17/06/2014

Nouveau mail du fils.

transmission père-fils,synchronicité,méditation,être filsLe coup d'oeil sur le dernier mail de mon fils m'étonna profondément. Ce n'était plus un bout de phrase, sans introduction, sans conclusion. Le schéma du texte était classique, structuré.

Cette nouvelle manière de faire était un point d'inflexion qui ouvrait une nouvelle atmosphère. Son approche écrite venait de basculer. Le changement dans son message écrit correspondait au changement de ses messages verbaux.

Depuis depuis quelques semaines, en effet, j'avais été agréablement surpris par la douceur de son intonation, la chaleur de son phrasé. Son expression depuis notre entretien en tête-à-tête au "Brass-temps" avait encore évolué. Quelque chose d'impalpable s'exprimait. Sa rupture familiale avait sans doute contribué au basculement de ses valeurs. Ses réactions n'étaient plus les mêmes vis-à-vis de moi.

Pour mon épouse, les choses étaient bien différentes. L'animosité qui se vivait entre elle et lui ne s'était guère modifiée de son côté. Pourtant, elle ne voulait plus absolument lui donner des objets sensés lui faire plaisir. Elle avait décidé d'être en retrait, d'attendre sa demande. Elle abandonnait ses appels intempestifs et inappropriés. Elle attendait, et me chargeait à présent de tous les contacts tant téléphoniques qu'électroniques.

Les liens familiaux se modifiaient fondamentalement depuis quelques mois. Ce mail était le dernier signe de l'évolution de la relation et j'en avais été touché profondément.

Le contexte était le suivant. Son fils partait en classe verte une semaine et cela pour la première fois. Il avait choisi de lui écrire. Assez fusionnel avec celui-ci, il avait pris distance par les circonstances et lui écrivait sans doute avec émotion. 

Son mail comportait en Objet, le mot "Sensation."

C'était un des thèmes de notre entretien à la brasserie.(1)

Il me disait.

"Voilà simplement pour te dire ce que c'est gai d'écrire, Papa à son fils, un moment d'émotion ..... Merci Papa."

 Se voyant père dans la relation avec son fils, il était touché et reconnaissait que lui aussi était fils et que j'étais son père. Est-il meilleur exemple de la transmission. Nous étions dans la lignée des pères par son inscription dans celle-ci. Phrase précieuse que je me dois de garder comme balise d'une relation que je tentais d'établir avec lui. Celle de père à fils et qui commençait à s'ouvrir de son côté.

Il se livrait aussi à son ressenti, se voyait père et acceptait qu'il était fils. 

Lui qui était toujours plongé dans l'action, se retrouvait je dirais dans la méditation. Il regardait et ressentait un événement simplement.

Quel beau cadeau que celui-là. Moment précieux qui nous relie par l'archétype du père, chacun dans son attention à la chair de sa chair. Vibrant dans l'émotion profonde de ce lien essentiel qui nous liait, liens venant du fond des âges dans et vers l'éternité.

Lien brisé par rapport à mon père et mon grand-père, absence de lien qui me tourmente et  j'essayais de remettre en vie. 

Petit clin d'œil du hasard, de la synchronicité,

A ce moment dans mon quotidien, j'étais concentré sur l'écriture d'un texte à propos de la transmission, pour une revue familiale (2),  j'en vivais une des plus vitales via ce mail.

 

(1) Le rendez-vous du 17 au Brasse-temps.

(2) A propos de la transmission.

09/06/2014

Vacances de Carnaval.

La fête de famille s'était terminée hier un peu trop rapidement à mon goût mais la rentrée d'école demain après la semaine de vacances nécessitait un minimum de préparation. Dès dix-huit heures, j'avais pris le volant pour reconduire chez elle, mon aînée et ses enfants.(*)

Elle avait encore le bras droit plâtré pour une semaine.

