19/11/2014

Lecture symbolique à propos d'une cage décorative.

symbolisme d'objets,projection,destin affichéPendant que mon beau-fils était en train de taper, sur son portable, l'inventaire de la maison de ma fille pour la présenter rapidement au notaire, j'apportais les informations des plaques signalétiques diverses. Quand mon regard s'arrêta sur le meuble zen. Je n'en voyais plus l'ensemble, je n'en voyais qu'une des composantes, une cage en forme de lanterne, ronde avec au-dessus un anneau de portage. Elle avait une hauteur de 30 cm et aucune porte n'était visible, trois bougeoirs étaient accrochés à l'intérieur. Pour y placer des lumignons, il fallait soulever la cage car il n'y avait pas de fond.symbolisme d'objets,projection,destin affiché

La puissance de l'image que je venais d'isoler de l'ensemble me renversa. Elle s'associa immédiatement avec un tableau de Magritte intitulé "Le thérapeute." Même genre de cage chez lui mais avec une ouverture, et deux colombes  présentes.

Pour moi, tout était écrit dans cette pièce de décoration. Tout était dit. Il n'y avait pas d'espoir d'en sortir car aucune ouverture n'était présente. Il n'y avait des supports mais pas de lumignons, à l'inverse du tableau que nous avions achetés ensemble quelques mois plus tôt.

C'était l'impasse, l'échec. Aucune vie, aucune espérance, aucune ouverture cet objet représentait le noir absolu.

Cet élément de décoration de son living apparaissait à mes yeux comme un testament. Une fin de non-recevoir à la vie. Aucune issues.

En trois objets de décoration, je parcourais sa vie, ses espérances, ses recherches.

- Le tableau des tournesols, dans l'entrée de sa maison pour exprimer la vie, la recherche, l'espoir. Sa quête inconsciente d'une solution à son mal être, à ce qu'elle a traversé, sans qu'elle puisse y mettre des mots.

- Le tableau du living avec la jeune dame en quête d'un éclaircissement, d'une idée lumineuse pour mettre fin à son tourment, pour que sa vie soit plus rose qu'elle n'était. Tableau accroché à l'endroit le plus visible du living pour qu'il frappe l'œil, pour que s'exprime son objectif, sa quête. Retrouver le bonheur et la sérénité dans sa vie.(*)

- La cage sur ce même mur à hauteur de la table, objet bizarre détourné de sa fonctionnalité de photophore, comme pour dire que la lumière n'était plus là.

Comme une intuition qui marque le chemin qu'elle prendra malgré elle. Destin inéluctable allant à la catastrophe. Arsenal thérapeutique, symbole des possibilités qu'elle pourrait parcourir, oscillation entre deux pôles.

Ce meuble étagère, décoré par des objets est pour moi comme un livre du destin, qu'elle ne perçoit pas encore mais dont toutes les inflexions vont, les unes après les autres, la conduire au désespoir, à la perte des repères.

Était-ce seulement un conseil, un avertissement mis en exergue pour y décrire le danger qui la guette si elle si n'entreprend pas d'actions, si elle n'entre pas dans un chemin thérapeutique.

La vie l’a trop bousculée, elle n'avait plus les ressources physiques nécessaires. Elle ne pouvait pas claquer la porte de l'hôpital et se lancer dans une aventure personnelle. Elle ne pouvait pas dire oui à ce qui lui arrivait et reprendre à zéro une autre vie tant les contraintes étaient grandes, tant sa fierté ne souffrait pas de mettre le genou par terre en faisant confiance à la vie.

Effacer son histoire et repartir sur d'autres bases lui était impossible. Sa confiance en la vie, son appui sur son rocher était trop loin de son quotidien. Elle n'en pouvait plus, son geste le montrait. Sa souffrance avait prit le pas,.

Elle n'était plus que souvenirs, qu'une étoile filante dans notre nuit.

(*) Autour d'un cadeau.

12/11/2014

Déchirement à propos des biens, de la succession.

suicide,déclaration de succession,notaire,introjection des objetsLes émotions se bousculaient en moi, comme les voitures d'un scooter de foire, dans tous les sens. Je ressentais aussi celle de mon épouse et de ma plus jeune fille. Le départ violent de notre aînée nous avait pris de front dans un état d'impréparation maximum.

Tout semblait aller, m'avait-il semblé à notre dernier entretien. Elle allait affronter ses problèmes de boulot avec détermination. Elle allait lever le pouce et se soigner, s'occuper d'elle. Cela n'avait pas été le cas, sans doute souffrait-elle trop de la situation familiale et professionnelle.

La violence du choc était énorme, surtout pour ma fille cadette qui avait dû, en plu,s nettoyer le lendemain, les humeurs rendues lors de son suicide. Ce n'était pas rien. Tout cela pour nous protéger nous les parents, pour nous éviter cette corvée impossible.

Deux jours plus tard, dans la maison que mon aînée louait, nous avions vidé le frigo, évacué les plantes vertes et mis le logement en attente d'être vidé après les funérailles. Quelques draps avaient été emportés pour le nettoyage, question de donner des tâches utiles et occupantes à mon épouse traumatisée par cet acte violent de notre fille.

En tant que mère et sœur cadette, elles avaient beaucoup de difficultés à faire la part des choses, à respecter le fait majeur et définitif que tout appartenait à ses enfants.

