24/12/2014

Injection et médication.

Pour soigner ses tensions dans les épaules, mon épouse voulait passer une fois encore chez la doctoresse qui lui faisait de la mésothérapie. Bien ordonnée, précise dans son emploi du temps, elle acceptait facilement un rendez-vous et comme c'était sur le chemin de l'habitation de notre aînée, mon épouse la consultait régulièrement.

Le drame avait rendu mon épouse plus inquiète, plus tendue et elle réclamait un soutien médical pour faire des pas supplémentaires. Après une journée passée à mettre la location de notre fille, en renom, nous étions passés chez la doctoresse pour une ultime injection.En rentrant dans la voiture, elle me dit « Mais je n'ai plus rien. Mes tensions sont disparues. Je suis soulagée, je n'ai plus à porter ma fille. Son départ m’a libérée et à libéré mes épaules de cette inquiétude, de ce poids. »

Son étonnement était grand. À ses yeux il ne pouvait y avoir un lien entre la mort de notre fille et ses épaules. À plusieurs reprises, à des amis, elle avait exprimé son étonnement.

De mon côté je ne pouvais rien lui dire. Elle démarrait en flèche, rejetait la moindre allusion de ma part, à sa manière de voir ses maux. La communication ne pouvait s'engager sur le sujet. J'étais, l'incompétent, l'ignorant, le beau parleur. Seul un médecin avait la connaissance et la réponse : une injection, un traitement, une prescription et une nouvelle visite dans les 15 jours.

Pour moi la démonstration était claire, limpide.

Le combat de notre fille contre ses angoisses, ses peurs étaient l'expression du malaise existant aussi chez sa mère. La contention était chez l'une, comme chez l'autre, l'agitation, la fuite, le regard vers les autres.

Je revoyais immédiatement le comportement de mon épouse, lors de la première tentative de suicide de notre fille lorsque j'allais deux jours de suite la soutenir dans son marasme et son désespoir, pour faire front avec elle, contre son agitation intérieure. En tant que mère, elle n'avait pas pu aller porter sa présence physique sur place. Elle m'envoyait comme Missi Dominici, comme porte-parole pour désamorcer le contact qui l'a renvoyait à ses douleurs intérieures, à ses angoisses à cette peur.

Mère et fille, ne souffrait-elle pas des mêmes troubles ?

Mon épouse était  revenue par deux fois ce même jour, faisant demi-tour, ne pouvant imaginer affronter la réalité du vécu de la blessure ouverte chez sa fille.

Pour moi, la chose était entendue, la charge émotive, les tensions internes s'agitaient dans son intérieur par résonance avec celle de notre fille. Elle luttait pour que ces affects n'apparaissent pas à sa conscience. Elle était dans le déni. Sa source d'inquiétude extérieure avec lequel, elle était en symbiose nous avait quitté. Elle pouvait donc libérer ses chaînes musculaires. Il fallait moins assurer l'étanchéité autour des affects. Il ne fallait plus contrôler l'occlusion des non-dits. Elle pouvait reprendre sa course au mieux-être, sa course yo-yo toujours dans le déni de ce qui s'était vécu jadis en elle. Ce n'était pas rose, c'est sur, ce qui se vivait en elle. Son choix était la lutte contre l'ennemi inconnu et dangereux en elle. Univers sombre qu'il fallait combattre, avec la faculté fidèle dans sa démarche rémunératrice.

Percer l'abcès aurait conduit, à la baisse des tensions, à l'évacuation des émotions anciennes tant craintes mais il n'y avait pas de volonté de clarification pour mettre un terme à ce combat inutile.

En profil, je voyais sa silhouette se fermer de plus en plus, se voûter, pour assurer par la fermeture du bassin et des épaules, le confinement de ses émotions explosives vécues dans un temps d'enfance lointain et ravivée par le drame, la séparation, la perte.

Les soins d'un ostéopathe, d'une kinésithérapeute apporteraient sans doute un soulagement passager, une évacuation légère des tensions mais sans assurer d'une manière définitive la disparition des symptômes. La cause n'était pas traitée et personne ne s'en préoccupait. Elle n'était pas dans le verbal, ni dans l'image, elle était dans la sensation violente qui bouillonnait dans son obscurité.

Et si l'ostéopathe la conduisait au seuil de la source, à proximité du mal, elle en changeait et repartait à zéro avec un innocent jusqu'à ce qu'il découvre le noyau et qu'elle aille encore plus loin, soigner ce qu'elle ne voulait pas en son fort intérieur, aborder.

Comment allait-elle vivre sans sa fille. Comment aborder la vie, sans cette symbiose qu'elle partageait ensemble. Comment cheminer sans elle. Un nouveau mal s'était pointé à l'horizon, une tendinite des hanches s'était déclarée. On ne traitait plus les zones clés, celles des clavicules, celle des épaules, la faculté traitait la zone du chemin, celle des pas en avant, pas à faire désormais sans elle. La doctoresse traitait, pour la mésothérapie, les articulations des chemins à emprunter péniblement.

(1) Médication et Infiltrations.

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