21/07/2013

Le cadeau anticipé.

émotion esthétique,cadeau anniversaire,40 ansComme convenu quelques semaines plus tôt, ma plus jeune fille avait appelé par téléphone pour me proposer de passer sur le stand de l'artiste. Celle que sa soeur avait choisie et  auprès de laquelle j'avais acheté à mon aînée.( Autour d'un cadeau. ) Non pas que je voulais qu'elle choisisse cet artiste(*) mais par souci d'égalité, j'avais mis les cartes sur la table. Elle disposait comme sa sœur, d'un budget pour un élément décoratif. Pour moi, la vie et ses aléas ne pouvaient créer une situation d'injustice face à ce geste symbolique d'un père à ses enfants. Elle pourrait ne pas bénéficier à terme d'un cadeau personnel si je gardais comme date repère l'âge de sa sœur ; aussi le choix s'était ouvert à son dynamisme. Cela n'avait pas tardé.

L'artiste exposait dans une fête "jardins ouverts" pas loin de chez moi. C'était pour elle l'occasion d'observer l'oeuvre de celle-ci dans un endroit proche avant d'aller plus tard si nécessaire à son atelier.

Nous avions pris rendez-vous à l'entrée du parc du château pour aller admirer les oeuvres proposées. Elle fut la première à repérer la tente où celle-ci exposait ses créations récentes.

Il n'y avait personne sur le stand ; un pull déposé sur une chaise laissait deviner une présence proche. Une vingtaine de tableaux mettait en valeur différents thèmes dans des formats variés. Elle avait ainsi l'occasion de voir une partie de l'oeuvre dans la réalité en complément de ce qu'elle avait déjà aperçu en consultant les photos présentées sur son blog d'artiste.

Mon seul rôle était de l'observer, d'analyser ses élans et de voir si le choix présenté était suffisant.

Fallait-il patienter, évaluer, attendre un moment plus propice, reporter le choix à une exposition ultérieure, ou partir sur une autre piste ? On verrait selon les étapes du processus.

Ce moment de proximité pour la Fête des Pères était d'ailleurs déjà un cadeau, un moment mémorable.

Elle hésitait évaluait, comparait. L'artiste revint de sa visite dans un stand voisin et la conversation s'engagea entre nous. Une grande liberté nous était donnée.C'était le choix du coeur qu'il fallait privilégier. Aucune obligation n'était créée, aucune insistance.

Son choix se porta d'abord sur un tableau ouvert à la troisième dimension par une bouteille accrochée, qu'elle trouvait trop grosse. Sorte de bouteille à la mer, contenant un message mystérieux, mots qui délivrent, qui apportent le sens de la quête qui nous habite. Non ce ne serait pas son choix. Habilement l'artiste ouvrait les portes, mettait en valeur des émotions, donnait un sens à ce qu'elle avait créé. Sens qui touche l'un, ou qui laisse l'autre indifférent. Chacun a son jardin secret, ses mémoires cachées, ses secrets d'enfance, ses émotions, ses aspirations. L'artiste évoquait ses thèmes puis manipulait sa tablette pour expliquer le cheminement de la création de ses œuvres. Chacune, dans son thème, était unique, portée parfois par  des mots, une phrase.

Debout, face au mur de toile où pendaient les tableaux, ma fille s'orientait doucement vers celui qui occupait le centre d'équilibre de l'ensemble.

Elle hésitait, affinait son choix, accompagnée par les mots profonds chaleureux de cette jeune femme un peu plus âgée qu'elle. Les images, la voix de l'artiste étaient à l'oeuvre. Ma fille était guidée dans son univers magique, elle expliquait le sens du questionnement qu'elle voulait faire passer dans ses oeuvres. Elle l''avait touchée par sa présence, ses tableaux. L'émotion l'envahit. Les larmes lui montaient aux yeux, bien mystérieuses pour moi, son père. Dans son intimité, une vanne s'était ouverte à une émotion envahissante. Le moment était sacré, un espace inconnu parcouru.

Catharsis.

Un grand moment de sa vie se jouait, loin du superficiel, de l'impulsif.

Une sorte de retournement avait transformé la profondeur de son âme. Touchée ; elle était touchée par le thème, la couleur, par l'étoile vers laquelle le personnage tendait la main tout en distribuant derrière elle toute une volée de fleurs, semant aux quatre vents le résultat de sa quête.