Il n'était plus question de se transmettre des objets pour une période donnée, en prêt, en attendant que des temps plus aisés lui permettre de les remplacer par des nouveaux. Il n'était pas question de réclamer les meubles de famille qui avaient abouti chez elle, pour se remeubler après son départ de la maison du père des enfants.

Les bouts d'aviron du grand-père maternel avaient aboutis sous son escalier, par je ne sais quel jeu de répartition. Y avait-il eu partage par tirage au sort, ou prise de possession, par elle, lorsqu'ils avaient été évacués de chez la grand-mère ?

Un attachement particulier, violent, s'était manifesté pour ce souvenir. Ma plus jeune voulait les récupérer car sa sœur n'était plus là. Pour elle, ces objets devaient revenir de droit à ceux de la branche maternelle. Il en était de même du petit banc d'école qui avait atterri au pied de la table de la cuisine. Cet objet de famille devait remonter de la fille à la mère qui le ferait à nouveau circuler vers la plus jeune.

Son départ réveillait manifestement chez ma plus jeune, une jalousie profonde, un souhait de possession. Je m'y opposais fermement, c'était une question de justice. « Possession fait loi » l'objet appartenait à ma fille décédée et vu son départ, à ses enfants.

Par deux fois, je constatais cet attachement viscéral dans le chef de ma femme, de ma fille à des objets de famille. Brusquement ces attachements aux objets prenaient une place importante, bousculaient les moments déjà difficiles à vivre. Il y avait un traumatisme derrière cela. À défaut d'être proche, en relation avec sa sœur, ma plus jeune se rattrapait pour exiger des objets qui appartenaient aux enfants. Elles voulaient aussi des meubles, des chaussures, des vêtements. Deux jours après le départ de notre fille, sa mère, ma fille essayaient d' introjecter ceux-ci, dans une attitude jalouse et indigne d'une mère, d'une soeur.

Des liens forts de possession les animaient. C'était comme une seconde perte à négocier car ils représentaient la disparue.

Décemment, il fallait attendre que la cérémonie des funérailles soit accomplie avant d'entrer dans les choses matérielles. Il fallait prendre du temps pour apaiser ces envies violentes qui semaient la tempête dans les relations familiales si blessées, par son départ. « Donner c’est donner, reprendre c'est voler ». Ce proverbe se baladait dans ma tête et j'essayais au-delà de l'émotion, de ma peine, de les transmettre à ma femme et à ma fille. Je n'imaginais pas que son départ importerait dans les relations des moments aussi violents et aussi peu respectueux des droits de chacun. Les enfants héritent de leurs parents, c'était clair, simple mais pas émotionnel. Trop de sentiments mal définis se mélangeaient.

Bien sûr, elle avait quitté son compagnon, depuis quelques mois mais elle n'avait pas quitté ses enfants. Ceux-ci avaient droit à dire leur mot, à faire valoir leurs droits et c'était leur choix de veiller à laisser aux membres de la famille quelques souvenirs physiques des relations existantes avec leur mère.

 Le père avait décrété l'appel à un notaire pour l'état des lieux des biens de ma fille. Son objectif était précis défendre, les intérêts des enfants. Tout leur revenait de droit et seul cet officiel pouvait assurer la probité des échanges.

La présence du père dans la maison de son ex-compagne représentait, à lui seul, selon la loi, les enfants. En tant que grand-père, que grand-mère, nous n'avions plus de droit.

La procédure de séparation toujours en cours entre mon ex beau-fils et ma fille n'était pas simple et aisée. Celui-ci défendait ses biens immobiliers, l'apport de ses parents, ne voulait pas lâcher le moindre euro, sinon après des discussions épuisantes. N'était-elle pas la coupable, celle qui quittait le domicile commun. Ces entretiens rapportés plus tôt à ma femme avaient monté celle-ci contre l'auteur de tant d'exigences pécuniaires, contre celui qui voulait à peine reconnaître l'apport financier que le compagnonnage avait permis. Il était devenu le mauvais celui par qui le drame arrive. Il était presque le bras armé qui avait poussé notre fille à cette extrémité.

 Pour en sortir pour ramener l'église au centre du village, j'avais écartés les femmes, sources de tensions, et je participais, l'âme brisée, avec le père des enfants, aux procédures légales et neutres, conduisant à la déclaration de succession et à la liquidation de la location. J'abandonnais les devoirs que je croyait de mon ressort mais la loi avait changé. Seul le survivant du couple parental, assurait la défense des intérêts des enfants.

Tous les objets rentreraient chez lui, à la maison paternelle car c'était lui maintenant le soutien vital de mes petits enfants. Les objets de famille ne reviendraient coté grand-mère maternelle que si les enfants n'en voulaient pas. Malgré leur jeune âge, ils auraient le droit de choisir et seraient respecté dans leur volonté ou celle de leur père, tuteur légal et unique.

La grand-mère maternelle, sa sœur attendraient leur bon vouloir, je m'en étais porté garant au nom d'une justice qui avait toujours régné dans ma tribu familiale.

L'attachement viscéral aux objets est source de conflits et depuis que j'en avais pris conscience,(*) j'y attachais de l'importance.

Les objets ne sont pas la personne, sa mémoire est dans notre mémoire, pas ailleurs.

(*) Les sous-plats.