01/12/2014

Ma dernière visite, le 17 Juin

consentir,laisser faire,au fil du courantComme régulièrement, je suis chez elle, pour la soutenir. Nous parlons.

Elle n’a plus d’avenir à l’hôpital, son quota de congé de maladie est épuisé, même si on lui a donné l’opportunité de reprendre un nouveau poste dans le service de l’hôpital de jour. Le coup de semonce est là. Une proposition du service du personnel lui est faite du moins elle l’entend ainsi. Prendre six mois de congé sans solde. J’imagine pour remettre le compteur à zéro, repartir dans un nouveau contrat, plus tard, si on la reprend ce qui n’est pas assuré. Le problème est sans doute reporté à l’année suivante. Mystère.

Elle semble déterminée, son visage à un aspect que je ne lui connais pas. Elle semble prête à se battre.

Elle doit parler demain avec le syndicat, la médecine du travail. Gagner du temps sans doute tout en assurant sa présence au poste de travail où elle est encore épaulée par une collègue plus chevronnée.

Une échéance lui est imposée, lundi prochain, elle sera seule pour assumer le support du chirurgien qui sent qu’elle n’a plus l’attention, la motivation, la force peut-être d’assumer les tâches.

C’est un week-end d’alternance qui arrive. Ses enfants vont passer chez leur père. Elle va affronter le vide de sa location, le vide qu’elle a de moins en moins le courage d’affronter.

Sous mes yeux, une phrase relevée dans une photocopie d’un article de journal à propos de Litta Basset que je lis sans trop savoir pourquoi. Intuitivement sans doute.

Cette phrase fait écho à la conversation de Jeudi avec elle à propos de son travail.

En écho à notre dernière rencontre, de retour à la maison, un sms, à son attention

"Consentir, c'est être sauvé".

Ne devrait-elle pas comme moi, des années avant, être extirpée d’un milieu de travail délétère qui l’épuise? Bien sur si elle trouvait un job à la mesure de son diplôme universitaire acquis en complément de son diplôme d’infirmière, ce serait idéal.

Ne devrait-elle pas afficher sa réussite par un poste adéquat, une fonction qui la valorise enfin ? Mais sa santé n'est plus ce qu'elle était !

Ses offres pour des postes en correspondance ne lui apportent que la déception de ne pas avoir été considérée.

Pourquoi monter plus haut, ne faut-il pas renforcer plutôt ses racines, sa force intérieure. Plus d’une fois, j’ai essayé de lui faire ressentir la nécessité de retrouver sa force vitale, à disposition si on la recherche.

 Mon expérience d’avoir été mis en préavis et de m’être trouvé sur le trottoir, mallette en main, pourrait faire sens. Elle la connaît.

La lutte ne sert a rien, quand une impasse s’annonce, un fait est plus fort qu’un lord maire. Il convient d’accepter, de fermer la porte derrière soi, de se laisser aller au fil du courant.

De se battre certainement mais sur un autre terrain, sur un nouvel espace. N'est-on pas brulé sur le terrain ancien?

Mais que représente mon expérience, basée sur des données différentes. N’est ce pas un chemin spécifique ? Est-ce ce chemin qui est bon pour elle?

Va-elle se battre, passer ce tourbillon, Son air me rassurait, mais que vaut mon point de vue. C’est elle qui lutte, qui se bat.

Elle est entourée, par un ami qui semble la soutenir, lui apporter une présence, c’est ce que je constate à l’occasion par ses réflexions.

Elle traversera, me semble-il.

Consentir, c’est être sauvé, c’est reprendre position en aval, où le terrain est différent. C’est vivre le moment présent sans faire des châteaux en Espagne, en faisant confiance à ses qualités, sa force. N’a-t-elle pas lancé son asbl, vaincu les obstacles administratifs ? Elle a des ressources.

Se battre sans doute mais pas sur le terrain miné, affaibli de son univers actuel.

 Elle n'est pas sortie de son impasse en acceptant, elle est sortie de la vie poussée par son échec, ses échecs, son désespoir.

 Etonnement quelques jours plus tard, la citation que je lui ai fait parvenir en fin de semaine venait de l'article intitulé. "Le suicide de son enfant. "

Je n’en avais retenu que le témoignage d’une auteure qui parlait de son expérience de mère et qui me disait que face au décès de son fils, il n’y avait une voie à suivre, un d’apaisement pour survivre, consentir à propos du suicide. Je suis face à la même situation.

Accepter son choix. Consentir.

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