26/01/2014

Je n'en peux plus, je le quitte.

divorce,quitter son père et sa mère,recommencementL'adage que répétait mon père, résonnait dans ma tête, une fois encore. Je me l'étais déjà répété mais après mon choix personnel. "Ah ! Si je l'avais compris, ma vie aurait sans doute été bien différente."

Mais le  temps était passé pour repartir à zéro, mon travail de père, de mari était accompli.

Cette phrase m'était revenue suite aux décisions de deux de mes enfants, de quitter leurs conjoints respectifs.

" Marie-toi à ta porte, avec des gens de ta sorte ! "

Phrase familiale ? Sagesse populaire sans doute ?

L'avait-il exprimée pour parler de son couple, de son expérience. Je ne le saurais jamais, il était bien trop tard. La phrase restait présente, en arrière-plan pourtant, dans le tumulte de la vie et des événements qui se suivent sans trop que je sache pourquoi.

Mon ainée s'était fixée à la campagne dans une atmosphère proche de celle de mon enfance, curieusement car son univers familial était bien différent, s'apparentant plus à la ville qu'à la campagne. Ils avaient fait leur nid à portée de fusil, des parents de son compagnon, presque sous leur tutelle ou du moins selon leur mode de vie et de pensées.

Ma fille avait fait comme ma mère qui avait quitté l'atmosphère de la ville pour s'installer à la campagne, dans la maison de son mari, à deux pas de sa belle-mère.

Le parallélisme entre leur situation et celle de ma mère m'apparaissait comme évident, à présent, que leur couple battait de l'aile. Elle était rentrée, comme maman dans un monde particulier avec lequel elle n'avait aucune attache et elle l'avait endossé, avec la charge de trois enfants.

En tant que mère la situation de ma fille était idéale, les services de dépannage à proximité lui permettaient d'assumer sa profession de manière plus facile. Mais quel en avait été le poids, le tribu?

Avait-elle payé l'inadéquation entre son milieu de vie et ses aspirations, par ses problèmes de santé, et l'entrée en dépression pour l'univers de femmes qu'elle avait dû sacrifier.

Une génération n'est pas l'autre, mais les points communs entre ma mère et ma fille me frappaient l'esprit. Y avait-il eu transmission d'un schéma de vie vers elle, par moi ? Voulait-elle résoudre un conflit latent qui s'était installé dans le passé ?

À ces points communs pouvait s'ajouter cet héritage concernant leur santé et qui était un questionnement au sujet de non-dit.

Émergeait de ma mémoire, le placement de mon frère aîné vers sept-huit ans chez ma tante maternelle, soi-disant pour améliorer ses résultats scolaires par la fréquentation d'une école de ville. Indice d'un mal-être dans la famille et d'une impossibilité de la part de ma mère à gérer le quotidien.

La question de ce placement n'avait pas eu de réponse dans ma fratrie à part le fait, il n'y avait pas de sens mémorisé. Comment retrouver la vérité de l'histoire quand les mots n'ont pas été prononcés quand il le fallait ? Question santé, côté mère, j'avais mémorisé sa santé fragile du côté des bronches, et l'une ou l'autre bronchite qui l'avait affectée.

Ce symptôme représentait pour moi à présent le sens caché d'un manque d'air que sa situation avait rendu irrespirable et qu'elle s'était empressée de quitter quelques mois après la mort du père retrouvant une énergie que j'avais imaginée bridée.

Mon choix de son prénom, proche de celui de ma grand-mère paternelle, pour nommer mon aîné était aussi un indice qu'il fallait ajouter à ces suppositions pour explorer les mémoires passées.

La toux qui avait affecté ma fille pouvait correspondre à un héritage de mon côté, tout autant que du côté de mon épouse, là où la grand-mère était morte de ce qu'on appelait une phtisie galopante. Histoire d'air manquant par un dépaysement dans une autre ville avec une langue étrangère d'où sa fragilité des bronches.

 Ma fille avait tranché le noeud gordien(*) qu'elle avait voulu soigner à distance par son métier d'infirmière. Sa survie était dans le changer d'air car elle n'avait pas à soigner les anciennes blessures tant de mon côté que du côté de son homme. Chacun a ses propres problèmes à prendre en charge, ils sont déjà suffisants sans s'encombrer encore de ceux des autres.

Elle semblait être dans sa vérité, quitter l'atmosphère lourde et pesante dans laquelle elle vivait. Elle avait la responsabilité d'être une mère suffisamment bonne, elle ne pouvait se charger de celle de la mère parfaite écrasant la femme en elle.

Dilemme à résoudre. Sens à donner aux événements dans lequel elle nous plongeait.

(*)  Séparation.

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