Notre souhait de respecter le projet de fête malgré des indices négatifs nous avait conduit dans cette impasse. J'avais manqué de lucidité et de prévoyance mais le vin étant tirer, il fallait le boire. Pendant les derniers kilomètres, j'avais relevé un élément de gestion domestique qui me semblait important ; sa facture d'électricité. Avec son chauffage électrique, il était important de suivre non seulement la consommation mais aussi la facturation.

Le fournisseur souhaitait pour établir la première facture, suivre sa consommation pendant plusieurs mois.

Aussi je m'inquiétais. « As-tu fait une provision pour ton chauffage électrique ! »

"Comment veux-tu que je fasse une provision, je termine le mois avec trois Euros "me dit-elle.

Sa réponse me coupa le souffle et une bouffée de colère m'envahit. Je la maîtrisais tant bien que mal et ne pu dire qu'une chose « Alors il ne faut plus boire des soft-drinks ! » Manière détournée d'introduire la notion de restrictions pour y arriver. La réponse n'était pas idéale mais je avais rien pu dire d'autres. L'enjeu était de taille mais comment aller plus loin pour la raisonner, la conseiller devant les enfants. Mes interventions un peu directives n'auraient apporté que la réponse qu'elle m'avait déjà faite.

« Mais Papa, tu me fais de la morale! »

Définitivement, nous n'étions pas égaux dans l'échange, je restais le père et elle rejetait d'office la discussion. Il ne lui était pas possible d'aborder le problème de manière très mathématique. Elle y mêlait la relation.

Plus d'une fois, ces derniers temps, je l'avais vue faire des achats inconsidérés selon moi. Loin de la sobriété qui était de mise dans la voie qu'elle avait choisie. Elle ne voulait pas diminuer le confort de ses enfants, par moins d'activités payantes, ni se priver d'une sortie ou du plaisir d'un achat dans ses magasins préférés.

La vie continuait dans sa tête comme avant, pourquoi dépenser moins. La dure réalité n'était pas encore là.

Elle reproduisait le schéma qui m'avait tant secoué à l'époque où j'étais au chômage bien des années plus tôt. Sa mère refusait d'introduire dans le quotidien des contraintes restrictives. Il fallait vivre comme avant l'épisode. Il n'était par principe que passager sans doute mais je l'avais compris plus tard, mon épouse ne s'était pas positionnée comme partenaire de mon problème en relevant les manches jusqu'au coude, pour se battre avec moi, de son côté par des choix plus judicieux et sobres. Mais n'avait nié l'épisode difficile que je traversais en ne tenant pas compte de mes craintes d'épuiser nos faibles réserves. Elle avait fait l'impasse sur mes préoccupations réalistes.

Vingt ans plus tard, ma fille se positionnait de la même façon, à faire comme si l'épreuve n'était pas là, en ne tirant pas des conclusions immédiates.

Au fond, comment lui reprocher de faire l'autruche. C'est ce qu'elle avait vu pendant sa jeunesse, du temps de son adolescence. Elle ne faisait que reproduire un schéma de crise.

Que faisait mon beau-père dans cette période. N'avait-il pas soutenu bien malgré moi, sa fille pour qu'elle garde son standing. Ne lui avait-il pas évité le principe de la réalité des choses, des conséquences de sa situation.

Dans quelques mois, j'en étais sûr, elle allait venir me demander compréhension et soutien financier pour continuer à garder ce standing, qu'elle estimait nécessaire pour ses enfants.

Comme si son choix de quitter le père de ses enfants ne signifiait pas, aussi,  sa complète autonomie et son entière responsabilité. Et surtout pas le retour à une relation au père, par le biais financier.

Qu'avait-elle voulu dire réellement quand je l'entendais lors de sa dernière visite s'exprimer en ces termes. "Je ne veux plus de père, je veux un homme!"

Mais elle retombait dans mon filet de soutien paternel.

* (Je n'en peux plus, je le quitte.)