28/03/2015

En vue de la fête de famille.

 faire le deuil,la première fête,absence,faire mémoireL'émotion m'accompagnait et je la sentais s'approcher de mes yeux, monter de plus en plus près à partir du plexus. D'une certaine manière, le passé récent s'était réveillé par « Faire la fête en son absence ». Une amie me l'avait dit : le premier Noël remet à vif l'absence, le départ de ceux ou celles qui nous ont quittés.

 En pleine rue, à la veille de la fête, je ressentais déjà, surpris cette émotion aussi fraîche que le premier jour de son départ. Le temps écoulé depuis, n'existait plus, j'étais dans un état identique à celui d'il y a six mois.

Le temps n'avait rien effacé, au contraire.

Qu'allait-il se passer le jour de la fête, au moment magique où l'on porte le toast, tous ensemble. Cette étape délicate me semblait difficile, impossible à parcourir tant la douleur était déjà au rendez-vous alors que rien du décor ne nous entourait, alors que j'étais dans la rue concerné par la course à terminer rapidement.

La préparation du voyage nous entraînait dans une atmosphère agressive, tendue. Entre mon épouse et moi l'impatience, les mots brusques étaient de mise, comme pour se protéger des remous intérieurs que nous vivions déjà loin de l'espace où le clan familial serait réuni. Nous étions à fleur de peau, prêt à en découdre, à s'envoyer des mots durs souvent pour des broutilles, des objets déplacés, des vêtements mal rangés.

Exceptionnellement nous logions tous, sur place, comme pour resserrer les liens, faire front ensemble. Nous allions mesurer son absence, elle qui avait été en plus de notre aînée, la plus âgée des petits-enfants du clan maternel.

Le silence fut de mise lors du toast lancé par le mari de ma jeune belle-sœur. Nous étions chez lui, il était à la barre. Même pas une allusion à son absence. Pour lui, la page était tournée.

Elle était invisible certainement mais pas absente de nos pensées et de notre cœur.

Était-ce mieux, était-ce la bonne manière de faire ?

Ne pas laisser les larmes s'écouler sur quelques visages, pour gâcher la fête !

Était-ce protéger les enfants de passer ma fille au bleu, de ne faire aucune allusion à son départ soudain.

En tant que père j'aurais peut-être dû ajouter un mot, dire qu'elle nous manquait. Mais je ne l'ai pas fait, par manque de souffle, pour ne pas m'effondrer. Peut-être ? J'avais fait comme lui, comme si. Tout était bien.

Bien sûr la vie continue mais n'est n'était-ce pas être dans la lucidité que d'évoquer son nom, de lui adresser un message, de lui fixer sa nouvelle place parmi les invisibles.

Les débordements d'émotions, les larmes n'étaient pas présentes, le clan serrait les coudes, vaquait aux différents services, aux tâches comme si de rien n'était.

Y avait-il eu des mots remplis d'émotions dans les tête-à-tête qui se succédaient dans les échanges de nouvelles de cette fête de Noël ?

Une grande sérénité régnait c'était sur, une ambiance feutrée qui faisait rempart et soutien aux émotions particulières. Tout s'était fait dans la discrétion.

 Mon épouse avait reçu de sa jeune sœur un foulard avec en thème des flocons de neige faisant penser à des étoiles. Notre fille n'était-elle pas présente parmi les étoiles. Symboliquement ce cadeau discret était une touche de tendresse et d'affection par-delà les mots vides de sens. A lui seul, il changeait l'atmosphère reconnaissait nos souffrances au delà du verbal. C'était l'essentiel.

 

 

 

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