Son choix était fait. Ce tableau serait le sien. Il n'était pas entièrement acquis, mon offre était un peu faible, elle devait y mettre un peu d'elle mais le choix en valait la peine.

L'émotion la terrassait. Elle qui cranait si fort, elle qui semblait forte, insensible, intouchable presque, venait de fondre et était à ramasser à la cuiller. En elle, un kyste venait de s'ouvrir, de libérer une émotion ancienne enfouie, elle la laissait sortir, disait oui à la vie en elle, à son guide intérieur qui la sortait d'un enfermement.

L'affaire était conclue, il ne restait plus qu'à emporter ce tableau dont je n'avais aucune idée du nom. Mais était-ce important ? Une source s'était ouverte. La baguette magique de la fée l'avait touchée. De la quête de l'étoile, elle allait semer autour d'elle des fruits, des fleurs.

Il y avait de l'accouchement dans l'air.


(*)- Blog Folisabelle.

14/07/2013

Couché sur un bâton à la gymnastique douce.


qi,gymnastique douce,réflexologie énergie,mlc,chi,assouplissement,relaxationCela me semblait un peu incongru en cette période d'activité intense, de prendre une heure de temps à faire de la gymnastique. Depuis dix jours, j'avais manipulé des meubles et leur contenu pour vider le salon qu'on allait repeindre. J'avais monté à l'étage ce qui était transportable et encombrant, pour faire de la place dans le living afin d'en faire repeindre le plafond. J'avais détapissé la cage d'escalier et je prenais encore le temps d'aller à la gymnastique ?

Étrange surréaliste. Au fond, j'y allais pour être tranquille, pour ne pas subir les débordements verbaux de mon épouse, qui me mettait à l'ouvrage plus qu'elle ne s'y mettait elle-même. Le peintre était une véritable locomotive : par son dynamisme, il m'entraînait à faire plus que j'en avais envie. Vraiment j'avais besoin de lâcher le pied d'être en roue libre.

Le petit groupe auquel je commençais à m'habituer suivait avec application les exercices relaxants proposés. C'était de la gymnastique douce, largement inspirée de la méthode de libération des cuirasses. Après une station debout de cinq minutes pour assouplir les pieds sur des balles de tennis, chacun s'allongeait sur son tapis, tranquillement. Pas de chamade, ni de gouttes de transpiration. Tout en douceur pour réveiller les muscles et leurs chaînes musculaires dont je découvrais toujours avec étonnement les noms. Chaque mouvement était fait alternativement côté gauche puis droite ou vice-versa, permettant l'allongement et la détente de la colonne vertébrale.

Le genre de travail effectué était bien différent de la peinture et du détapissage. Plus d'une fois, j'avais ressenti l'état corporel du côté travaillé et perçu, par rapport à l'autre, une grande différence. Le côté travaillé s'étalait plus sur le tapis, existait différemment. S'opposaient la détente et la tension, chacun régnant silencieusement sur une moitié du corps. Deux semaines plus tôt, j'avais ressentis en relevant les genoux pliés, talons contre les fesses, ouverts au maximum, une agitation inconnue dans le bassin. Une petite et légère fermeture entraînant un mouvement curieux, incontrôlable, spontané. Théoriquement, la kiné définissait cette vibration comme la circulation de l'énergie. Énergie vibratoire musculaire qui se mettait en route certainement après les exercices de détente qui la précédait. Vibrations qui n'existaient guère dans le quotidien sinon lorsqu'on avait froid et que le corps se mettait à trembler pour se réchauffer. La sensation était similaire mais le froid n'en était pas la cause. Seul le mouvement lent de rapprochement des genoux la déclenchait dans le ventre.

La fatigue causée par les travaux entrainés par la peinture à la maison, avait eu raison de ma disponibilité à ressentir la vibration ; cette fois, seuls des frémissements parcouraient le bassin. Au départ du cours, j'avais demandé un exercice particulier où, avec les ouvertures des genoux fléchis, le bassin était posé sur deux balles de tennis pour en assurer le massage léger et lent. Deux semaines plus tôt, le tremblement avait eu lieu dans le bassin, plus fort que celui causé par la fermeture des genoux. Là aussi le tremblement avait perdu de son efficacité. Y avait-il encore quelque chose à décharger, une énergie à faire circuler ?

