15/05/2015

Il était son ami, mais quel ami.

attachement impossible, couveuse, amiLe texte de l'hommage à ma fille l'avait touché et la première chose qu'il fit, fut de me remercier et de lui avoir fait confiance en envoyant le texte.

À la messe des funérailles, deux de ses frères et sa sœur, la plus jeune, étaient présents pour le soutenir et l'entourer. La démarche me semblait curieuse, surtout le fait qu'ils avaient déposés dans des plateaux à l'offrande deux enveloppes de même format et de même couleur.

Les mois derniers, il avait été l'ami de ma fille et le rencontrer me semblait souhaitable pour soigner les épreuves que nous devions traverser. Il semblait fragile, effondré par la mort de notre fille. Chaque jour, il s'était présenté au funérarium pour l'accompagner avant de la conduire avec nous à sa dernière demeure.

Quelque chose le poussait à chercher le contact avec nous.

Fallait-il recevoir ? Fallait-il entendre ?

L'initiative venait de mon épouse et j'acceptais volontiers qu'il vienne, dans mon esprit non pour des moments remplis de ma banalité mais de profondeur.

Leur relation suivait un deuil précédent, non fait, après une relation difficile qui l'avait séparé de la mère de ses enfants. Cette relation ancienne avait perturbé celle qui semblait démarrer avec ma fille.

Il devait quitter un deuil qui avait fait long feu, du moins à mon avis et sa manière de se réfugier dans son cocon au moindre problème, n'avait guère été la relation dynamisante et sure dont elle aurait eu besoin.Il était temps pour lui d'affronter ses démons intérieurs, l'espace sombre qui lui faisait peur et à la fois l'empêchait de vivre joyeusement.

L'entretien avait été franc, profond. Les mots de mon texte l'avaient touché dans son point sensible et me poussait a penser qu'il avait lui aussi été victime d'une rupture attachement. Comme ma fille mais lui, dans une naissance prématurée, qui l'avait éloigné de sa mère pendant deux mois.

J'étais descendu au plus profond du tourment qu'il avait porté toute sa vie. Il s'était réfugié psychologiquement dans sa caverne intérieure pour ruminer dans le noir sur le lien que sa mère et lui n'avaient pas pu construire vu les circonstances.

il était impressionné par mes paroles et me disait "Mais comment savez-vous cela de moi " Au fond il se parlait à lui-même et je n'étais que le catalyseur, le miroir de sa découverte.

Le support de sa fratrie mettait en évidence l'attention de tous pour ce bébé qui n'avait rejoint qu'après deux mois de vie en couveuse sa mère biologique qui l'avait reçu comme un objet à traiter mécaniquement.

Ma fille et lui avaient vécu un couple fusionnel, âmes esseulées, recherchant une mère sensation, perdue dans les événements difficiles de leurs débuts de vie.

Au lieu de prendre son problème à bras-le-corps, mission impossible sans soutien et soins adéquats, il s'était enlisé dans un marais psychologique d'absence d'attachement.

Mon chemin m'avait fait découvrir la rupture d'attachement dans un monde antérieur ce qui m'ouvrait, me rendait sensible aux événements qu'il avait traversé.

Mon épouse s'agitait, souhaitait retomber dans la banalité de la conversation mais je m'y refusais. Il semblait prêt à changer de vie, cherchait des repères, des informations.

J'étais en transe, je respirais très profondément. Mon ventre vibrait à cause de lui, à cause de moi. Je n'en savais rien. Étais-je un éléphant dans un magasin de porcelaine !

Est-ce que je parlais pour moi ou pour lui ? Je n'en prenais pas conscience. J'étais à la fois dans la parole bien loin du monde des sensations et dans la sensation. Il notait l'information prenait des points de repère, semblait décidé à avancer.

Étais-je un substitut de père maternant qu'il avait perdu, il y a cinq ans sans doute. ? J'étais fort impliqué, face à lui, face à moi.

Le mystère était complet. J'avais osé entrer dans la vérité et la parole. Je l'avais marqué d'un coup de griffe blessante ou d'un coup de pied au derrière. Qu'il passe ou qu'il craque. Sa force viendrait, de symboliquement non pas se couper du monde mais d'ouvrir le passage du sang, le robinet de la vie dont la peur tenait l'ouverture et qui ne l'irriguait pas d'une vie vibrante et joyeuse.

Pari risqué ? Audace ? Folie ?

A la grade de Dieu, et de son thérapeute intérieur.

Là, il trouverait aussi de l'aide.

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