06/03/2014

Fête du clan, la dernière.

fête de famille,le clan,la tradition

Les fêtes de famille m'avaient épuisé surtout celle du clan qui était cette année à ma charge. Mes deux soeurs et leurs familles étaient présentes mais mon frère n'avait pu, vu son handicap, y assister et ses filles s'étaient excusées. En recevant l'information, je l'avais regretté car le clan n'était pas complet mais, au cours de la préparation de l'espace d'accueil et du repas, je m'étais rendu compte d'une mauvaise estimation de l'espace nécessaire. En définitive, heureusement qu'elles ne venaient pas car huit places supplémentaires n'étaient pas érables.

J'étais complètement débordé par le choix du menu, difficile à organiser : l'idée initiale d'un potage et d'un plat à réchauffer aurait largement simplifié le travail et nous avions pris l'option buffet. Mon stress était grand et les conflits nombreux avec mon épouse qui ne pouvait mettre des priorités, faire des choix simples et les exécuter rapidement . Elle voulait apporter son souci du détail dans des préparations futiles soi-disant esthétiques. Deux jours de tension avaient donc précédés le jour J. De plus, elle avait voulu aussi, envers et contre tout, maintenir pour la veille, une réunion dont le report s'imposait.Cette réunion avait sensiblement augmenté le stress et éparpillé les différentes tâches.

Retrouver le clan était un plaisir profond  que nous avions perpétué après la mort du père et chacun  y était présent avec ses enfants. Puis avec le temps, les beaux enfants, les petits-enfants, l'exercice était devenu de plus en plus difficile. Les aînés des petits-enfants s'éloignaient, les beaux enfants renâclaient. Le handicap de mon frère avait été le signal le plus net pour mettre en avant l'impossibilité de poursuivre ce trajet qui voyait en cette fête sa dernière mouture.

La dernière réunion que j'avais organisée avait été un fiasco complet suite à une tempête de neige.(1) Seuls mes enfants, arrivés le jour avant, étaient présents et la fête du clan avait été annulée. Un avertissement du destin pour mettre un terme à une histoire qui appartenait maintenant au passé .

Nous devions aller vers d'autres horizons, faire d'autre choix, nous laisser entraîner par le fleuve de la vie et ne pas lutter à contre-courant.

Comment lutter encore alors que deux de mes enfants venaient de se séparer. L'image idéale de mon clan était écornée, le grand tout n'existait plus, ni dans une fête, ni dans la réalité.

L'individualisme triomphait, la grande famille ne faisait pas le poids devant les city-trips divers offerts par la société. Les opportunités multiples, les vacances de toutes sortes, rendaient le mode de vie de mon enfance si loin qu'il valait mieux l'oublier.

Pourtant de voir ceux qui étaient là autour de nous me plaisait, renforçait l'impression de sécurité, de permanence. Cette fête était l'antidote pour résister à la détresse de voir le frère ainé dans son état déplorable avec une autonomie minimale, rangé qu'il était dans ce qu'il appelle pompeusement "sa résidence de services". En compensation de cette infidélité à l'image du tout, nous avions pris le parti de le rencontrer autour d'une table une semaine plus tard mais la communication manquée avec le responsable du restaurant n'avait pas permis d'organiser le repas. Il y avait comme un blocage à cette envie de maintenir la tradition. Il me fallait voir le monde non pas en regardant en arrière mais en ouvrant à ce qui était possible avec les candidats à la fête. "Qui m'aime me suive " devait être le slogan et non "Venez, c'est la réunion du clan, vous y êtes priés."

(1)  Le gite.   

 

Les commentaires sont fermés.