02/03/2015

Au déjeuner, la nuit porte conseil.

rêves,séparation,défuntsAu déjeuner, mon épouse me raconta, comme de temps à l’autre, un de ses rêves.

Elle avait vu ses parents, des membres de sa famille, les défunts qui l’avaient touchée de près dans le passé familial, accueillir dans la joie, notre fille récemment décédée.

Ce rêve puissant, désarçonnant venait lui parler en toute intimité, dans son univers de nuit auquel elle avait régulièrement accès.

Alors qu’elle avait le plus grand mal, à envisager concrètement cette séparation douloureuse, cette séparation qui lui enlevait celle qui était comme elle, comme sa jeunesse, avec le même genre de tempérament, elle la voyait lui dire :

"Mais maman, je suis avec ceux qui t’ont quittée, je ne suis plus dans ton monde et regarde, écoute, je suis avec eux dans la joie."

Puis elle poursuivi avec l’image de deux barques, une pour chacune. Elle dit alors, mais je ne la laisse pas partir.

 Ce rêve m’avait coupé le souffle, quelque chose d’important venait de lui être suggéré.

Notre fille lui disait, consent, c’est la triste réalité, nous sommes séparées à tout jamais. Laisse aller, dit oui, à ce qui est arrivé.

 Entendant, qu’elle reprenait l’image des barques, celle qui invitait à laisser celles-ci se séparer, j’intervenais pour qu’elle passe au-delà du récit un peu distant qu’elle faisait pour lui dire. "Mais ces barques, sa barque, il faut la laisser aller, ce n’est pas possible de la retenir."

J’avais dit un mot de trop. C’était sa vérité, son autonomie, sa liberté, et là elle ne transigeait pas. Rien ne se passerait dans l’échange, dans le dialogue.

Reculer d’une position vers une autre était difficile pour elle.

Consentir ? Laisser couler l’inéluctable, laisser le destin faire son office. Non, il fallait tenir la position, tenir la barque accrochée coute que coute, quitte a en être blessée encore plus.

Consentir, c’est être sauvé !

Le bout de phrase de l’article du journal  à propos du livre « Ce lien qui ne meurt jamais » de Litta Basset, que l’on retrouvait à divers endroits de la maison car elle l’ait photocopié pour le diffuser, ne lui parlait pas. Il fallait d’après l’auteure accepter les événements car ils s’étaient passés, il convenait pour survivre de faire le pas du "Oui."

Elle racontait volontiers ce rêve, à notre entourage, dans sa première partie mais s’en réservait la seconde partie, encore trop lourde à envisager. Vision tronquée de l’événement nocturne. Elle était soutenue par ces images, qui d'une manière certaine l'apaisaient mais elle n’était pas prête à accepter.

Une semaine plus tard, au déjeuner de nouveau, une autre vision nocturne l’avait interpellée. Elle semblait plus sonore, plus auditive.

Enfin c’est ce que j’en avais perçu car sous l’émotion, elle n’en racontait que des bribes et s'énervait de mes tentatives de compréhension, de réflexions sur le sens possible des images.

Notre fille, prenait un escalier vers l’étage et elle lui disait, "Je reste ici avec les enfants."

De nouveau la séparation se remettait en scène sous un autre éclairage pour mettre à nouveau le thème du premier rêve en évidence, lui redire, l’inéluctable, son départ.

Ses yeux se remplirent de larmes, et elle pleura à nouveau son départ.

Impossible d’aller au delà de son récit, d’entrer dans un échange sur le sens des images, sur le message que la nuit lui apportait.

Elle glissa sur d’autres images anodines au sens plus mystérieux et se perdit en conjoncture sur ce sujet facile à aborder car rempli de non sens momentané.

Que faire sinon entendre, écouter et ne rien dire.

Sans doute plus tard, le pas serait possible.

 

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