24/03/2013

En attendant au garage.

intuition,faire connaissance,mémoire du passéLa matinée de ce lundi était chargée. Après le transport de Jéremy, notre protégé, de la gare à l’hôpital, j’étais passé par le garage pour un contrôle rapide ce qui m'obligeait à vingt minutes d'attente dans la salle de réception. Installée près d'une table ovale, au pied de l'escalier, une dame d'âge mûr attendait déjà pour récupérer son véhicule. Devant elle, la table était nue, sans le moindre journal ni revue, comme on en trouve souvent dans les salles d'attente, pour passer agréablement le temps.

Était-ce dû à la présence d'écrans plats vidéos  que le garagiste avait placés pour les spots publicitaires ou simplement que le temps n'avait pas encore fait son œuvre, que les clients n'avaient pas encore abandonnés leur journal matinal sur la table?

Je m’assis pour lui tenir bien involontairement compagnie. Etant donné que le matin même, j'avais pris deux journaux gratuits sur le présentoir de la salle des pas perdus de la gare, je lui proposais le deuxième exemplaire. Manière simple de lier connaissance et d'introduire un peu de convivialité à cette petite table d'attente.

En moi, une intuition avait surgi; c’était clair, un lien existait avec elle. Elle ne me semblait pas totalement étrangère, son visage me disait quelque chose. Je l'avais déjà rencontrée avant, non pas dans le quartier mais autre part. Elle me semblait familière. Elle constata simplement que le patron n'avait pas encore approvisionné la table de lecture et me remercia pour le journal proposé.

Nous attendions donc ensemble la fin de nos réparations respectives. Puis son véhicule venant d'être terminé,  elle conclut son attente en discutant avec le chef d'atelier. En la voyant quitter le local, je constatai à nouveau son allure. Son pas me disait quelque chose. À présent, j'étais certain de l'avoir rencontrée autre part.

Je ne pouvais l'associer à mon environnement actuel. Un lien caché me reliait à elle mais il ne se dévoilait pas et me posait la question : "Qui est-elle ?"

Une heure plus tard en déposant mon épouse à la gare, l'image de la dame aux cheveux blancs me retraversa l'esprit. Je la connaissais. Une certitude s'installait, je l'avais rencontrée dans un autre cadre qui n'avait rien à voir avec les  navetteurs, ni avec un autre cercle d'activité actuelle.

Quelques années plus tôt, j'avais déjà eu l'occasion de vivre le même phénomène. Dans un ascenseur, la personne en face de moi ne m'était pas inconnue mais je ne pouvais l’associer à quoi ce soit. Ce fut seulement plus tard que je me rendis compte avec horreur que cette personne, deux semaines plus tôt, avait été en face de moi à une réunion pendant une heure au moins.

 Le cadre était différent, je ne la situais que dans la salle de réunion, dans le contexte initial et j’avais été incapable de la dissocier de celui-ci. Ce matin, le problème se reposait dans les mêmes termes, je ne pouvais faire le lien immédiat entre la personne et le lieu où je l’avais vue avant. J’avais l'impression de la connaître mais ne pouvais situer la rencontre précédente.

Enfermé dans mes pensées, je n’avais pas eu la simplicité d’écouter cette impression de déjà connu et de la clarifier. Quelques mots suffisaient.

« Tiens, j’ai l'impression que je vous connais. Est-ce possible ? » et nous aurions alors fait une petite enquête pour retrouver ce lien mystérieux  qui semblait exister.

C’était aussi ma réserve, mon attitude attentiste et peu liante qui me jouait, de nouveau, des tours. C'était le bon moment pourtant pour clarifier cette sensation, le cadre idéal pour en parler. Je n'en avais rien fait et elle non plus d'ailleurs. Comme une paire de timides, nous étions restés dans les rites de la rencontre banale entre inconnus. Un simple au revoir avait terminé notre attente commune autour de la table.

Mon approche de la réalité extérieure se clarifiait. J'observais les personnes en relation avec le cadre environnant et celui-ci constituait un des éléments nécessaires à la reconnaissance ultérieure. J'étais apparemment incapable de reconnaître la personne dans un endroit différent. Une sorte de fusion se réalisait entre cadre et personne. C’est après plusieurs rencontres et enregistrements de signaux visuels, sonores et  kinesthésiques que j’arrivais à une reconnaissance immédiate.

Dans le fond, je ne portais pas mon attention à la personne, à sa manière d’être, aux traits de son visage, à la couleur de ses yeux. Je restais à la surface des choses par habitude, par prudence, manquant ainsi des occasions d’approfondir les rencontres et lissant mon quotidien au point de le rendre plus banal.

