à nouveau ; magie de la lumière qui fait tout exister. Temps d'émerveillement à suivre les particules de poussière qui entrent, traversent puis disparaissent au gré de la pesanteur, ouverture vers l'irrationnel vers la légèreté et le mystère.

Les vieux objets cassés rangés, aux formes diverses, chaises, tables,  planches, perdaient leur nature et n'étaient plus que confondus. Seules vivaient la lumière et les poussières. 

Formes aussi qui disparaissaient dans le centre de la photo, taches grises, défaut de planéité, plafonnage mis en valeur par la lumière rasante.

Taches grisées et plus claires verticales qui renvoient d'office au rayon de lumière colorée sur la droite.

Train-train quotidien, grisaille des jours d'hiver. Monotonie des habitudes.

À droite, l'espoir, la lumière qui vient, qui vit, chaude,  remplie par les nuances d'une palette qui s'affirme doucement. Oscillations entre un état morne, éphémère et un clin d'œil lumineux. N'y a-t-il pas quelque chose d'autre à voir, mis en valeur par deux bandes noires effilées, sentinelles gardant l'entrée d'un autre monde ?

Mystères à découvrir ; invitation à quitter les enfermements du quotidien pour s'ouvrir à ce qui se déploie de neuf au seuil de chaque jour qui nait, qui passe. Autre possible du moment, seuil à franchir pour entrer dans les champs nouveaux. Résolutions à faire en ce début  d'année nouvelle ?

Non, rationnellement non !

Suivre le sens qui émerge, l'attracteur qui charme.

Voeux 2013

09/02/2013

Encore et toujours, l'énurésie.

énurésie,coupé le cordon,propreté,lien mère enfant,pipi au litLe pop-up d'appel de "Skype" venait d'apparaître sur l'écran de mon portable. Surprise ! C'était ma plus jeune fille. L'appel était inattendu et nouveau. Elle faisait un pas inhabituel vers moi, utilisant un nouveau média. La voir sur l'écran changeait tout à fait la nature de la communication. Son visage prenait une autre forme et j'étais intimidé par cette nouvelle proximité. La communication, avec elle, n'était pas aisée, souvent hachée, uniquement fonctionnelle et allant directement au but avec, sous-jacent, un élan impératif ne se prêtant pas beaucoup à la nuance. La dernière fois au téléphone, j'étais resté sans voix, désarçonné par sa manière différente de s'exprimer. Elle semblait intimidée, n'occupait pas l'espace ouvert entre nous pour l'envahir mais elle était en attente de ce qui allait se dire. J'étais tellement surpris devant ce vide inhabituel que je n'avais pu l'occuper. Une page blanche semblait s'ouvrir, inopinément créant un no man's land. Elle n'était plus la fille s'opposant aux parents, elle était autre. Une nouvelle borne frontière venait d'être plantée, un repère venait d'être érigé.

Cet appel "Skype" constituait sans doute la confirmation d'une nouvelle manière de communiquer d'abord par sa nouveauté technique, ensuite par la nature de l'échange, bien plus dans l'égalité que dans l'agressivité.

Pour le samedi suivant, elle me demandait de bien vouloir garder son plus jeune enfant, pour faire les soldes avec sa mère. L'accord fut conclu.

Après sa sortie soldes, contrairement à son habitude, elle avait pris le temps de s'attarder en partageant le repas. Puis elle avait patienté, en attendant qu'avec son fils, nous fassions un kilo de grosses galettes selon la recette de ma grand-mère.

Au repas, j'avais pris la liberté de lui faire une remarque sur l'attitude de son fils, impoli, dans sa manière sauvage de manger la peau du poulet sur son assiette. À ma question, "Vois-tu ton fils manger de cette manière dans un restaurant ?", Elle ne m'agressa pas, ne partit pas en claquant la porte suite à mon précepte éducatif. Elle semblait avoir compris le sens de ma démarche pour en tirer, j'espérais, un bénéfice pour son fils.

Nous avions abordé les différents sujets d'une manière libre, respectueuse. Elle s'était abstenue de jeter l'anathème sur les évaluations que j'apportais. Elle me considérait autrement, prenant du recul et ne m'affrontait plus comme avant.

Elle pouvait toujours penser "cause toujours mon lapin" mais elle le faisait alors avec élégance et la maturité d'un adulte face à un autre.

Allait-elle enfin couper le lien inconscient d'opposition qui la reliait à nous, ses parents ?

Son fils avait une allure bizarre un peu en retrait, distante, bien différente du tonus de la dernière fois. Elle m'en expliqua la raison : il était sous médication pour sa propreté nocturne. Le médecin utilisait l'effet secondaire d'un neuroleptique pour mettre fin à l'énurésie.

La conversation se poursuivit sur le sujet, nous recherchions des idées, des solutions.

Comment exploiter la parole à la manière de Françoise Dolto et Didier Dumas sur le sujet ? Comment, en précisant le cadre familial, les liens envers les parents, définir la distance nécessaire pour arriver à un effet thérapeutique ? Comment permettre à l'enfant d'être enfin propre, de quitter le stade infantile où il était bloqué ?

Et s'il protégeait sa mère en l'affranchissant du deuil de sa progéniture, en restant inconsciemment dans ses langes ?

Et s'il l'empêchait d'affronter son manque d'amour maternel, trop longtemps vécu et trop lourd à porter ? Contribuait-il, par son attitude, à ce que sa mère, retrouve la sienne qui dans le passé la langeait pour son bonheur et son confort et qui, à l'époque, avait disparu, pendant plusieurs jours, à la période des langes ?  N'y avait-il pas mélange des temps de première enfance?

Déficit de tendresse encore porté dans la génération des mères.

Systématiquement, disait-elle, son mari, s'interposait entre son fils et elle sur le divan en regardant la TV. N'était-ce pas un indice clair d'une coupure de la symbiose entre elle et son fils ?

Mais le montrer est une chose, utiliser la parole en est une autre. Était-ce à cet endroit qu'il fallait agir? Etait-ce le bon moment ?

Le problème était bien plus subtil. Ce n'était pas aussi simple, surtout qu'à l'âge de son fils, elle même n'était pas encore propre.

Son fils connaissait la solution à cet état et l'exprimait : "Il suffisait de se lever pour résoudre le problème." Mais cela ne l'intéressait pas. Comme si ce n'était pas son problème !

Il fallait prendre une décision quelque part mais à quel niveau ?

Fallait-il élargir le traitement au niveau des parents, de celui des grands-parents ?

Chez les enfants de mes filles, l'énurésie était un problème de puiné.

Étais-je concerné par ce niveau relationnel, moi qui suis né le deuxième de ma fratrie ?

Le débat s'était poursuivi serein. Lorsque les galettes  furent terminées, au moment du départ elle annonça à son fils : "Ce soir, on va arrêter le médicament !"

En présence des trois générations, elle prenait l'autorité, le choix d'une stratégie librement choisie, tout en nous prenant à témoin : c'est mon problème, je le prends en charge. Je ne le délègue plus à la Faculté.

Qu'en serait-il de cette conversation, cet intermède, dans quelques jours ?

Seul le temps qui passe nous donnerait le sens de ces moments vécus dans la lucidité.

Quel avait été le sens de mes réflexions quand, il y a trente ans, la propreté nocturne tardait à s'installer ?

Un retour dans mes archives m'apporterait, sans doute, une idée si pas une solution.