21/09/2014

Première video conférence.

Ma plus jeune était au bout du fil." Est-ce que je peux te parler, rien qu'à toi » "Oui pas de problème, je suis dans mon bureau. Si on faisait un Skype? " "Pourquoi pas! "

Cela avait toujours été mon souhait pour augmenter la fréquence des contacts avec mes enfants et mes petits-enfants mais ce n'était pas simple de les convaincre de ce mode de communication. Ce n'était pas encore dans les habitudes et puis il y avait aussi les problèmes techniques.

"Attends un moment, j'allume mon PC. "dit-elle !

Je l'avais appelée immédiatement et déjà son visage était sur mon écran mais dans un format différent de celui que je connaissais. "Tu m'as appelée sur mon GSM, dit-elle mais je n'ai pas envie de l'utiliser mon image ne me plaît pas." "Je t'appelle via mon PC."

Petit détail qui a son importance et qui me prouve que de plus en plus, elle s'attache à son apparence extérieure et qu'elle a changé.

La liaison est excellente, l'image idéale. Les prémisses étant débroussaillés, nous pouvions parler et entrer directement dans le sujet. Cela me faisait craindre un problème car en plus elle demandait que je n'en parle pas à sa mère.

En quelques mots, elle m'expliqua alors son questionnement. Depuis qu'elle avait donné son préavis pour le temps plein qu'elle avait décroché l'année dernière, ses revenus s'étaient effondrés. Elle se sentait entretenue par son mari et cela la mettait mal à l'aise. La différence salariale était trop grande, elle ne pourrait plus dépenser comme avant et elle entamait ses réserves.

Tranquillement, nous avions échangé quelques hypothèses, fait le tour de leur mode de fonctionnement pour ouvrir des pistes.

Il fallait être concret, parler chiffres. Une des pierres d'achoppement de sa réflexion était le compte du mois de mai. Contrairement à l'habitude, il n'y avait pas de surplus à partager, vu une grosse dépense. L'écart entre leurs revenus avant était acceptable mais maintenant, depuis ce mi-temps, celui-ci faisait problème.

Sa qualité de vie s'était améliorée sans doute mais financièrement elle butait sur l'écart entre leurs revenus qui avait plus que triplé . Elle ne le supportait pas. Au nom de l'égalité entre hommes et femmes, elle ne faisait plus le poids, vu son petit salaire.

La conversation était agréable, nous avions exploré quelques pistes pour essayer de trouver un sens à ce qu'elle vivait, pour essayer d'évaluer de manière juste cet écart.

Le problème avait débuté déjà lors du contrat de mariage où dans la liste des biens apportés à la communauté, elle n'avait rien pu aligner, ni carnet d'épargne, ni valeurs mobilières ou immobilières. Elle arrivait les mains vides. Pour faire bonne contenance face au notaire, elle m'a rappelé un des arguments qu'elle avait apporté.

Elle venait avec ses ovules.

L'image était amusante, surprenante car qui aurait imaginé une telle réponse.

Après quelques temps d'échange, une notion est apparue, il ne fallait pas comparer argent et services. Tout ne se résumait pas à une affaire de salaires. Si d'un côté il y avait une bonne paie, n'y avait-il pas de l'autre côté de la balance des services apportés dont le coût n'était pas négligeable.

Reprendre les enfants à l'école, passer l'après-midi de congé avec eux , faire les courses, prendre le temps de les habiller, s'occuper du linge nécessitait non pas seulement de l'argent et du temps mais aussi des compétences monnayables chez autrui. Il fallait mettre ces faits dans la balance et s'attribuer un salaire pour ces prestations unilatérales, supportées surtout par elle. Sans compter les heures de travail, de repassage, de rangement qui étaient faites de son côté en plus des heures prestée pour l'employeur.

Reprendre aussi les enfants en soirée constituait un travail d'une durée mesurable en temps et en contraintes évitée à son mari.

Au fond me dit-elle on ne peut pas comparer des pommes et des poires.

Les salaires sont comparables sans doute mais il y a d'un côté de nombreux services gratuits. Il convient de les évaluer en couts extérieurs pour une comparaison équitable.

L'idée lui semblait juste et intéressante mais laissait aussi apparaître un manque fondamental de réflexions.

Les échanges visuels et verbaux se poursuivaient avec sérieux et nous cherchions à clarifier son problème. Je servait de miroir.

En la regardant, je voyais à l'occasion que ses yeux regardaient vers le bas. Elle notait des arguments, j'en étais sûr. N'était-ce pas un bon moyen de sortir de sa gêne d'être entretenu en partie.

Ne devrait-elle pas valoriser les plus de son apport à la communauté familiale. Ne devait-elle pas aussi tenir compte du stress qui avait largement diminué, de la disponibilité engendrée tant pour ses tâches que celles de son mari.

Cette petite conférence terminée, nous avions envisagé plusieurs scénarios mis en exergue ses prestations non énumérées qui existaient de son côté. Les ovules n'étant plus monnayable vu ses maternités, elle devait regarder du côté des nombreux services dont elle éliminait l'achat.

Satisfaite de sa liste d'idées nouvelles, elle envisagea de terminer la vidéo conférence. Heureux côté de la technologie qui émerge et qui nous rapproche.

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