04/08/2015

Après-midi de présence.

C'est avec plaisir que j'avais reçu son mail. Le père de mes petits-enfants nous demandait d'assurer une présence ce mercredi après-midi car ses parents avaient des obligations. Une occasion supplémentaire de reprendre pied auprès des enfants se présentait et je n'avais pas hésité une seconde à dire « oui »

Depuis six mois, nous tentions régulièrement d'assurer notre place, de créer des occasions pour ne pas que la porte ne soit fermée car sans les intentions de notre fille, nous avions perdu le lien avec les petits-enfants.

Leur famille s'était refermée autour du noyau que ses parents à lui proche voisin faisaient, autour des amis, des parrains et des marraines respectifs, autour de l'école et du cercle d'amitié du village.

À une heure de route, nous n'étions que des ressources occasionnelles et les contacts étaient peu fréquents vu la distance.

Pour les vœux du nouvel an, ils étaient passés en coup de vent, juste une heure pour la forme et l'usage de la tradition. Que dire ? Que faire? Sinon d'accepter que le quotidien prenait de la place, que leurs activités diverses, le temps consacré à l'école avaient leur place.

Comme la fois précédente, nous apportions le dîner plus facile à réaliser dans notre cuisine que dans la leur. Petit répit aussi pour le père qui devait tout gérer.

Le menu leur avait plus et chacun avait quitté la table pour s'activer dans son domaine favori sauf l'aîné plus raisonnable qui s'était consacré à ses devoirs. Pour le début d'après-midi, je m'étais installé sur la mezzanine entre les plus jeunes concentrés l'un sur son jeu vidéo, l'autre sur l'écoute de ses clips vidéo. Je lisais une bande dessinée. Aucune tension n'était apparue, chacun voyageait selon ses souhaits. L'atmosphère était détendue. Je n'étais pas venu avec des projets d'activités, mes conseils, mes souhaits comme trois semaines avant où je ne m'étais pas embarqué dans un atelier gaufre avec le plus jeune.

Ils étaient comme trois électrons libres et l'ambiance s'en ressentait calme, paisible détendue.

Un moment, l'ainé m'appela dans sa chambre pour me montrer le carnet de bord de sa mère tenu lors de sa première grossesse, la sienne.

Son père en rangeant venait de le retrouver. Il me le confiait pour sa lecture. Ce document le touchait particulièrement, c'était sa portée. Pour ne pas troubler ou perturber son frère et sa sœur j'étais prié de ne rien dire pour qu'il ne soit pas triste de ne pas être le sujet du récit. Attention touchante de protection des plus jeunes. Nous avions convenu du secret provisoire autour de ce geste de confiance.

Par celui-ci, je me sentais reconnu en tant que grand-père, en lien profond avec lui. Nous ouvrions ainsi la porte à un échange à son propos,  pour combler un peu le vide qu'elle laissait, pour la connaître dans d'autres aspects de sa vie, pour meubler notre mémoire de ses souvenirs en montrant des facettes de son passage parmi nous.

Une heure plus tard, nous étions redescendus et ma petite fille me montra alors tout un ensemble d'activités créatrices des semaines précédentes, trois pages de Scrab-booking photo, un cahier de dessin de mode qu'elle remplissait. Alors que les autres fois, je la ressentais agressive et pré adolescente, elle s'était mis à parler, à s'exprimer. Elle avait abandonné la confrontation dit oui à une relation, du moins ce jour-là et j'en avais été bouleversé. Elle était présente de manière agréable. Alors que ces travaux étaient épars sur la table du salon je poussai ma femme qui s'était approchée à lui faire un calin, à la serrer un peu dans ses bras. Au bout de la table, j'observais sa surprise, celle de ma femme peu habituée à un contact physique chaleureux avec ses petits-enfants. Sous l'avalanche de sensations ,je voyais rouler les yeux de la gamine, sa surprise, peu habituée à des effusions de ce genre. Elle bougeait  dans tous les sens, sorte d'étonnement, de résistance contre cette approche sensuelle. Soulagement peut-être d'enfin être autre que dans l'affrontement. Inconfort de l'accolade qui limite la liberté.

Je ne voyais que les mouvements globuleux mais j'appréciais le moment comme une promesse d'une meilleure relation.

L'image de l'affrontement entre mère et fille lors de ma dernière visite, avant son décès, était revenue. Comme deux tigresses, elle s'envoyaient des mots, élevaient la voix s'affrontaient. Ici nous étions loin et je m'en réjouissais, une porte s'ouvrait, un temps autre s'installait.

Des quelques après-midi passés en leur présence, celle-ci était la meilleure. Le printemps s'annonçait bientôt, du moins je l'espérais

Les commentaires sont fermés.