12/10/2013

Moments d'étonnements, moments de grâce.

ego,lever de soleil,étonnements

Les jours s'égrènent lentement. La chaleur nous surprend après un printemps et un début d'été qui n'en était pas. L'espace nous envahit nous éloigne du voisinage. Tout prend une autre forme, une autre dimension.

L'inconnu qui nous entoure laisse un vide angoissant à remplir, qu'il faut meubler par des points de repère.

La propriété est grande, elle a une limite que je cherche, les voisins sont rares, les quelques maisons sur le bas, semblent vides, la plupart travaillent et le matin, j'entends dans l'allée basse, le crissement des pneus de voitures qui s'éloignent lentement. Seuls les étudiants locataires au grenier et leurs réseaux apportent une animation déjà incongrue. Respectent-ils les consignes? Profitent-ils du départ des propriétaires pour s'approprier une autre partie des lieux ? Des allées et venues sont justifiées mais sont-elles habituelles? Je me sens un peu gardien, poseur de limite mais aussi en vacances. Les définir tout en n'ayant aucun droit.

Les portes de la cuisine et de la tour Sud, pour l'accès au second étage, sont voisines. Les chemins se croisent, les contacts sont distants. L'âge joue-t-il ? Est-ce notre statut, le rang social qu'ils nous projettent? Suis-je pour eux un prolongement du propriétaire ? À quel jeu me laisser prendre ? L'essentiel est la paix surtout, la beauté et la sérénité des lieux, la vie qui coule dans ce cadre inhabituel. Pourquoi l'encombrer de contraintes ?

L'escalier monumental intérieur m'obsède; par la taille de sa balustrade qui va jusqu'à fermer la mezzanine, par sa rampe en cordage d'amarre de navire, son vitrail. À lui seul, il occupe tout l'espace, sous un plafond en caissons décorés discrètement. Seul avantage, l'air frais qui fait un léger courant d'air bien apprécié lors de la chaleur de l'après-midi.

Lorsque les portes d'entrée sont fermées le soir et que la lumière en bas est éteinte, grâce à l'interrupteur de la première installation électrique, j'utilise une lampe de poche pour atteindre l'escalier. Je ne sais où est  celui qui allume à l'étage. Il se cache ou il n'existe plus.

L'obscurité tombe derrière moi et je me presse de retrouver la sécurité de l'étage plus étriqué, plus rassurant. Les fantasmes s'agitent prêts à me posséder. Je raisonne, je suis adulte. Il n'y a donc rien à craindre. Tous mes repères ont disparus, je ne sais plus spontanément où sont le Nord, le Sud. Les chemins vers la ville me perturbent, ils sont tellement différents.

Est-ce l'âge qui prime ou simplement ce que l'on appelle le dépaysement. J'arrive à peine à m'orienter, à poser des repères dans ces espaces inconnus.

Par la fenêtre de la salle de bains, j'admire un lever de soleil, la nature m'a tiré du lit. J'en profite pour admirer les différentes courbes qui se succèdent vers l'horizon, vers la montagne, en face, d'où est descend le fleuve. Depuis mon cours de dessin, je connais la valeur des ombres, je les observe, je les analyse. J'ai augmenté ma perception des couleurs, des blancs, des gris, je les perçois dans l'aube naissante.

Le bâtisseur futé qui, lors de la construction, plaça les fenêtres pour bénéficier du soleil levant devait aimer la préséance de sa fonction et la reconduisit dans ce bâtiment avec une chambre de plus de cinquante m², pour recevoir son ego. (1) Pour son bain matinal l'été quand il faisait beau, ce qui était fréquent, il avait le soleil sur le dos pour se réchauffer. C'était un connaisseur! Même les pierres surplombant les fenêtres de sa chambre ont des décorations supplémentaires. Il entendait faire savoir qu'il était le premier, le plus important, le maître. Son bâtiment était comme un navire, sa proue, la tour Est montrant sa puissance à ceux qui habitaient la plaine, Le flanc droit n'a pas cet aspect belliqueux, revêche, il est agréable ouvert sur le parc, confortable. Dans son intimité, loin de l'agitation, il profite de la nature. Les fenêtres s'ouvrent sur un parc nivelé, dans le creux de la combe, et sur une grande terrasse surplombant l'orangerie d'où l'on observe la ville. Dans son intimité, il se veut plus abordable, replié, discret.

C'est la bonne saison: tout semble parfait mais je ne m'imagine pas l'hiver ici. Je préfère mon petit intérieur discret bien chauffé avec tout son confort.

Faire provision de bien-être, de sensations pour plus tard, y repenser avec plaisir et satisfaction sans les soucis d'une propriété pesante, mangeuse d'énergie.

Bénis soient les liens qui m'ont ouverts leurs portes !

(1)  ( Le clos des combes.)

Les commentaires sont fermés.