15/12/2014

La carte postale de France.

Le flux des lettres de condoléances s'était tari. À présent il y avait des jours sans rien dans la boîte. C'était le temps des vacances, le début de l'oubli. Tout rentrait dans le quotidien.

Ce matin pourtant une carte postale, mal en point, occupait seule le panier recevant le courrier. Elle semblait incongrue, par son sujet désuet en dehors des normes. Posté d'une ville voisine avec laquelle je n'avais aucun lien, elle m'intriguait.Il me fallait trouver un sens aux nombreuses signatures qui la remplissaient.

Une émotion profonde jaillit en moi, me déstabilisant. Les membres de la session de Villedieu ne m'avaient pas oublié. Une carte avait circulé et les figures de ceux qui avaient signés défilaient dans ma tête. Longtemps j'avais hésité à m'inscrire à la session 2014. Y aller, ne pas y aller ? Quelque chose d'indéfini me retenait ici. Ce n'était pas comme la dernière fois, où j'avais une activité qui m'empêchait de les rejoindre. Cette année là, il n'y avait qu'un vague regret de ne pas aller parmi eux, puisqu'une opportunité rare s'était présentée.

Vu la tournure des événements de Juin, j'interprétais ce choix comme un pressentiment. Je n'y aurais jamais été. Je n'avais guère le cœur à cela. Je me devais de couper les liens qui retenaient ma fille, dans son espace loué pour la garde alternée des enfants, après sa séparation,. Il me fallait entrer dans le deuil, effacer cette tranche de sa vie où elle avait cru être forte et indépendante et où tout l'avait conduite dans l'impasse professionnelle qui avait eu raison d'elle.

Ce groupe de méditations avait été pour moi, il y a 10 ans, la source d'une joie profonde, d'une expérience fondatrice. À chaque session, je rêvais de parcourir les champs d'ouverture et d'expérience qui m'avait été ouvert mais la découverte, de cet univers, ne s'était pas renouvelée. Quelque chose s'était cassé ou plus précisément avait manqué. Ce quelque chose était dans le champ de la sensation et depuis le départ d'Anand, notre leader charismatique, aucune exploration n'avait été ouverte dans cet espace.

Dix ans s'étaient écoulés depuis Juin 2004 où j'avais touché cette puissance mystérieuse en moi. Une porte s'était ouverte libérant une énergie fondamentale nommée parfois par les hindous. Ma fille aînée l'avait concrétisé étonnamment par un cadeau de deux petits serpents en papier mâché coloré. Elle n'en connaissait rien et m'avait pourtant apporté ces symboles en cadeau.

Ceux-ci restaient précieux à mes yeux, dix ans que j'étais à la recherche de la pierre philosophale, de la pièce suivante car dans le développement de cette mystérieuse énergie s'était arrêtée à hauteur du plexus.

Cheminement lent comme sa souffrance, énergie vitale attendant que la voie se libère, au fur et à mesure, non par des mots ou des images mais par des tensions internes qui lâchent les unes après les autres. Parallèlement à cette avancée, un autre espace, celui des chants sacrés, apportait sa contribution. L'année dernière un seuil de plus était dépassé, permettant l'avancée de cette mystérieuse énergie, un cran plus loin. Dans cet espace, quelque chose semblait aussi manquer et j'envisageais là, à présent de le quitter, de ne plus poursuivre. Orphelin de deux lieux qui m'avaient ouverts de nouveaux champs de possible, j'errais l’âme en peine à la recherche du support suivant qui allait me porter plus outre.

Que la grâce soit avec moi sur ce chemin qui s'ouvrira peut-être devant moi.

En attendant il fallait faire la pose, parcourir l'indicible auquel je devais faire face m'appuyant essentiellement sur ces cadeaux qui m'avaient été donnés, et que je n'avais pu partager avec elle.

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