21/06/2013

Sur le pas de sa porte.

épicondylite,la bonne mère,l'éducationMa fille était comme convenu à l'arrêt du bus à la sortie de l'hôpital. Sa journée d'observation et d'évaluation se terminait et j'allais profiter de la proximité du trajet de retour pour échanger avec elle bien à l'aise avant la prise en charge des enfants à l'école.

Dès la porte de la voiture ouverte, elle me dit " Tu n'a pas vu mon SMS, je t'attendais depuis une demi-heure! " Tout s'écroulait la communication ne serait pas évidente pendant le retour. J'aurais dû contrôler mon GSM au moment du départ mais voilà je le surveillais, de moins en moins. Le temps du trajet fut stérile rien d'important ne fut échangé, j'en attendais trop, elle aussi peut-être. Etait-ce un rendez-vous manqué ?

L'intimité, l'échange prennent du temps, beaucoup de temps. Chez elle, les enfants, repris à l'école en passant, semblaient tendus énerves et indisciplinés. Était-elle trop exigeante ? Ressentaient-ils les tensions qu'elle vivait, sa frustration d'être de plus handicapée par le plâtre de maintien du bras droit posé à l'occasion de son opération de l'épicondylite. Après la dictée avec le plus jeune, dans le hall avant mon départ, loin des oreilles des enfants, ses confidences commencèrent dans une atmosphère aigre. A plusieurs reprises, il fallut clarifier ma pensée, la reprendre sous une autre forme avec des mots plus adaptés ou changer le contenu car la première version semblait inadéquate.

L'atmosphère principale qui m'accompagnait au retour était ses émotions son ressenti à propos de sa belle-famille qui agitaient le drapeau de « la bonne mère ».

Sa phase d'extériorisation qui avait suivi celle de la dépression devait être à l'origine du problème. Elle était hyperactive, survoltée sur tous les fronts, apparemment bipolaire. Elle avait ouvert une activité complémentaire et se focalisait sur celle-ci en plus du reste, du ménage des enfants et de son travail à mi-temps. Elle n'hésitait pas à prendre une soirée avec ses copines, à faire 1 excursion à gauche ou à droite, à prendre une journée de détente. Loin d'elle, je trouvais, en effet, qu'elle en faisait trop qu'elle aurait dû vu son état, ses nombreuses tâches mettre 1 bémol sur certaines activités. Elle ouvrait facilement, trop facilement son portefeuille pour des dépenses que j'estimais superflues. L'argent coulait trop vite entre ses mains pour des coups de cœur, des folies à gauche à droite, sans doute. Mais avait-elle une limite, un sens de la gestion du nécessaire, du superflu, de l'inutile, du caprice.Une bonne mère gère tout cela, est exemplaire, ne fait pas de vagues : une bonne mère vit « pélican », se saigne en sacrifice pour les siens, attachée à son univers familial. C'était cela que sa belle-famille lui renvoyait: un mode de vie sobre, une mère présente ne  travaillant pas.

L' image de ma mère qui s'y superpose,  qui a sacrifié sa vie pour ses enfants. La bonne mère dont il était question est l'image de la mienne, l'image traditionnelle d'une mère qui ne pense pas à elle mais à sa famille.

En choisissant son compagnon, elle avait choisi son style de vie, son univers si semblable à celui de mon enfance. Univers plus sécurisant que celui de sa mère. Les temps avaient changés, ces univers avaient disparu, pour la vie moderne, la femme devait travailler et elles s'ouvraient à d'autres besoins personnels.

Son épicondylite renvoyait-elle à cet univers figé au bord des champs où l'on ne sait que je se regarder soi-même car rien ne bouge. D'une vie sociale semi-urbaine, elle était passée comme ma mère à la campagne sans y avoir les attaches à la terre, au rythme des saisons à l'entretien du potager, aux tâches quotidiennes que requiert une maison, à une vie sociale limitée.

Était-elle mandatée inconsciemment par le prénom que je lui avais donné et qui est un diminutif de celui de ma grand-mère paternelle ? Comme si j'avais voulu la planter dans un univers de campagne. Comme si j'avais eu sans en prendre conscience, l'envie de lui assurer un destin identique au mien, fidèle à la vision familiale du monde.

Incarnait elle le besoin d'ouverture de vie que je n'avais pas laissé vivre vu mes enfermements et qu'elle avait rejoué à ma place par fidélité tout en me mordant la main dès qu'elle en avait l'occasion pour s'en détacher ?

Soignait-elle les générations passées ?