Rien ne s'était passé comme attendu. La fatigue sans doute. Résigné j'étais entré dans l'exercice suivant qui demandait de se poser sur un bâton couvert de mousse. Colonne vertébrale et bâton alignés, voisins mettaient légèrement le corps en équilibre sur un axe qui permettait à gauche et à droite un léger basculement, nous entraînant dans un univers artificiel. Cette position et cet exercice, faits pour détendre les cotés, les muscles étaient supposés assouplir le dos. Dès mon dos posé sur le bâton pour entrer dans l'exercice, mon corps se mit à trembler comme il n'avait jamais fait. Mes viscères étaient parcourus par un tremblement fort, puissant qui m'embarquait dans une sensation étrange, agréable même.

J'étais dans une pesanteur bien différente de la station debout, j'étais secoué comme un prunier pour reprendre une expression consacrée. Il me suffisait consciemment de pencher un peu sur la gauche le bassin, pour comme par magie, relancer le processus. J'étais un paquet vibrant que j'observais avec prudence. C'était étonnant, curieux. La seule explication au déclenchement physique incontrôlé était "Laissez circuler l'énergie, laissez faire". Si je rentrais dans le mental, le raisonnement, ne serait-elle pas bloquée?

J'étais entré me semble-t-il par cet exercice dans un autre monde, dans le monde des sensations où j'avais, par le hasard de mes activités passées, pénétré quelquefois. Une source existait à ce niveau, puissante, forte sur laquelle je n'avais aucun pouvoir sinon de modifier les éléments périphériques pour la mettre en route. Était-ce le "Qi "?

L'année d'exercice hebdomadaire m'avait conduit à vivre cet événement. J'étais le porteur innocent d'une énergie potentielle extraordinaire qui donnait des ailes, des forces. Etait ce une nouvelle drogue qui s'ouvrait en moi et me donnait des ailes ?

Après quelques temps de réflexion, je ne pouvais trouver dans mon expérience qu'un point de comparaison avec une énergie aussi forte venant de cette zone, de ces vertèbres sacrés. Sacrées vertèbres

Vertèbres sacrées plutôt, lieu d'une énergie vitale totalement indépendante de la volonté. Je revivais la première session de méditation avec Anand, l'indou. Là aussi nous étions régulièrement couchés sur le dos sur notre tapis à écouter sa voix nous guider, "à porter notre attention" sur un morceau de musique, à écouter les bruits environnants, à laisser aller le corps à la pesanteur sans intention sinon celle d'observer et le résultat était surprenant. Un éclair nerveux était parti de l'endroit douloureux où loge mon lumbago, pour traverser mon corps. La vibration, l'éclair était, monté vers ma gorge, ouvrant ainsi une porte mystérieuse. Ici, c'était du même genre : couché, guidé par une voix, m'attachant à exercer le mouvement demandé sans plus, sans intention, lentement mon corps s'exprimait, ouvrant un dialogue, écrivant une histoire nouvelle. J'avais vibré dans cette salle comme jamais avant, rayonnant d'une force particulière.

La séance de MLC terminée, comme souvent, l'on échange sur les événements. Je demandai à l'animatrice si elle m'avait vu vibré. Elle en confirma le mouvement et la force. Nous étions dans un échange à propos de l'énergie. Ma voisine, curieusement, parla de l'échange qu'elle avait avec son mari, en lui tenant la main. Échange de paix et de sensations agréables qu'elle partageait aussi avec un amie. Voulant étendre son champ de connaissances, elle me prit par la main pour voir si, à travers celle-ci, elle aurait la même sensation qu'avec son mari.

Qu'avait-elle perçu? C'était curieux, cette démarche spontanée.

Elle me renvoyait à une collègue de bureau qui après une session de méditation avait eu un réflexe de ce genre. Elle m'avait associé à son mari ,à un homme avec qui elle était en phase à la maison, et qu'elle retrouvait en phase au bureau.

Simplement par rayonnement de cette vibration, nous étions alignés en harmonie avec la vibration universelle qui nous traverse.

 

( Gymnastique douce. )