28/01/2014

En rencontrant son amie.

P1030047.jpgAvant qu'il ne descende de la salle de bains, j'avais demandé à mon petit-fils de me rappeler qui était son parrain et sa marraine. Hier à la fête d'anniversaire, aucun n'était présent, contrairement à l'habitude. Cette absence avait entraîné ma réflexion et des idées s'étaient, malgré moi, dévidées venant d'un écheveau quelque part en moi.

Entouré par l'eau du bain, élément Yin par excellence, les idées flottaient, se cognaient lentement et j'observais. Le fil semblait ténu, fragile, difficile à définir. Où était la logique derrière celles-ci ? Un tri s'avérait nécessaire.

Trouver où ces pensées me conduisaient. Avec un objectif, les mises en évidence d'un élément du système familial qui souffrait beaucoup ces jours-ci. Les pensées étaient là en vrac, avaient-elles un sens ?

 Les personnes semblaient jouer un rôle prédominant, un peu comme des pièces complémentaires et faisaient miroir.

L'année dernière, à l'hôpital de jour, mon aînée s'était liée d'amitié avec une femme plus âgée qu'elle, en dépression elle aussi. Comme elle souhaitait utiliser son temps de convalescence de manière concrète, nous l'avions engagée pour tapisser pendant deux jours. Sympathique en confiance, elle nous avait parlé de son ressenti, de l'anorexie latente qui la poussait après s'être nourrie à se faire vomir, de sa relation difficile à la nourriture. Elle parlait aussi de l'emprise que son père avait encore sur elle, moins par la violence comme autrefois mais par sa présence permanente pour compenser l'autonomie qu'elle n'avait pas pu avoir en refusant d'apprendre à conduire une voiture.

La relation père-fille était tordue, inachevée n'ayant pas suivi le chemin nécessaire à l'autonomie.

L'amitié entre elle et ma fille faisait miroir, des points leur étaient communs.

Mon aînée avait été à deux doigts de tomber dans l'anorexie (1), par chance suite à nos retrouvailles, elle s'en était sortie. Nous avions pu rétablir une relation vraie père-fille entre elle et moi. Elle pouvait en confiance s'appuyer sur moi sans craindre l'aspect mâle en moi. L'interdit de l'inceste lui avait été signifié. Je la respectai, elle n'avait pas à craindre de grandir et devenir femme d'un côté. De l'autre, elle pouvait se reposer dans les bras de son père si elle le souhaitait pour refaire ses forces.

Sa difficulté de couple venait peut-être de cet aspect inachevé entre son compagnon et leur fille. Il restait dans un espace intermédiaire, ne pouvait la rendre femme, car il était trop père normatif, distant. Il ne savait pas négocier sa relation à la femme.

Avait-il rassuré ma petite fille, de sa place de père respectueux, au delà du père normatif qu'il était fort, appliquant l'interdit de l'inceste pour lui permettre de grandir et d'aller vers l'autre sexe, sans crainte ?

Avait-elle reçu clairement le message qu'une amitié profonde père-fille se vit dans la tendresse et l'affection sans aspect sexuel, qu'elle est au bord d'un stade de sa vie où elle va rencontrer les garçons et qu'elle entre dans un type de relations bien différent qui lui ouvre les portes de la sexualité.

À entendre ses difficultés à propos de l'énurésie, j'en doutais. Elle voulait rester petite fille pour ne pas affronter ce problème.

 

(1) Re-naissance

26/01/2014

Je n'en peux plus, je le quitte.

divorce,quitter son père et sa mère,recommencementL'adage que répétait mon père, résonnait dans ma tête, une fois encore. Je me l'étais déjà répété mais après mon choix personnel. "Ah ! Si je l'avais compris, ma vie aurait sans doute été bien différente."

Mais le  temps était passé pour repartir à zéro, mon travail de père, de mari était accompli.

Cette phrase m'était revenue suite aux décisions de deux de mes enfants, de quitter leurs conjoints respectifs.

" Marie-toi à ta porte, avec des gens de ta sorte ! "

Phrase familiale ? Sagesse populaire sans doute ?

