09/06/2014

Vacances de Carnaval.

La fête de famille s'était terminée hier un peu trop rapidement à mon goût mais la rentrée d'école demain après la semaine de vacances nécessitait un minimum de préparation. Dès dix-huit heures, j'avais pris le volant pour reconduire chez elle, mon aînée et ses enfants.(*)

Elle avait encore le bras droit plâtré pour une semaine.

Notre souhait de respecter le projet de fête malgré des indices négatifs nous avait conduit dans cette impasse. J'avais manqué de lucidité et de prévoyance mais le vin étant tirer, il fallait le boire. Pendant les derniers kilomètres, j'avais relevé un élément de gestion domestique qui me semblait important ; sa facture d'électricité. Avec son chauffage électrique, il était important de suivre non seulement la consommation mais aussi la facturation.

Le fournisseur souhaitait pour établir la première facture, suivre sa consommation pendant plusieurs mois.

Aussi je m'inquiétais. « As-tu fait une provision pour ton chauffage électrique ! »

"Comment veux-tu que je fasse une provision, je termine le mois avec trois Euros "me dit-elle.

Sa réponse me coupa le souffle et une bouffée de colère m'envahit. Je la maîtrisais tant bien que mal et ne pu dire qu'une chose « Alors il ne faut plus boire des soft-drinks ! » Manière détournée d'introduire la notion de restrictions pour y arriver. La réponse n'était pas idéale mais je avais rien pu dire d'autres. L'enjeu était de taille mais comment aller plus loin pour la raisonner, la conseiller devant les enfants. Mes interventions un peu directives n'auraient apporté que la réponse qu'elle m'avait déjà faite.

« Mais Papa, tu me fais de la morale! »

Définitivement, nous n'étions pas égaux dans l'échange, je restais le père et elle rejetait d'office la discussion. Il ne lui était pas possible d'aborder le problème de manière très mathématique. Elle y mêlait la relation.

Plus d'une fois, ces derniers temps, je l'avais vue faire des achats inconsidérés selon moi. Loin de la sobriété qui était de mise dans la voie qu'elle avait choisie. Elle ne voulait pas diminuer le confort de ses enfants, par moins d'activités payantes, ni se priver d'une sortie ou du plaisir d'un achat dans ses magasins préférés.

La vie continuait dans sa tête comme avant, pourquoi dépenser moins. La dure réalité n'était pas encore là.

Elle reproduisait le schéma qui m'avait tant secoué à l'époque où j'étais au chômage bien des années plus tôt. Sa mère refusait d'introduire dans le quotidien des contraintes restrictives. Il fallait vivre comme avant l'épisode. Il n'était par principe que passager sans doute mais je l'avais compris plus tard, mon épouse ne s'était pas positionnée comme partenaire de mon problème en relevant les manches jusqu'au coude, pour se battre avec moi, de son côté par des choix plus judicieux et sobres. Mais n'avait nié l'épisode difficile que je traversais en ne tenant pas compte de mes craintes d'épuiser nos faibles réserves. Elle avait fait l'impasse sur mes préoccupations réalistes.

Vingt ans plus tard, ma fille se positionnait de la même façon, à faire comme si l'épreuve n'était pas là, en ne tirant pas des conclusions immédiates.

Au fond, comment lui reprocher de faire l'autruche. C'est ce qu'elle avait vu pendant sa jeunesse, du temps de son adolescence. Elle ne faisait que reproduire un schéma de crise.

Que faisait mon beau-père dans cette période. N'avait-il pas soutenu bien malgré moi, sa fille pour qu'elle garde son standing. Ne lui avait-il pas évité le principe de la réalité des choses, des conséquences de sa situation.

Dans quelques mois, j'en étais sûr, elle allait venir me demander compréhension et soutien financier pour continuer à garder ce standing, qu'elle estimait nécessaire pour ses enfants.

Comme si son choix de quitter le père de ses enfants ne signifiait pas, aussi,  sa complète autonomie et son entière responsabilité. Et surtout pas le retour à une relation au père, par le biais financier.

Qu'avait-elle voulu dire réellement quand je l'entendais lors de sa dernière visite s'exprimer en ces termes. "Je ne veux plus de père, je veux un homme!"

Mais elle retombait dans mon filet de soutien paternel.

* (Je n'en peux plus, je le quitte.)

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