Un fait nouveau avait surgi :son activité complémentaire concernait la table, la décoration des tables de fête. Elle se mettait à table, à sa table, la tâche d'avoir mis au monde ses enfants était finie.

( Epycondylite, tu l'a tiens)

09/06/2013

Autour d'un cadeau.


anniversaire,folisabelle,cadeau,dépression,guérison,mémoire d'un père."As-tu vu où j'avais placé le tableau que tu m'as offert ?" Occupé par les choses matérielles en entrant dans le hall, j'étais passé devant sans voir vraiment, sans marquer la phase finale de l'achat que j'avais fait avec elle pour son entrée dans le tram 40. Nous avions pourtant à deux reprises visité l'atelier de l'artiste qu'elle avait découvert et passé des moments agréables suivis par un lunch entre nous pour marquer ce passage dans une nouvelle décennie.

A sa demande, j'avais accepté de lui offrir un tableau qui faisait sens pour elle pour que sa mémoire se souvienne des bons moments passés ensemble. C'était une sorte de testament de notre relation, de nos liens mais écrits par elle à sa demande selon son choix. Dans les trois oeuvres qu'elle avait sélectionnées, j'avais espéré qu'elle choisisse la première appelée « Debout » dont le sens me touchait par sa fraîcheur et son symbole. C'était pour moi, l'évocation d'une quête intérieure, d'une ouverture vers les richesses cachées en soi et qu'il était important de découvrir pour bien vivre, pour vivre mieux. À l'aube de cet autre temps de vie, c'était un objectif fondamental une balise pour un cheminement intérieur. La couleur me plaisait aussi.

La deuxième qu'elle avait en vue était exposée à l'extérieur et elle avait demandé à l'artiste de le ramener à l'atelier pour la voir dans sa dimension réelle.

L'allure générale apparaissait dans un album photo. Un personnage féminin, sorte de fée, tendait la main vers un lumignon non pas dessiné mais réel posé sur un petit piédestal dans le coin supérieur droit du tableau, ouvrant une troisième dimension à la toile. Ma fille semblait plus attirée par cet œuvre-ci qui, pour moi, signifiait l'inaccessible étoile, le rêve, le manque, l'utopie.

Par la photo reprenant le thème peint, je percevais une force centrifuge émanant du sujet. Celle-ci me semblait trop forte me donnait l'impression d'une fuite en avant, d'un état manquant de réalisme, d'une quête éperdue vers un univers imaginaire plus propre à l'adolescence. L'herbe est plus verte en face.

La troisième œuvre était évoquée plus pour le principe et parce qu'elle m'attirait un peu et qu'elle plaçait d      ans la palette des choix pour me faire plaisir.

Son choix serait le mien, j'avais décidé d'être le sponsor simplement sans émettre d'avis sinon de l'encourager à faire en conscience le choix qui serait le meilleur pour elle. Elle avait finalement choisi « Là-haut », la deuxième. Nous avions été l'acheter ensemble pour symboliser et ancrer le lien père-fille.

Dans un commentaire ultérieur, l'artiste avait plus vu le lien papa-fille, que le lien père-fille, à mon étonnement. Sans doute y avait-il plus de chaleur que dans le lien père-fille. Ce choix de mots chez l'artiste m'ouvrait à des perspectives différentes

Est-ce que je n'étais pas trop dans le normatif en utilisant la version père en lieu et place de la version papa laissant encore entrevoir ma prise de distance par les mots et ma peur ancienne d'une relation chaleureuse, les dernières années de sa présence à la maison. un contentieux existait dans notre relation.

Les autres moments de ma présence chez elle laissèrent d'ailleurs sourdre une animosité latente du à peine prégnance d'un rôle normatif que je ne pouvais m'empêcher de prendre face à ses excès d'activité et à sa manière inconsidérée de dépenser l'argent. Un peu plus tard sur le seuil de sa maison, elle avait d'ailleurs conclu à propos d'une remarque "Tu me fais de la morale" conclut-elle. Mais mettre en garde, insister sur l'aspect dangereux d'une gestion légère n'est-ce pas le rôle d'un père. "Mais j'ai 40 ans me dit-elle, je ne suis plus une gamine". Elle touchait à une de mes valeurs fondamentales, celle du respect de ce que l'on a, de la mesure de ses moyens. Et cela était-ce de la morale ou de la gestion nécessaire et suffisante pour aller sur un chemin serein et certain. Difficulté de choisir entre papa et père, entre le coeur et la raison.

Pourtant tout n'est pas possible, il y a une limite qui correspond à l'état de chacun.

Seul l' amour est sans limites!