18/01/2014

Passage de décennies.

anniversaire,garden party,autour de l'aîné,absence des amis,avcCette fête de famille pour la nouvelle décennie de l'aîné s'était passée sous le soleil. Événement aussi rare, cette année que les réunions familiales du clan. Son handicap avait modifié profondément la relation entre nous. La fête annuelle du 15 août chez lui n'avait plus eu lieu depuis son AVC. Cette fête de décennie en tenait presque lieu .(*)

Cette cassure entre la fête qu'il organisait chaque année et que sa fille cadette avait lancée chez elle lui avait fait perdre le leadership de chef de famille et le renvoyait à son hémiplégie qu'il n'avait jamais acceptée.

Une morosité profonde l'avait envahi et limitait les échanges que l'on pouvait avoir avec lui. Par cette différence d'organisation, il mesurait l'étendue des dégâts que son corps avait subis. Il n'avait pas passé le relais, un mauvais sort lui avait tout pris.

Nous essayions de le faire entrer dans la conversation, de l'intéresser à divers sujets mais rien à faire. Il était fixé sur son invalidité, sur l'état sans nuages qu'il l'avait toujours porté.

Sa place de leader lui avait été prise au cours des mois, sa mobilité ne faisait que de décliner par petites étapes. Son espace de liberté bien réduit qu'il connaissait diminuait régulièrement comme si son dommage initial n'était pas suffisant.

La souffrance de ses filles était perceptible. Elles avaient mis les petits plats dans les grands pour que la fête soit réussie - et elle l'était - mais son moral n'était pas remonté d'un cran, au contraire. C'était à la fois la fête mais dès qu'on s'en approchait chacun était confronté à sa triste réalité.

Qu'y faire ?

En prendre son parti, accepter mais ce n'était pas simple car il nous renvoyait à notre fragilité que l'on évitait à tout prix. Regarder où l'herbe était plus verte était notre défense, notre choix pour oublier les difficultés, les ennuis.

N'était-ce pas une fête ? Oui. Mais sa fête non.

Ce n'était pas facile à vivre.

Fallait-il trouver là, l'origine du peu d'amitiés qui avaient été conservées. Avant, tout le monde était là, prêt à répondre à ses invitations du temps où il animait la fête de l'été. Une joyeuse compagnie l'entourait pour se dorer au soleil, profiter des bons moments. Mais qui dans l'adversité, reste maintenant à son côté ?

La vie et toutes ses joies passaient avant le regard de compassion et la visite de soutien régulière. Plus d'une amitié, n'y avait pas résisté et c'était une partie du clan seulement, notre génération, qui l'assurait encore d'une présence régulière. Les liens frère et soeurs restaient, étaient les plus solides du moins jusqu'à présent. Les cousins ne venaient plus pour se protéger de cette piqûre de faiblesse et de fragilité.

Dans le passé, à la campagne la proximité de la famille, l'absence de TV rendaient les moments de proximité plus nombreux, plus valorisants devant la monotonie des jours. Maintenant les activités nombreuses, les voyages ouvraient tellement de portes qu'il n'y avait plus de temps pour entretenir la relation familiale et c'était surtout les plus faibles, les plus âgés qui portaient le poids de la solitude. Ce n'était pas la quantité qui comptait mais la régularité, l'assurance et la conviction données en visite que dans quelques semaines, une autre visite suivrait avec la rencontre et l'échange de souvenirs sans doute mais aussi avec l'actualité, des faits de vie qui pimentaient le quotidien.

La visite devenait alors comme une méditation, comme un moment d'arrêt dans le tourbillon quotidien, pour marquer une pause, un moment d'échange, de rencontres et d'humanité.

(*) L'impasse

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