23/01/2015

Traverser son deuil.

deuil à faire,appel à l'aide,parler,être écoutéL’asbl venait de s'installer au bas de la rue depuis deux mois maximum remplaçant l’affiche " A louer ” . L'histoire du quartier simplement. Plus d'une fois, j'étais passé devant en allant au centre à pied et cette affiche était entrée dans le décor, le paysage. Bouleversé profondément par le départ de ma fille, l'image de l'affiche, m'était revenue en tête. Dans la profonde douleur de ce détachement, dans le tohu-bohu des rituels, des appels téléphoniques, des mails enregistrés, des va-et-vient divers, elle flottait dans mes pensées.

Comment résister dans cet ouragan mental où les mots ne tiennent même plus en place, tournent en rond des heures durant réduisant les nuits à un minimum inacceptable. Idées qui tournent, tournent, tournent sans fin.

"Faire son deuil", mon deuil, une bouée de survie, un chemin d'apaisement.

Autour de nous, quelques amis proches qui passent, poussent la porte de notre solitude, de notre détresse, traversant le barrage des conventions, des habitudes,des peurs. Douleurs réservées à la famille. Laissons les dans leur intimité, ils sont si bouleversés. Ils sont en deuil.

Les absents ont toujours tort, ils ne sont pas dans la compassion.

Les sentiments se bousculent, le sol n'a plus la même fermeté.

Sentiments, émotions à fleur de peau. Notre couple vacille. Les émotions des fratries respectives remontent, s'agitent, nous cognent.

Les vieux chagrins occultés s'agitent derrière des gestes brusques, des sauts d'humeur, des claquements de portes, des comportements émotifs et inadéquats.

Je me fais violence, j'accepte l'idée de passer à « Traverser son deuil » pour avoir de l'aide, pour lancer une décompression, pour ne plus être face aux émotions colériques de ma moitié en détresse, en révolte.

Gérer ma part car je ne changerai guère sa part.

En face de moi, la porte composée de quatre vitres superposées. Sur la deuxième en commençant par le bas, une affiche annonçant la raison de l'asbl " Traverser son deuil," sur la troisième, deux affichettes. Parents désenfantés. Nouveaux mots qui entrent dans mon vocabulaire. Puis sur un autre feuille, l'ensemble des informations pour entrer en contact mais, le tout visuellement inaccessible.

Affiche lisible au bout du nez seulement. J'hésite puis de la main gauche, je prends la clenche pour assurer ma stabilité car le seuil est mince. Je m'appuie du bout des pieds sur celui-ci.

Mes verres progressifs ne servent à rien. C'est pour la vue lointaine ou la lecture basse d'un livre.

Je bascule la tête pour placer la partie lecture face aux petits caractères, puis soulève mes lunettes pour adapter la focale.

Je me sens comme un marticot, un singe à lunettes. Dans ma tête impossible de mémoriser les chiffres du téléphone, impossibilité handicapante depuis des dizaines d'années. J'en mémorise la moitié.

Je descends de mon perchoir, puis note sur un bout de papier sorti de mon portefeuille la moitié du numéro. Je repars à l'escalade pour la deuxième partie, redescend et note.

Les sentiments m'agitent, la colère, la déception.

 Qu'est-ce que c'est pour une ASBL, qu'est ce pour un accueil?

 Quel genre d'appui peuvent-ils apporter s'ils n'ont même pas pensé à la visibilité de leur affiche, à une lecture, à l'accueil d'un passant.

Je poursuis ma route. Ma marche reprend, m'apaise légèrement. Le rythme de mon pas agi lentement. Mes émotions se calment. Au carrefour suivant, un parfum de fleurs m'envahit. Ce n'est pas un tilleul, je l'aurais reconnu. Il est fort, puissant, apaisant. Je cherche l'origine de ce nuage d'apaisement mielleux qui m'encense.

Je remonte de quelque pas, l'allée du château et m'arrête, l'arbre est là devant moi, j'en voie les fleurs qui se dressent blanches au-dessus de larges feuilles vert clair.

Je ne prendrai pas contact avec ce service inhumain. J'interrogerai la nature lui confierai ma peine. Je reprendrai racine dans ce don du ciel, dans le petit cercle d'amitié qui m'entoure, auprès de ceux qui ont franchi ma porte pour m'apporter leur compassion leur chaleur humaine d'une accolade ferme et sincère.

Sans doute, une recherche dans un navigateur m'apporterai-t-elle l'information souhaitée mais aurait-elle du cœur.

