29/04/2013

Les Plaque-Madame.

individuation, enfermements, mémoires passéesComme à l'habitude en compagnie de trois couples d'amis, nous étions assis autour de la table du salon pour parler un peu du quotidien mais surtout de ce que l'on est, de la manière dont on réagit face à la vie. La question du jour était « Le sens de la vie ». C'était jeter un regard sur nos comportements au quotidien et leur donner sens. À partir d'anecdotes récentes, donner un sens, constater que l'on reproduit les mêmes schémas, les mêmes actions, les mêmes choix souvent établis une fois pour toutes dans l'enfance. Nous souhaitions nous situer dans le fleuve du temps pour  préparer le cheminement de demain, de l'imaginer, de l'améliorer.

Cette question m'avait touché par sa profondeur, sa nécessité aussi. Il me fallait être le plus lucide possible et à partir de ce qui s'était passé dans ma vie établir des balises pour les pas de demain, pour qu'ils soient plus joyeux, plus utiles et aussi plus apaisés. Il ne fallait pas tomber dans les cercles vicieux qui reproduisent toujours les mêmes choses, qui ne sont que récurrences des comportements et actes passés alors qu'ils apparaissent neufs parce que récents.

Le monde n'était pas fini, le monde restait un champ d'exploration de nouveaux concepts, de découvertes qui montraient la richesse de la création.

Pourquoi s'en priver ? Pourquoi abandonner l'attitude d'éveil d'accueil à ce qui n'est pas encore fréquenté ?

Il me semblait avoir gardé ma faculté d'admiration, d'étonnement. Elle pouvait me servir pour cueillir les événements du jour pour les savourer, pour les transmettre aussi toute découverte qui s'ouvrait devant mes yeux pouvait être transmise à mes enfants, à mes petits-enfants pour qu'ils explorent à leur tour les chemins de traverse qu'ils ne se laissent pas entraîner dans la maladie moderne de l'-Avoir- et du -Toujours plus-.

Il me restait encore, à tout moment, de chercher à les ouvrir à l'-Etre- au Carpe Diem.

Après le stress du quotidien, savoir passer des moments de ressourcement,  de rechargement des batteries non pas au bout du monde, mais surtout dans l'environnement proche.

Pour pouvoir être dans ce regard neuf, de découvertes, j'avais eu besoin d'un coup sur la tête, j'avais été touché à un moment difficile par une sensation qui m'avait été offerte comme un viatique, comme un champ merveilleux à explorer, un champ à fréquenter. C'était un pas fait dans un moment d'abandon au sort funeste qui s'était abattu sur moi. Terrassé, dans un moment de découragement, j'avais baissé les bras et m'étais couché sur mon lit.

L'événement s'était produit comme un éclair dans un ciel noir. J'avais vu l'éclair dans sa beauté plutôt que l'aspect menaçant du ciel. J'avais été touché. Mon corps qui n'était alors que le support inconnu de mon existence, était devenu un mystère, un champ d'exploration.

Soudainement il y avait le monde extérieur et ses défis d'un côté et de l'autre un monde intérieur avec ses inconnues, sa richesse, sa valeur fondamentale.

Ma vie avait pris un sens supplémentaire. J'étais devenu l'explorateur de celui-ci. Mon intérieur était à ma portée, ma vie prenait un sens profond, j'avais une source intérieure de vie à découvrir.

Progressivement, je percevais que j'étais blessé, déformé, ankylosé dans celui-ci, que sa richesse était bridée par des expériences négatives qui m'avaient fermé, emprisonné dans un carcan.

Ma vie prenait un sens: me libérer de tous les effets négatifs causés par mon environnement. Ceux-ci avaient réduits les opportunités et laissé bien des territoires inexplorés. J'avais à me libérer de ma gangue, de mes enfermements.

Mon histoire était telle que plus d'une expérience m'avait fermé plutôt qu'ouvert. J'avais à rebondir, à bénéficier d'une force de vie bien plus large que celle qui était accessible là, dans le moment présent. Mes valises psychiques, physiques limitées pouvaient être déposées pour libérer le flux de vie en moi. Travail d'observation de conscience  long, très long.

Une image m'était revenue du passé: lorsque je revenais après avoir joué dans les bois et la campagne; il fallait que je débarrasse mes vêtements de toutes ces têtes de chardons qui s'accrochaient à ceux-ci.

Nous les appelions, à ce moment, les Plaque-Madame.

Ma vie était à cette image;  le chemin à faire pour me libérer de tout ce qui s'était collé à moi sans que je le souhaite pour m'en libérer et être au fond, ce que je suis réellement, authentiquement.

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