30/03/2014

Tout ne va pas aussi mal ou aussi bien qu'on le pense.

deuils non faits,rupture,séparationCette phrase m'avait été transmise par une amie dans sa réponse par mail, au sujet de la séparation du couple de ma fille. Elle lui avait été léguée par son père. Cette citation était  pour moi entièrement neuve et pour la première fois dans ma culture, j'approchais ce concept.

Lors des méditations, j'en avais entendu une autre très profonde tournant autour du sujet, essayant elle aussi d'appréhender les incidents de la vie.

Bonheur, malheur. Qui sait ? Leitmotiv d'une histoire à rebondissements où chaque déboire de la vie, trouve quelque temps plus tard, un bénéfice.

Mystère de l'épreuve reçue comme la taille d'un arbre ou à la fois, on imagine la souffrance de l'arbre mais aussi la promesse de beauté ou de fruits.

Cette phrase m'avait ému aux larmes, sa compassion venait à point. Elle proposait d'en parler et nous avions pris date. Elle semblait comprendre notre besoin primordial de chercher le sens de l'événement, de lui permettre de s'écouler plus loin pour que le flux de vie ne soit pas enfermé, qu'il coule librement.

À ce petit signe de reconnaissance de notre douleur de parents, s'ajoutait la mienne.

Déjà lors d'une nuit précédente une tristesse profonde s'était manifestée sans qu'elle puisse se dire, s'approcher. Ces  larmes souterraines s'étaient approchées de mes yeux, sans les baigner puis comme la marée, elles s'étaient retirées proches et lointaines, à la fois.

Samedi jour de ma fête patronale, jour de déménagement de mon aînée, les larmes s'étaient immiscées à nouveau dans mon travail de transport des meubles et des objets. Discrètes, elles étaient montées au balcon, m'avaient marqué de leur sceau.

Quelquefois, j'avais croisé le regard de mon beau-fils non officiel et perçu son désarroi, face à la petite équipe qui emportait les uns après les autres, certains objets de leur foyer. Il devrait lui aussi être dans le même état de tristesse. Il devait  être entraîné, par la force des événements, dans la douleur de la séparation. Voir tout son univers de couple, voler en éclats ne devait pas être simple et facile. Il tournait en rond, donnait parfois son avis sur la liste de séparation qu'ils avaient établies quelques jours avant, comme un préposé au contrôle de son propre entaillage.

Cette tristesse était-elle la sienne, était-je buvard ?

Cette séparation marquée, maintenant dans les objets, me touchait profondément. L'image d'une famille réussie comptant tous ses membres, l'image du bonheur familial, venait de voler en pièces. Mon bel édifice avait disparu, ne laissant après le passage de cet ouragan d'incompréhension, que désolation. Souffrance que je partage avec ma fille car j'y suis mêlé de près. Douleur que l'incompréhension et la distance apportent pour le fils installé pour l'heure, dans un meublé, suite à son départ. Oui, j'étais face au deuil d'une famille idéale, dans la douleur de la séparation vécue par mes petits-enfants et mes beaux enfants.

Et quelque part en moi, un deuil non fait, ancien, poussait la tête, sortant de son immobilité et de l'oubli : le deuil de mon premier amour. J'avais été éconduit peu après la mort de son père sans beaucoup d'explications, sans que je puisse y mettre un sens, à ce moment.

Ma douleur était forte, puissante, lancinante, j'étais une âme en peine et aucune larme n'avait été versée, aucun mot, n'avait été mis sur la séparation, ni de son côté, ni du mien. Ce déchirement m'avait poursuivi de nombreux mois et aucune oreille attentive, ne m'avait entendu. Une chape de plomb avait été mise sur l'événement et le temps l'avait effacé de ma mémoire. Une page s'était tournée. De part et d'autre comme consolation, je recevais seulement la phrase habituelle dans ces circonstances. "Une de perdue, dix de retrouvée. Chacun minimisait ma souffrance. Les semaines s'étaient écoulées et la peine s'était endormie dans l'activité des jours de mon entrée dans la vie professionnelle. Les associations d'idées se poursuivaient, s'additionnaient, se cognaient. Un élément jamais pris en considération, son prénom. Avec étonnement, je le reliais à celui de ma mère, c'était son diminutif.

Comme si inconsciemment, je cherchais chez elle, une image de ma mère et une consolation, une réactualisation d'un attachement  archaïque. Était-ce elle que je rencontrais ou était-ce l'empreinte de ma mère ? Notre relation semblait fusionnelle, hésitait à se déployer dans l'espace, manquant de dynamisme, d'autonomie, de projets. Elle en était le moteur par son dynamisme, sa manière d'être. Curieusement le couple que constituait ma fille était du même ordre, lui était à la traîne, comme moi. Détail surprenant, ma fille habitait à quelques pas de l'endroit où mon ancienne fiancée s'était installée. Elles s'étaient peut-être même rencontrées.

Hasard des rencontres, lien mystérieux influençant toujours le choix parce que non dit, non terminé. Souffrance mal soignée, toujours présente dans le fond de l'âme et qui réclame par toutes les voies d'être, entendue et considérée.

(1) Je n'en peux plus, je le quitte.

( ) La reconnaissance du ventre.

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