27/09/2014

Reflux gastrique du vingt Juin

impasse,dépression,burn-out,règlement du travailLe reflux gastrique venait de me réveiller. Le médicament habituel n'était plus à portée de main aussi je m'étais levé pour prendre une pastille dans l'armoire à pharmacie. Ce n'était plus arrivé depuis longtemps et pour la première fois, j'en avais attribué la cause à l'ambiance de la journée. Ce n'était pas seulement digestif, c'était associatif.

C'était le SMS de mon ainée, qui rapportait en quelques mots sa détresse, l'impasse dans laquelle en fin de semaine, elle venait de se trouver.

Le nouveau poste que l'hôpital lui avait proposé n'était pas à sa hauteur. Elle se sentait incapable d'assurer son autonomie, la semaine prochaine après le mois de formation. Elle avait décroché mentalement. Travaillant en zombie, elle n'assurait pas le rythme d'implication qui lui était imposé. Ses repères disparus, elle était emportée dans un torrent turbulent où se mêlaient découragement, incompétence.

Convoqué au service du personnel, le matin elle avait été mise au pied du mur. Ce qu'elle avait retenu, c'était s'écarter volontairement par six mois de congé sans soldes.

C'était une véritable aberration de leur part, séparée de son compagnon, avec trois enfants à charge, comment pouvait-elle accuser sereinement une telle proposition.

C'était du suicide assisté. Une application bête et méchante d'un règlement utilisé dans ses dernières possibilités. La déprime donc elle semblait sortie refaisait surface après un tel coup de poignard d'une administration qui n'avait pas la moindre fibre humaine. Et dire que celle-ci avait, par ses employés, la charge de santé de nombreux patients.

Le règlement primait, non l'humanité.

Elle était en déroute, autant sur le plan familial que physique après son opération au coude. Elle ramait avec son bras gauche pour assumer tant bien que mal la douleur physique et la douleur morale.

Qu'avait donc mes filles dans leur rapport au travail, l'une à changer tous les ans pour trouver la place idéale, l'autre à tombé en dépression ?.

Qu'est-ce qui se passait dans ma famille ?

Cette acidité m'avait replongé dans l'éveil et les pensées  se bousculaient autour du rapport au travail d'elles, de moi.

Bien des années plus tôt quand mon aînée avait l'âge de son fils, j'avais été plongée par une mise à pied, dans l'inactivité pendant de nombreux mois. Incapable de réagir vigoureusement face à ce destin, j'essayais de ne pas me noyer, de retrouver un travail dans la société tout en offrant à mes enfants une image bien pauvre de moi-même. N'avait-t-elle pas absorbé pendant ces mois, tout un concept du monde, erroné qu'elle voyait à travers moi.

Dans la solitude, j'avais lutté pour ne pas sombrer, pour ne pas perdre pied, sans mots explications, à leur égard dans le plus grand mutisme. Elle avait été le témoin silencieux de ma carte du monde.

Une semaine après le retour à la maison, un sinistre total avait emporté notre voiture  encore  bien  neuve. Une tempête dévastatrice que nous avions assumée du mieux possible.

L'histoire repassait les plats n'était-ce pas cet épisode de ma vie qui lui avait coupé ses racines, fait perdre la confiance dans la vie, face à l'épreuve. Dans notre rencontre le jour avant, je l'avais trouvé déterminée, la rupture du contrat qui s'annonçait n'était-ce pas le moyen de sortir de son impasse, d'aller voir ailleurs si l'herbe était plus verte. Elle pouvait accepter, prendre le filet social qui lui était ouvert, et assumer le passage du torrent pour repartir avec d'autres moyens, en d'autres lieux. Faire confiance à la vie qui lui offrait par ces circonstances, peut-être à terme un autre avenir plus en rapport avec ce qu'elle était.

Et puis la médecine du travail parlait en sa faveur. Elle devrait être orientée vers un job plus en rapport avec son état de santé. J'avais confiance, elle assumerait soutenue par tous pour le bien de ses enfants.

 

Les commentaires sont fermés.