15/04/2015

Groupe de réflexions sur la bible.

deuil,partage en groupe,ici et maintenantDepuis la remise en route du petit groupe de réflexions sur la Bible, j'avais été gêné par la présence de Chantal. Alors que je lui avais manifesté mon soutien par un petit mot de compassion au départ de son père, elle était restée muette au décès de ma fille. Et maintenant elle venait parler de sa foi, de son parcours de découverte. Au fond elle pratiquait surtout par la tête, sans entrer dans la relation et la compassion, sans manifester une attention bienveillante.

Depuis le départ de notre aînée, j'avais d'ailleurs beaucoup de difficultés avec de nombreuses relations qui n'avaient rien manifesté par écrit, qui n'avaient pas laissé de trace de leur présence. Le doute me retenait pourtant chacun n'avait pas laissé de traces au cimetière, présence qui était aussi un témoignage silencieux. Quelques visages s'étaient imprimés dans ma mémoire mais plus d'un y avait échappé.

Ce déchirement m’avait mis à vif, et face à une personne, je ressentais immédiatement son élan, son champ d'existence vers moi et je pouvais en conclure s'il avait donné signe de vie ou pas. Il y avait comme un arrêt dans l'élan de reconnaissance qui s'échangeait. Un évitement psychosomatique, un détournement du regard, un bouclier même dans l'échange du rituel de la rencontre.

Parfois j'avais l'impression que c'était à moi de faire le premier pas, de leur afficher mon état d'âme pour qu'il puisse enfin rompre le silence.

J'étais le blessé et c'était à moi de donner les soins.

Quelques-uns pourtant savaient tenir compte de ma situation récente pour donner discrètement du réconfort à distance. Ainsi à la veille des fêtes de fin d'année, le professeur de gymnastique douce, en présentant à la dernière séance de l'année ses vœux, avait ajouté que cela n'était pas toujours facile de les entendre après des événements difficiles de vivre. Ces moments-là néanmoins, elle les souhaitait les meilleurs possibles sans me citer mais en me regardant.

Systématiquement, je constatais que ceux qui me parlaient avec compassion, délicatesse avait eu dans leur vie un deuil difficile à traverser. Ils avaient été affranchis d'une réserve construite par la peur de se voir dans cet état, ou d'avoir occulté un événement traumatique dans leur vie.

Lors de la première session de partage Chantal avait de suite parler de la tristesse mêlée de joie des moments récents qu'elle venait de vivre sans en préciser la teneur et dès ce partage, j'étais entré dans un ressentiment profond à son égard. Je ne la voyais qu'à travers le filtre de son indifférence à mon égard. Je me retenais à la moindre occasion de ne pas lui dire « Tes paroles ne sont pas justes. Tu es comme le publicain qui laisse le blessé sur la route pour aller au temple. Tu penses à prier mais tu ne réagis pas vers ton semblable qui gît dans le fossé.

Avec l'idée de l'étriper en tête, j'avais fait diversion en racontant une anecdote ou de l'extérieur venait un signe, un signe étonnant qui faisait sens et qui apaise.

Puis elle entra dans son récit familial, dans les signes positifs, qu'elle avait reçus ce week-end de l'extérieur alors qu'elle était dans la tristesse, pour l'anniversaire d'un an de la mort de son père. L'extérieur comme messager d'un autre univers lui apportait de la consolation.

L'atmosphère du petit groupe avait changé. Elle en bousculait la formalité, le ronron intellectuel autour du texte. Elle  concrétisait le point de vue de ma voisine imprégnée de compassion et qui nous disait régulièrement " Mais que signifie ce texte dans l'ici et maintenant."

D'avoir dominé mon ressentiment, d'avoir choisi d'être dans le présent à ce que le groupe vivait, à son objectif d'entrer dans le réel, j'avais laissé la porte ouverte et une messagère nous avait livré un témoignage frais, sans doute remplie de son expérience, mais ouvert sur l'indicible qu'elle avait remarqué et qui lui apportait un soutien dans la difficulté où elle était.

S'éveiller, apprendre à voir ce qui est autour de moi, quand je traverse une difficulté, une souffrance se montrait encore une fois sous mes yeux.

Nous sommes entourés de signes bienveillants dans notre parcours difficile.

C'est un baume qui est offert, que l'on accepte ou que l'on refuse. Le voir, fait pourtant tant de bien.

08/04/2015

Enfin,le rendez-vous avec son amie.

Nous avions rendez-vous au bord de la Sambre dans un restaurant que j'avais déjà fréquenté. Mon objectif, en sa compagnie, parcourir quelques moments, quelques anecdotes de leur amitié qui m'avait semblé profonde.

Liées d'abord par la proximité de leurs habitations respectives au cours du temps, ma fille et elle s'étaient rapprochées pour devenir intimes. La séparation de celle-ci avait été une des étapes qui avaient construit une amitié plus profonde.

