22/02/2015

Rencontre de "Baton de feu"

suicide,consultation,cheminement,fermer la porteLe rendez-vous prit quelques jours plus tôt avec la psychiatre de ma fille se précisait. Nous avions, avec mon épouse, organisé l'agenda de la semaine pour que je puisse y aller en voiture. J'en profitais d'ailleurs pour prolonger le voyage et visiter mon frère comme régulièrement.

Quelle allait être la nature de l'entretien ?

Est-ce que j'allais entrer en thérapie, si pas avec elle, avec une autre personne ? Est-ce que j'allais en apprendre un peu plus sur les aspects du travail thérapeutique entamé par ma fille, pour comprendre le sens des événements. Sans doute pas il y avait le secret professionnel mais qui protégeait-t-il, l'intimité de ma fille, les aspects qu'elle n'avait pas voulu partager ou pensé partager ou la méthodologie du spécialiste.

Depuis des années, mon aînée nous avait quitté pour voler de ses propres ailes avec ses valises positives et négatives. Elle avait rencontré des personnes qui l'avaient conduite plus loin, dans un sens positif en l'élevant, dans un sens négatif en la maintenant dans ses difficultés.

Et si elle s'était mise sur un commun dénominateur inférieur, sans ambition, une sorte de nivellement par le bas ? Et si elle évitait d'aller là où elle aurait du aller ?

Peut-être !

Si elle avait été mal tricotée, remplie de nos insuffisances, comment l'en libérer si l'on n'était pas partenaire, si nous n'étions pas autour d'une table.

 Ma motivation pour rencontrer sa psychiatre était basée sur deux, trois éléments essentiels.

- Arrêter le harcèlement de mon épouse qui une fois de plus voulait voir en moi la personne à soigner, la personne à soutenir face à la réalité difficile qui nous était tombée sur la tête.

- La remercier de visu, pour son appel téléphonique au funérarium,

- Lui dire combien j'avais apprécié sa lettre de commentaires, au sujet de l'hommage à ma fille, que je lui avais envoyée.

Elle était dans le dialogue, c'était une qualité importante et il ne fallait pas pour moi laisser celui-ci dans l'espace virtuel du téléphone ou de l'écrit. Une rencontre me semblait nécessaire et je l'avais voulue simplement.

N'avait-elle pas aussi à sa manière, soutenu notre aînée pendant cette période de déprime, ces moments pénibles. Une relation s'était engagée entre elles, je me devais de la reconnaître pleinement en la rencontrant.

De ma vie active précédente, j'avais compris les valeurs fondamentales qui consistent à mettre un terme à un espace de dialogue ouvert, à ne pas quitter un espace de rencontre sans y mettre un " Au revoir," à ne pas laisser un goût de trop peu flotter, ou laisser un regret s'installer.

Ne pas bâtir sur le travail fait entre elles, des fantasmes. La remercier en la reconnaissant. C'était peut-être un des points les plus importants.

 Ma femme et moi, avions aussi rencontré son nouvel ami, peiné dans sa relation forte et nouvelle, pour entendre ce qui devait être dit et nous avions gardé la porte ouverte simplement. Ne faudrait-il pas aussi rencontrer sa meilleure amie, partager quelques mots, quelques idées pour laisser s'échapper peut-être une parole éclairante, salutaire à l'apaisement dont nous avions besoin.

 Et puis pour la sortir de son image de spécialiste à qui on confie tous les droits, je voulais lui donner aussi mon point de vue de père, quelques éléments du chemin que ma fille nous avait fait parcourir, à cause de son état

Je voulais aussi lui faire savoir que je voulais donner du sens à l'événement, lui rapporter les pas que j'avais fait malgré moi et qui je l'espérais pourrait via le blog que j'avais ouvert pour elle, être un éclairage pour d'autres.

Je ne pouvais rester dans l'espace virtuel et laisser le message que je mettais sur la toile internet sans vie. En la rencontrant, en lui donnant l'adresse du blog, je le faisais vivre. J'augmentais le nombre de personnes susceptibles d'être informées, de comprendre et de faire connaître autour d'elles, les idées développées.

 Je lui apportais aussi mon étonnement sur un chemin thérapeutique que j'avais découvert et qui aurait par son application, apporté des points de soutien dans ces heures difficiles, dans les moments où ma fille broyait du noir et que je n'avais pas perçus dans le fil des événements autour d'elle.

 Elle ne le connaissait pas, c'était donc un point important. Qu'elle le découvre et connaisse la solution de l' "Open Dialog  (*)"

Comment ferait-t-elle des progrès si elle n'était pas confrontée à la réalité, aux réactions de ceux qu'elle soignait.

Je ne pouvais pas également garder de ressentiment face à son travail et elle devait le savoir. Je ne voulais pas être, ou la placer, dans la culpabilité mais avec elle être dans la responsabilité, dans l'ouverture et la connaissance du sens qui apparaissait dans cet événement tragique. Je ne voulais pas que la moindre parcelle de vérité ne soit pas mise sur la table pour d'autres. Elle  apprendrait de sa patiente et de son père, du moins je l'espérais.

Dans son bureau large et clair, situé sous la toiture, l'entretien fut cordial. Sans entrer, dans la recherche d'information sur ma fille, couverte par le secret professionnel, je parcourais avec elle sans contrainte les points de ma réflexion.

S'attendait-elle à un entretien d'orientation pour une thérapie, sans doute, elle esquissa des pistes d'aide mais mon but n'était pas là. Je voulais lui préciser ma pensée, mon cheminement pour qu'elle le confronte à son expérience et y trouve, je l'espérais des points concrets pour ses entretiens futurs, encore que fallait-il qu'elle lise le contenu du blog. Elle semblait intéressée et en notait l'adresse.

Jamais, je ne saurais si cela avait été bénéfique, si ce geste s'était révélé utile mais mon point de vue importait et je lui avais transmis.

 La parenthèse pouvait se fermer, J'étais libéré de ce qui s'était imposé à moi comme devoir, apporter mon expérience de père. N'avais-je pas suivi ma fille pendant plus de quarante ans. Elle ne l'avait fait que trois ans.

 Son ouverture à cette rencontre la classait dans ceux qui cheminent à tout moment et pas dans ceux qui, imposent leurs connaissances en éliminant l'intervention ou les réactions des autres. Elle apprécierait certainement l'esprit de l' "Open Dialog."

 Son bureau était symboliquement dans l'espace de la toiture, dans la tête de l'habitation, j'étais sur le terrain, dans la vie. Je repartais serein, libéré d'une certaine manière des derniers devoirs envers ma fille, qui avait fait un autre choix que celui que je souhaitais pour elle, mais avait-elle la force d'infléchir son destin?  Elle avait montré sa faiblesse, son désespoir, je ne pouvais qu'y consentir.

 

(* )https://www.youtube.com/watch?v=7tb8ITIFOyY

Les commentaires sont fermés.