Cette constatation m’ouvrait une piste de réflexion, de travail, à creuser pour valoriser les rencontres ultérieures et en faire des moments plus riches en les enracinant dans ma mémoire immédiate et à plus long terme. Etait-ce aussi un indice de pertes de neurones, d’un manque d’entrainement à l’ancrage des personnes dans ma mémoire ?

J’avais aussi à renforcer le décodage de mes intuitions, à ne pas les enfermer dans un silence stérile, mais à leurs donner toute la place et les moyens pour en vérifier la nature. N‘est-ce pas un chemin pour garder et augmenter les points d’ancrage de mon environnement, de faire vivre mes relations sociales. Oser affronter une réponse positive ou négative. Explorer l’espace qui vient à ma rencontre à la manière de l’enfant qui découvre le monde?

Petits clins d’œil de la vie à mon égard pour m’éveiller encore plus à porter mon attention.

13/03/2013

Un philosophe à la maison.

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Lors d'une soirée publique qui n'avait rencontré aucun intérêt local, nous avions entendu un philosophe disserter sur le thème des médias, de la nécessité de savoir prendre de la distance par rapport à leur invasion dans nos vies et à leur position éthique souvent à l'opposé de nos valeurs les plus fondamentales.

Ce regard différent, pertinent, sur la radio et la TV m'avait surpris. Dans le fond, il avait raison, petit à petit, nous quittions la sphère sociale, relationnelle de la rencontre, pour entrer quotidiennement dans le gavage médiatique et visuel. Scotchés derrière notre écran, nous ingurgitions des programmes de plus en plus stéréotypés, ordinaires et l'on visualisait malgré une pléthore de chaînes, les mêmes séries insipides, neuves ou rediffusées pour la xème fois.

Spontanément mon épouse avait abordé l'orateur, rencontré quelques jours plus tard et lui avait demandé de reprendre ce thème devant un cercle d'amis. Sans hésitation, il avait courtoisement accepté et fixé une date pour une soirée d'information sur le même thème quelques semaines plus tard.

Les amis, des connaissances avaient été invités à venir l'entendre chez nous. L'éventail des réponses était surprenant, la plupart des personnes attendues s'étaient désistées. Les agendas bien remplis semblaient plus nombreux qu'imaginé par elle. Elle n'avait compté dans la liste des oui que quelques relations proches.

Était ce un sondage personnel ? « Qui m'aime, me suive ! ». Le résultat était décevant ou était-ce simplement son envie d'avoir un projet à réaliser sous la main ?

Mystère?

A l'approche du jour J, les inscriptions avaient finalement atteint la petite vingtaine et nous avions entrepris un déménagement interne dans le salon-salle-à-manger pour installer les personnes inscrites. Pour elle-même, pour moi, elle n'aurait jamais voulu évacuer la table basse située le long du mur extérieur couverte de plusieurs couches de papier à ranger, de matériel d'écriture, de boites de classement. Pour eux, tout avait été réglé en une heure. La table était passé à l'étage où j'espérais qu'elle reste définitivement. La petite bibliothèque appuyée contre la colonne supportant la poutre de la baie avait été placé contre un mur.

Ces deux déplacements ouvraient le salon, l'allégeaient, le rendait plus vaste, Une habitude de rangement décennal venait de tomber me procurant un ouf de soulagement.

Etait-ce le début d'un élagage de toutes ses branches souvenirs auxquelles elle s'accroche parce que; "C'est à ma mère, je le garde!" "C'est plein de souvenirs, cet objet, ce livre lui appartenait. Livre qu'elle n'ouvrirait, ni ne lirait jamais tant le propos était loin de son quotidien. Bref, cette ouverture, cette l'attitude à prendre vis-à-vis des médias s'était concrétisée par un allégement interne de l'atmosphère de nos lieux de vie. Une respiration plus grande était possible. Mais durerait-elle?

Cette initiative avait ouvert de nouveaux horizons dans notre intérieur. J'en avais profité aussi pour inverser l'axe de la table placée depuis trente ans en Est-Ouest pour la mettre dans l'axe Nord-Sud.

Le jour dit, l'orateur s'était montré enthousiaste emportant l'adhésion de tous. La petite collation, avait ensuite réuni tout le monde pour un échange rempli de convivialité et d'amitiés avec ceux qui avaient eu le courage de se décoller surtout de leur programme TV et de leurs activités.

Et last but not least, nous avions décalé une situation figée dans notre quotidien. Cette initiative avait fait bouger les choses concrètement et symboliquement .