L'avait-il exprimée pour parler de son couple, de son expérience. Je ne le saurais jamais, il était bien trop tard. La phrase restait présente, en arrière-plan pourtant, dans le tumulte de la vie et des événements qui se suivent sans trop que je sache pourquoi.

Mon ainée s'était fixée à la campagne dans une atmosphère proche de celle de mon enfance, curieusement car son univers familial était bien différent, s'apparentant plus à la ville qu'à la campagne. Ils avaient fait leur nid à portée de fusil, des parents de son compagnon, presque sous leur tutelle ou du moins selon leur mode de vie et de pensées.

Ma fille avait fait comme ma mère qui avait quitté l'atmosphère de la ville pour s'installer à la campagne, dans la maison de son mari, à deux pas de sa belle-mère.

Le parallélisme entre leur situation et celle de ma mère m'apparaissait comme évident, à présent, que leur couple battait de l'aile. Elle était rentrée, comme maman dans un monde particulier avec lequel elle n'avait aucune attache et elle l'avait endossé, avec la charge de trois enfants.

En tant que mère la situation de ma fille était idéale, les services de dépannage à proximité lui permettaient d'assumer sa profession de manière plus facile. Mais quel en avait été le poids, le tribu?

Avait-elle payé l'inadéquation entre son milieu de vie et ses aspirations, par ses problèmes de santé, et l'entrée en dépression pour l'univers de femmes qu'elle avait dû sacrifier.

Une génération n'est pas l'autre, mais les points communs entre ma mère et ma fille me frappaient l'esprit. Y avait-il eu transmission d'un schéma de vie vers elle, par moi ? Voulait-elle résoudre un conflit latent qui s'était installé dans le passé ?

À ces points communs pouvait s'ajouter cet héritage concernant leur santé et qui était un questionnement au sujet de non-dit.

Émergeait de ma mémoire, le placement de mon frère aîné vers sept-huit ans chez ma tante maternelle, soi-disant pour améliorer ses résultats scolaires par la fréquentation d'une école de ville. Indice d'un mal-être dans la famille et d'une impossibilité de la part de ma mère à gérer le quotidien.

La question de ce placement n'avait pas eu de réponse dans ma fratrie à part le fait, il n'y avait pas de sens mémorisé. Comment retrouver la vérité de l'histoire quand les mots n'ont pas été prononcés quand il le fallait ? Question santé, côté mère, j'avais mémorisé sa santé fragile du côté des bronches, et l'une ou l'autre bronchite qui l'avait affectée.

Ce symptôme représentait pour moi à présent le sens caché d'un manque d'air que sa situation avait rendu irrespirable et qu'elle s'était empressée de quitter quelques mois après la mort du père retrouvant une énergie que j'avais imaginée bridée.

Mon choix de son prénom, proche de celui de ma grand-mère paternelle, pour nommer mon aîné était aussi un indice qu'il fallait ajouter à ces suppositions pour explorer les mémoires passées.

La toux qui avait affecté ma fille pouvait correspondre à un héritage de mon côté, tout autant que du côté de mon épouse, là où la grand-mère était morte de ce qu'on appelait une phtisie galopante. Histoire d'air manquant par un dépaysement dans une autre ville avec une langue étrangère d'où sa fragilité des bronches.

 Ma fille avait tranché le noeud gordien(*) qu'elle avait voulu soigner à distance par son métier d'infirmière. Sa survie était dans le changer d'air car elle n'avait pas à soigner les anciennes blessures tant de mon côté que du côté de son homme. Chacun a ses propres problèmes à prendre en charge, ils sont déjà suffisants sans s'encombrer encore de ceux des autres.

Elle semblait être dans sa vérité, quitter l'atmosphère lourde et pesante dans laquelle elle vivait. Elle avait la responsabilité d'être une mère suffisamment bonne, elle ne pouvait se charger de celle de la mère parfaite écrasant la femme en elle.

Dilemme à résoudre. Sens à donner aux événements dans lequel elle nous plongeait.

(*)  Séparation.