Derrière la façade, qu'y a-t-il comme âmes compatissantes, comme écoute attentionnée. Sans doute des bonnes volontés. Mais ce deuil à faire, n'est-il pas dans mon chemin quotidien, dans les petits pas, dans le quotidien de ceux qui m'entourent.

À nouveau le paradigme de Béatrice Brutaux est devant moi. J'évalue la situation.

Ils sont loin de moi, dans leur tour d'ivoire, dans leur charité bien intentionnée. Je les mets loin de moi, le genou à terre devant leur savoir qui me domine.

Non, non, je suis dans l'autre partie du paradigme, dans la communion et comme cette senteur, ce baume sur ma douleur, elle sera dans la communion avec la nature,avec la présence  de ceux qui ne manquent pas leurs rendez-vous d'amitiés.

13/01/2015

Puzzle de sensations nouvelles.

haptonomie,sensation,fluide,champLe mot sensation était de retour. Mon fils en avait fait le sujet de la fin de notre dernier diner(1). Et je l'avais immédiatement perçu. En effet ma belle-sœur était l'exemple qui nous avait rapproché. Je savais de quoi il parlait.

C'était cette sensation que l'on cherche à développer en haptonomie, la faculté de se prolonger pour un contact de reconnaissance avec l'autre.

Quelles en étaient les conditions?  Qui d'autre pouvait manifester cette approche toute particulière ? Pour y arriver, il ne fallait pas être occupé par soi, tourné inconsciemment vers ses sensations internes pour s'en protéger par évitement ou pour les repousser.

Ne pas être tourné vers le passé, ne pas être dans l'action vers le futur mais être là, présent, attentif, ouvert.

Cette impression m'était revenue à la vue d'une photo marquant le geste de compassion de ma soeur, le geste enveloppant de son bras qui se pose sur mes épaules et que je n'avais pas ressenti au moment où il s'était passé. J'étais autre part, la sensation m'avait rattrapé à la vue de l'image. Une pulsion interne forte et prégnante était montée vers mon plexus. J'étais entouré rien qu' a voir, en miroir, ce geste là. Mon attention avait été aiguisée. J'avais fait aussi mémoire de l'approche de Nana, sa belle-fille au noir, comme elle disait.. Elle s'était approchée de moi avec une compassion sincère et désarçonnante. Pour l'exprimer, elle m'avait offert le premier slow de la soirée avec tendresse en toute simplicité. Pour m'offrir ce qu'elle savait être un baume à la blessure qui m'avait transpercé.

Elle se présentait comme une mère, c'était ma Madona Litta de la soirée. Elle offrait un registre de relations que j'avais rarement connu et que mon fils désignait dans sa conversation.

Par association avec cette sensation j'en avais retrouvé une autre qui était similaire et que je partageais avec la cousine de mon épouse. Lors de la journée passée chez celle-ci, j'avais perçu cette énergie douce pénétrer profondément dans mon épaule, suite à la main amicale qu'elle y avait posé. J'en avais été surpris.

Était-ce mon hypersensibilité qui était en jeu à ce moment, la puissance douce de sa présence qui s'engageait à me donner un témoignage de réconfort ?

Impossible à dire, j'en avais été le témoin, un peu surpris par cette observation, plus dans celle-ci que dans le plaisir sensuel et jouisseur du fluide qui passait par l'épaule.

Plus tard, à l'occasion de l'annonce du décès de ma fille à une dame de la paroisse, j'avais été pénétré, dans l'épaule par cette même sensation qui faisait suite au contact de sa main.

Comme si la carapace qui y était placée, était tombée, que l'épaule était à même, à présent, de ressentir avec délice, ce fluide amical qui vient comme un vent chaud caresser la peau.

Condoléances non verbales, souffle sensitif que peuvent apporter certaines personnes qui sont dans le moment présent et qui viennent reconnaître l'humain dans ce qu'il a de plus sacré, sa chair, son existence, sa présence.

Faculté mise sous le boisseau, bloquée par des couches invisibles posées en protection, érigées par les difficultés de la vie.

Un peu comme l'escargot qui sort de sa coquille et qui reconnaît tactilement ce qui est devant lui. Reconnaissant ce qui est, sans désir de posséder, de bousculer d'envahir. Il explore simplement en disant "Oh tu es là, tu es comme moi."

Sensation réconfortante qui apporte un rayon de soleil sensitif dans un univers qui s'était coupé des autres. Présence de l'âme universelle qui reconnaît dans l'autre qu'elle n'est pas seule.

 

(1)Le rendez-vous du 17 au Brass-Temps