Après sa dépression, ma fille avait trouvé chez elle, une confidente, une oreille attentive. Mise en commun de leurs infortunes peut-être. Un prêté pour un rendu sans doute.

Deux solitudes fondamentales qui se lient pour se sécuriser, se rassurer.

Dans l'hommage qu'elle avait fait aux funérailles, leur amitié m'avait semblé profonde, emprunte de beaucoup de joies, comme deux adolescentes.

La photo en introduction du texte qu'elle m'avait remis, les représentaient comme des jumelles, comme deux amies reliées, par une situation commune qui les liait sans qu'elle puisse en exprimer la nature, par leur infortune aussi, sans doute. Elles étaient de grandes amies point.

A cette amitié, dans la rencontre des expéditions nocturnes, des soirées de détente s'ajoutait un élément neuf qui semblait s'être mis de plus en plus dans l'histoire que j'étais en train de déchiffrer. L'expression corporelle profonde au-delà du verbal semblait prendre le pas sur l'échange intellectuel.

Mon fils l'avait déjà citée à sa manière d'être en contact par un champ de proximité qui faisait peur à plus d'un.

À son tour cette amie clarifiait ce champ comme quelque chose d'impressionnant au-delà des mots. Une expression sensuelle d'une présence intime qui me renvoyait à quelques rares expériences que j'avais faite depuis son départ.

À la manière de ma belle-sœur qui sait manifester une présence intime par un toucher étendu qui pénètre dans le corps, qui s'enracine sous la peau.

Une sorte de toucher d'haptonomie, qui dépasse la surface de la peau et qui s'étend dans le corps comme un rayonnement chaud peut le faire.

Le chapitre de la sensation s'ouvrait encore!

Ma fille m'en avait parlé en Février et nous avions échangé sur ce sujet. Champ morphique qui fait fi des limites corporelles pour se prolonger dans le corps de l'autre.

 

Puisqu'elles avaient été amies il me semble nécessaire d'ouvrir, de maintenir la communication avec celle qui avait été la plus proche d'elle. Ne pas jeter aux orties la face d'elle que je ne connaissais pas.

Entrer dans la communication pour sans doute la retrouver un peu. Entendre d'elle des mots prononcés, des anecdotes vécues pour remplir le vide qu'elle avait laissé.

Elle avait dit oui à cette rencontre, à cet échange, car de son côté un vide était à combler «Je n'ai personne autour de moi à qui parler de votre fille, me dit-elle »

Elle ne venait pas de son milieu professionnel et était l'autre, celle rencontrée par hasard. Elle était une des parties de l'univers qu'avait construit ma fille et appartenait sans doute à un monde que j'ignorais, qui avait sa place dans ma mémoire.

Elle était un miroir du passage de ma fille parmi nous, d'un reflet qui avait sans doute du sens et qui me soutiendrais dans mon deuil.

Cette amie intime était d'accord de nous rencontrer ma femme et moi si cette dernière le souhaitait, si pour elle la blessure n'était pas trop vive et si des souvenirs pouvaient lui faire du bien.

Au fond, mon épouse la connaissait bien car plus d'une fois, elle avait conduit notre fille chez celle-ci après le départ des enfants pour la semaine du père.

Je me devais aussi de tisser un lien plus profond avec elle pour ouvrir des portes, pour tenir encore quelques temps en vie la braise de leur amitié.

Une anecdote rapportée fut sa vision de la fête des 40 ans de ma fille. Son amie n'avait pas contrairement à l'habitude été chargée du discours officiel. Ma fille s'était chargée, elle même du mot traditionnel qu'elle avait commencé à son étonnement,

par " Quarante ans et toujours célibataire" Le ton de la fête était donné.

Un abîme restait à combler. Son vœu le plus cher, d'être reconnue socialement par une fête la plaçant, l'entrant dans la lignée de ses ancêtres. Cérémonie qui n'avait pas encore eu lieu alors que l'aîné de ses trois enfants avait treize ans.

À son cercle d'amis, elle indiquait son attente profonde et butée dont elle n'avait pu faire le deuil. Elle n'avait pu entrer dans l'acceptation de ces années de négation apportées par son compagnon et passer à autre chose. Elle n'était pas devenue "Madame" pour une raison obscure qui minait leur relation. Le notaire leur avait dit, à l'occasion, je m'en souviens. "Mariez vous, cela sera plus simple pour régler la propriété de votre maison." Cela n'avait pas été l'argument décisif et final.

La cérémonie aurait-elle changé le cours de sa vie ? Son destin aurait-il été autre ?

La question resterai toujours en suspens.

Pavé dans la mare qu'elle avait lancé dans son cercle d'amitié réunit pour ce passage de décennies. Mariage en quarantaine comme s'il y avait un risque de contagion.

Y avait-il encore des éléments à entendre pour comprendre les événements, des faits ? Sans doute.

Accord fut pris pour un rendez-vous chez nous cette fois.

 

 

(*) L'arbre matriciel, le retour.